
Essayiste politique
Auteur de « L’incurable mal belge, sous le scalpel de François Perin » (Editions Mols)
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« La Belgique menacée d’implosion » (30/1/09)
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Par Jules Gheude, essayiste politique (1)
Selon Thierry de Montbrial, directeur de l’Institut français des relations internationales (Irfi), il est important de dire que la Belgique existe : il y a quelque chose comme une identité belge. L’intéressé fait en outre le pari que le rattachement n'aura pas lieu dans un avenir prévisible. Mais il souligne toutefois que la véritable menace, c'est le risque d'implosion de votre pays (voir la page Forum du « Soir » du jeudi 29 janvier).
Il est un fait incontestable qu’en France, qui s’est constituée en plus de mille ans par la volonté politique, tant à travers de vives turbulences qu’avec l’assentiment pacifique des populations concernées, Nation et Etat coïncident. La République française étant animée par un esprit national commun - le fameux plébiscite de tous les jours, dont parlait Ernest Renan -, son opinion est donc tentée de considérer l’Etat-Nation comme un phénomène universel.
Mais contrairement à la France, à l’Allemagne, aux Pays-Bas ou à l’Italie, la Belgique ne s’est pas faite d’elle-même. Elle a été créée artificiellement, d’un trait de plume diplomatique, en 1830, pour répondre à la méfiance britannique à l’égard de la France.
On préfère généralement le jugement simple de valeur à la connaissance réelle d’une évolution historique complexe. Aussi le citoyen français a-t-il tendance à réagir avec surprise, voire désapprobation, face au spectacle de la désagrégation que lui offre aujourd’hui la Belgique. Telle est également l’attitude de Thierry de Montbrial, en parlant de l’identité belge. Puisqu’il y a un Etat belge, il va nécessairement de soi qu’il y a une Nation belge. La réalité est toutefois bien différente.
Talleyrand n’a jamais cru aux chances de viabilité de cette construction belge hétéroclite. Ne déclarait-il pas, en 1832, à la princesse de Lieven : Les Belges ?... Ils ne dureront pas. Tenez, ce n’est pas une nation, deux cents protocoles n’en feront jamais une nation, cette Belgique ne sera jamais un pays, cela ne peut tenir.
Une Belgique à bout de souffle, rongée par le nationalisme flamand, les haines partisanes et les compromissions. Une classe politique discréditée, marquée par des egos surdimensionnés. Des négociations communautaires à n’en plus finir et qui n’aboutissent pas. Un budget en déséquilibre. Aucune gestion à long terme pour faire face aux terribles défis socio-économiques qui nous attendent : tel est le spectacle affligeant qui nous est offert depuis les élections du 10 juin 2007 et qui devrait se poursuivre avec la nouvelle coalition Van Rompuy Ier.
Dans son « Histoire d’une nation introuvable » (éd. Paul Legrain, 1988), François Perin a tenté vainement de dénicher cette « identité belge » dont parle Thierry de Montbrial. En revanche, il n’a eu aucune peine à établir l’émergence d’un Etat-Nation flamand.
Voilà bien où se situe l’explication de l’impasse politique dans laquelle se trouve la Belgique aujourd’hui.
Le sens des responsabilités implique de mener à présent la réflexion dans un contexte "post-Belgique". Tel est le sens de l'initiative que Didier Melin, Thierry Ollevier, Claude Thayse et moi-même avons prise, en février 2008 en lançant le "Manifeste pour la convocation des Etats généraux de Wallonie", l'objectif étant d'amener les "forces vives" de la Région wallonne à se prononcer, dans les meilleurs délais en toute connaissance de cause, sur les options d'avenir possibles dans l'hypothèse - de plus en plus plausible - d'un démantèlement à court terme de la Belgique : 1° un Etat wallon indépendant; 2° un Etat Wallonie-Bruxelles; 3° la réunion à la France.
Mises en place en août 2008, les commissions d’études viennent de livrer les résultats de leurs travaux : un document de 300 pages, présentant les arguments à charge et décharge pour chacune des options. Il s’agit, en fait, du premier exercice du genre. (2)
Il importe de se préparer dès maintenant à l’inéluctable. Car la pire des choses en politique est de se laisser surprendre et de devoir réagir dans l'improvisation.
Sur un point, au moins, Thierry de Montbrial a raison : La véritable menace, c’est le risque d’implosion de votre pays.
(1) Derniers ouvrages parus : « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin », préface de Xavier Mabille, président du Crisp, éd. Mols, 2007, et « Le choix de la Wallonie – Pour la convocation de ses Etats généraux », préfaces de Jean Beaufays et Pascal Delwit, éd. Mols, 2008.
(2) Ces rapports peuvent être obtenus, moyennant 15 euros, via le site www.etatsgenerauxdewallonie.net.
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Et si l’on arrêtait ce cirque ? 3/1/2009
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Et si l’on arrêtait ce cirque ?
Par Jules Gheude
Une Belgique à bout de souffle, rongée par le nationalisme flamand, les haines partisanes et les compromissions.
Une classe politique discréditée, marquée par des egos surdimensionnés.
Des négociations communautaires à n’en plus finir et qui n’aboutissent pas. Un budget en déséquilibre. Aucune gestion à long terme pour faire face aux terribles défis socio-économiques qui nous attendent.
Tel est le spectacle affligeant qui nous est offert depuis les élections législatives du 10 juin 2007 et qui devrait se poursuivre en dépit de la mise sur pied de la coalition Van Rompuy Ier.
L’homme a beau être sérieux, il n’en demeure pas moins que son principal ennemi sera son propre parti. Car, à six mois des élections régionales, le CD&V est dans une situation particulièrement critique.
Le cas d’Inge Vervotte, qui a souhaité quitter le gouvernement par solidarité avec Yves Leterme et Jo Vandeurzen, révèle de profondes divisions internes. Dire que Herman Van Rompuy et l’ex-Premier ministre ne s’apprécient pas, est un euphémisme. Aucune des promesses sur la base desquelles Yves Leterme a récolté ses 800.000 voix de préférence, n’a été honorée : pas de scission de BHV, pas de grande réforme de l’Etat, pas de « bonne gouvernance ». Sans parler des dégâts subis suite à l’éclatement du cartel avec la N-VA. Bref, s’il veut se refaire une santé avant le scrutin régional, le CD&V n’a aucun intérêt à faire preuve de tiédeur en ce qui concerne la défense des intérêts du Nord.
Le premier test pour Herman Van Rompuy sera le dossier BHV. Dans deux semaines, la procédure en conflit d’intérêt se terminera et, si les francophones se refusent à enclencher une nouvelle procédure, la question sera mise à l’ordre du jour de la Chambre. Si une majorité flamande se prononce en faveur de la scission, les représentants francophones n’auront d’autre choix que d’actionner la sonnette d’alarme, qualifiée autrefois de camion suicide bourré de dynamite par François Perin.
On le voit, à peine mis sur les rails, la coalition Van Rompuy Ier a du plomb dans l’aile.
Et si l’on arrêtait ce cirque, qui consiste à refuser de voir la réalité en face ?
En septembre 2007, le très sérieux magazine anglais « The Economist » n’hésitait pas écrire que ce pour quoi la Belgique avait été créée en 1830 avait été accompli : assurer l’équilibre européen après les guerres napoléoniennes. The job is done ! Aujourd’hui, l’émergence d’un Etat-Nation flamand empêche le Royaume de Belgique de survivre. Rien ni personne ne pourra empêcher cet Etat-nation flamand de prendre son envol.
Voilà des mois que le débat politique manque d’élévation. Il n’y a plus d’hommes et de femmes d’Etat, tout simplement parce qu’il n’y a plus d’Etat. Comme l’écrivait Guy Tegenbos, dans « De Standaard » du 23 décembre 2008 : ils n’ont plus de pays à gouverner. Leur pays s’est en fait scindé en deux pays qui évoluent de façon totalement indépendante. Former un seul gouvernement est quasi impossible. En outre, ils doivent le faire au départ d’un paysage politique éclaté dans lequel il n’y a plus la moindre harmonie.
Bref, le « mal incurable » dont parlait François Perin en 1980, lors de sa démission spectaculaire du Sénat, a eu raison du patient.
Le sens des responsabilités implique de mener à présent la réflexion dans un contexte « post-Belgique ». Tel est le sens de l’initiative que Didier Melin, Thierry Ollevier, Claude Thayse et moi-même avons prise en février 2008 en lançant le « Manifeste pour la convocation des Etats-Généraux de Wallonie ». Depuis lors, les choses ont bien progressé, avec la mise sur pied d’un Comité d’organisation et de trois commissions d’études. Le 15 janvier prochain, celles-ci présenteront officiellement le résultat de leurs travaux. Ceux-ci devraient permettre aux « forces vives » de la Région de se prononcer rapidement, et en toute connaissance de cause, sur la voie d’avenir à emprunter.
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Rudy Aernoudt se fourvoie (24/10/08)
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En créant un nouveau parti wallon, le Flamand Rudy Aernoudt marchera inévitablement sur les platebandes du MR et pourrait ainsi permettre au PS de regagner la première place an Wallonie. Résultat pour le moins paradoxal, quand on sait que le parti socialiste est précisément à l’origine des maux que dénonce Rudy Aernoudt, en particulier le clientélisme.
Il importe peu de savoir si ce Flamand « belgiciste » est populiste ou non. L’essentiel est que le constat qu’il porte sur la situation du Sud du pays est correct. Celui-ci ne parviendra à se redresser que si l’on assainit les mœurs politiques et incite les gens à travailler.
Cette étiquette de populiste, on la colle aussi à Alain Destexhe, en oubliant que c’est l’analyse du sénateur libéral, en février 2005, qui amena le PS à mettre sur pied le Plan Marshall.
Où Rudy Aernoudt se trompe lourdement, c’est en ne voulant pas reconnaître qu’un Etat-Nation flamand a fini par se constituer, minant ainsi, de façon irrémédiable ce Royaume de Belgique auquel il dit tant tenir. Le sondage réalisé, en août dernier, par « Het Laatste Nieuws » ne révélait-il que pas qu’un Flamand sur deux souhaitait la disparition de la Belgique ?
La marche pour l’unité de la Belgique n’a sensibilisé que des Wallons et des Bruxellois. Idem pour la campagne du drapeau tricolore. Quant à la Lijst Dedecker, elle s’envole dans les sondages, pour se situer aujourd’hui à 16,2% ! Et l’on sait que l’ex-coach de judo, par ailleurs ami de Rudy Aernoudt, ne porte pas l’Etat belge dans son cœur…
Il ne sert à rien de vouloir ramer à contre-courant de l’Histoire. Quand il déclare qu’il aurait voulu créer un parti « national », rassemblant des Flamands, des Wallons et des Bruxellois, Rudy Aernoudt refuse de voir la réalité en face.
Ni lui ni les responsables francophones ne pourront empêcher la Nation flamande de prendre son envol.
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Le « chapeau ! » de Laurette Onkelinx (28/9/2008)
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Le « chapeau ! » de Laurette Onkelinx
Jules Gheude, essayiste politique (1), président du comité d’organisation des Etats-Généraux de Wallonie
« Chapeau ! », s’écrie la vice-Première socialiste Laurette Onkelinx dans « Le Soir » du 26 septembre, en se félicitant que le CD&V ait fait le choix difficile de la responsabilité. Et d’ajouter : Maintenant, je trouve qu’il faut les aider. Parce qu’on a devant nous des partis modérés.
Naïveté et/ou inconscience ? Toujours est-il que, le même jour, la presse présente le plan institutionnel proposé par Hendrik Bogaert, député… CD&V et qui semble sorti tout droit de la plume de Bart De Wever. Qu’on en juge : une Union Personnelle réduite à sa plus simple expression : justice, défense, police et affaires étrangères, tout le reste relevant des deux Etats autonomes Flandre et Wallonie… Mais, magnanime, Bogaert prévoit un fonds d’aide pour la Wallonie de 34 milliards d’euros en 4 ans.
Mme Onkelinx sait fort bien que la bible institutionnelle au Nord reste ces cinq résolutions qui ont été adoptées, en 1999, par le Parlement flamand et qui s’inscrivent dans un schéma clairement confédéraliste. Interrogé par « De Standaard », en septembre 2007, le ministre-président flamand … CD&V, Kris Peeters, rappelait d’ailleurs que la Belgique ne devait plus être compétente que pour la monnaie, la défense, quelques pans de la fiscalité et la gestion des lignes à haute tension.
Comme le fait très justement observer Dorothée Klein dans « Le Vif/L’Express », les francophones auraient tort de se réjouir du départ de la N-VA. Le ressentiment flamand va se payer cash. C’est d’autant moins une victoire que le CD&V risque d’être plus intransigeant que jamais.
Les démocrates-chrétiens flamands se trouvent, en effet, aujourd’hui dans une bien mauvaise posture, que résume parfaitement la manchette du « Standaard » du 23 septembre : Plus de cartel, plus de virginité pour le ministre-président Kris Peeters, plus de majorité flamande pour le Premier Leterme et une grande perte de crédibilité. Le CD&V a tout perdu. Un sondage présenté ce week-end par « Het Belang van Limburg » et « Gazet van Antwerpen » révèle d’ailleurs que le CD&V perdrait 40% de ses électeurs. Quant au président de la N-VA, Bart De Wever, il n’hésite pas à dire qu’ Yves Leterme a signé sa propre mort politique… Il est vrai qu’aucune des promesses sur base desquelles le Premier ministre a récolté 800.000 voix, n’a été tenue : pas de réforme approfondie de l’Etat, pas de scission BHV, pas de « goed bestuur »…
A quelques mois des élections régionales, il ne faut pas être grand clerc pour réaliser que le dialogue communautaire qui va s’ouvrir le 8 octobre est d’ores et déjà voué à l’échec, et cela alors que la conjoncture économico-financière s’annonce des plus menaçantes.
Un éditorialiste francophone proposait récemment de laisser passer les élections régionales de juin 2009 avant de reprendre les négociations institutionnelles. Cela prendra peut-être des années. Ce n’est pas grave, écrivait-il.
C’es oublier que la Flandre est extrêmement pressée. Elle se trouve dans cette situation absurde où, disposant de surplus budgétaires considérables, elle ne peut les utiliser, comme elle le souhaiterait, pour accroître la prospérité de son peuple. Si elle entend disposer au plus vite du maximum de leviers socio-économiques, c’est pour faire face aux défis qui l’attendent – la question du vieillissement va se poser de façon aiguë dès 2011… - et figurer dans le top 5 des régions européennes les plus performantes.
Les responsables flamands ne peuvent donc plus se permettre d’attendre. Neuf ans se sont déjà écoulés depuis le vote, en 1999, par le Parlement flamand, de ces cinq résolutions. La Flandre veut pouvoir agir avant qu’il ne soit trop tard. La Banque Nationale de Belgique ne vient-elle pas de révéler que le poids croissant des pensions inversera les transferts entre Régions d’ici à 2030 ?
Laurette Onkelinx pense-t-elle vraiment ce qu’elle dit ?
Je voudrais lui rappeler ici les propos tenus par le président de l’Open VLD, Bart Somers, le 2 septembre 2006, au « Soir ». On sait que l’intéressé a fait ses classes à la Volksunie : Dans ma génération, nous donnons priorité aux intérêts régionaux flamands. (…) Les francophones doivent savoir que les Flamands sont résolus. (…) Nous n’accepterons plus que notre croissance et notre emploi soient freinés parce que la Wallonie ne veut pas rencontrer nos demandes. Le monde politique flamand doit prendre ses responsabilités vis-à-vis des siens.
Et que dire de son coreligionnaire Karel De Gucht, lequel, en matière de surenchère flamingante, n’a certes rien à envier à Bart De Wever ? N’a-t-il pas déclaré, en 2002 : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre ? N’a-t-il pas proposé, lors des négociations de Val-Duchesse de couper les robinets financiers aux francophones. ? N’a-t-il pas parlé de frontière d’Etat à propose de la frontière linguistique ? Ne vient-il pas de préciser que la majorité finira toujours par s’imposer ?
Laurette Onkelinx croit-elle vraiment qu’Yves Leterme, qu’elle qualifiait d’homme dangereux en 2006 après avoir pris connaissance de son interview dans le journal français « Libération », a changé ? Croit-elle vraiment que Kris Peeters fera preuve de tiédeur dans la défense des intérêts du Nord, à quelques mois des élections régionales ? Croit-elle vraiment qu’Eric Van Rompuy ou le président des Jeunes CD&V sont des modérés ?
N’est-ce pas d’ailleurs le CVP, l’ancêtre du CD&V, qui s’est trouvé à la base de tous les actes politico-législatifs qui ont contribué à faire de la Flandre une nation, depuis la fixation définitive de la frontière linguistique en 1962 aux matières personnalisables dans les années 1980, en passant par l’expulsion des Wallons de l’Université de Louvain en 1968 et le décret dit « de septembre » 1973, imposant l’usage exclusif du néerlandais dans les entreprises situées en Flandre ? Aujourd’hui, il ne manque plus que la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde pour que l’homogénéité linguistique de la Flandre soit parfaite. Et cette scission ne concerne pas seulement la Chambre, mais aussi le Sénat, les élections européennes et l’arrondissement judiciaire…
Mon sentiment est que BHV ne sera jamais scindé de façon « légale ». Lorsque les différentes manœuvres à retardement auront été utilisées par les francophones, le dossier reviendra immanquablement en séance plénière. Si une majorité flamande se dégage à la Chambre et au Sénat, il, faut encore, pour que la loi soit promulguée, la sanction royale couverte par le contreseing ministériel. Jamais les ministres francophones ne se montreront solidaires de leur collègue flamand qui aura apposé sa signature. Ce serait donc inévitablement la crise.
François Perin pourrait éclairer utilement Laurette Onkelinx quant à la modération des libéraux flamands. Au lendemain de l’échec d’Egmont-Stuyvenberg en 1978, il s’efforça d’aboutir à un projet institutionnel au sein de la famille libérale : Rencontre avec Omer Vanaudenhove (…). Jean Gol est présent. Même chanson : il faut un projet commun des libéraux. Nous lui conseillons de voir les dirigeants du PVV. Nous connaissons la réponse d’avance : des paroles aimables, un oui de principe et puis aucune suite ! Pendant ce temps, Vanderpoorten et Waltniel font de la surenchère flamingante à la Commission du Sénat (…) Jeudi 6 mars 1980 : groupe parlementaire commun PRL Chambre et Sénat. Belle révélation par Jean Gol pour la journée commune du 16 mars 1980 avec le PVV. Contre l’accord précédent, Bascour est imposé comme président au lieu de De Greef. En outre, De Clercq ne veut pas du drapeau belge, même assorti des drapeaux des deux communautés ! Les Anversois refusent de venir (Grootjans !) ! La Belgique est bien morte ! (2)
Les responsables politiques francophones portent, en fait, une lourde responsabilité. Celle de ne pas avoir vu, ou voulu voir, qu’une conscience flamande se développait irrésistiblement. En 1973, Manu Ruys, le très influent éditorialiste du « Standaard », avait sous-titré son ouvrage « Les Flamands » : Un peuple en mouvement, une nation en devenir. Aujourd’hui, cette nation est bel et bien là et cette évolution explique, à elle seule, l’impasse totale dans laquelle se trouve la Belgique.
La solution fédérale s’est soldée par un échec complet parce que la Flandre a fini par passer du stade d’entité fédérée à celui d’Etat-Nation. Ni Elio Di Rupo, ni Didier Reynders, ni Joëlle Milquet ne pourront empêcher cet Etat-Nation de prendre son envol.
En vérité, la seule négociation encore envisageable ne pourra porter que sur la répartition de l’héritage de l’Etat défunt. Car l’incurable mal belge, dont parlait François Perin, le 26 mars 1980, en remettant spectaculairement sa démission de la fonction sénatoriale, a eu raison du patient. Le nationalisme flamand a définitivement miné le Royaume de Belgique.
Dans ce contexte, il importe que les forces vives de Wallonie soient convoquées le plus tôt possible en Etats-Généraux, de façon à se prononcer sur la voie d’avenir à emprunter. Tel est le sens du Manifeste que Claude Thayse, Didier Melin, Thierry Ollevier et moi-même avons lancé le 15 février dernier (3). Depuis lors, un comité d’organisation générale a été mis sur pied, de même que quatre commissions d’étude chargées de remettre un rapport, à charge et à décharge, sur les options suivantes : 1° un Etat wallon indépendant ; 2° un Etat Wallonie-Bruxelles ; 3° la réunion à la France ; 4° la réunion à une autre composante européenne que la France. Je me réjouis que les députés Daniel Ducarme (MR) et Claude Eerdekens (PS) aient accepté de soutenir l’initiative et de figurer parmi les membres cooptés du comité d’organisation.
(1) Derniers ouvrages parus : « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin », préface de Xavier Mabille, président du Crisp, Ed. Mols, 2007, et « Le Choix de la Wallonie – Pour la convocation de ses Etats-Généraux », préfaces de Jean Beaufays et Pascal Delwit, Ed. Mols 2008.
(2) Notes personnelles de François Perin.
(3) www.etatsgenerauxdewallonie.net
« Flamand modéré »
L’interview d’Eric van Rompuy, dans « Le Soir » de ce 30 septembre, vient illustrer parfaitement ma précédente réflexion sur le thème Le « chapeau ! » de Laurette Onkelinx. On y apprend ce qu’est vraiment un « Flamand modéré »….
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Flamand modéré, vraiment ?
Oui, Flamand modéré… un Flamand con scient de son identité, de sa Communauté, qui défens dignement ses intérêts, dans un esprit de dialogue et avec la volonté d’aboutir à une réforme de l’Etat. Un Flamand modéré est solidaire et tolérant.
Peut-il avoir des tabous ?
J’ai des principes : l’intégrité du territoire flamand, la responsabilité financière des régions dans leurs actes, etc.
L’élargissement de Bruxelles est-il un tabou pour un Flamand modéré ?
Je vois les choses de manière positive : cet élargissement va à l’encontre du principe de l’intégrité de notre territoire.
Dans quels domaines les Flamands modérés sont-ils prêts à des concessions aux francophones ?
Nous avons un programme voté par le parlement flamand…
Il exige la régionalisation complète de l’emploi, l’autonomie fiscale et de fonctionnement des institutions élargies, l’autonomie dans les soins de santé, la scission de BHV…
Nous n’exigerons pas de le réaliser à 100% mais nous serons fermes sur la régionalisation des leviers socio-économiques, l’IPP et l’impôt des sociétés.
Dans une négociation, chacun fait un pas vers l’autre. Quel pourrait être le pas flamand ?
Il ne faut pas mettre toutes ses cartes sur la table… Nous tenons à une meilleure répartition des compétences entre l’Etat fédéral et els régions. Mais BHV, la nomination des bourgmestres, l’élargissement de Bruxelles, les compétences de la Communauté française dans les communes à facilités, les droits des minorités, etc., les francophones ne doivent se faire aucune illusion : cela ne sera pas lié à l’avancement de la réforme de l’Etat.
On vous taxe d’extrémiste…
Je ne suis pas un extrémiste, j’ai voté toutes les réformes de l’état. J’ai beaucoup de respect pour la langue française mais je me réfère aux résolutions très raisonnables votées à l’unanimité du parlement flamand. Je suis modéré, mais je ne mets pas ma tête dans le sable, je ne suis pas un « platzak », quelqu’un qui s’écrase.
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Des sondages à profusion (17 septembre 2008)
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Le 29 juillet dernier, « Le Soir » titrait : Un Wallon sur deux se verrait bien Français ». Et d’expliquer : Un résultat en progression spectaculaire sur quelques mois : une enquête de l’UCL, réalisée entre le 10 octobre 2007 et le 15 janvier, évaluait la proportion de Belges en faveur de cette issue à 29%.
Le 5 septembre, nouveau sondage, publié cette fois par « Le Vif/l’Express » et qui indique que 10,6% des personnes interrogées optent pour la séparation, avec un rattachement de la Wallonie (et éventuellement de Bruxelles) à la France. Selon l’hebdomadaire, la thèse du rattachement gagne du crédit, autant que l’alliance Wallonie-Bruxelles - 6,2% - semble avoir du plomb dans l’aile.
Et voici maintenant que « Le Soir », dans son édition du 17 septembre, nous livre les résultats d’une enquête, laquelle donne 18% en faveur d’une région Wallonie-Bruxelles et 15% pour une Wallonie progressivement rattachée à la France.
Dans son édito du « Soir », Eric Deffet, faisant référence à la fameuse lettre que Jules Destrée adressa en 1912 au roi Albert Ier - Vous régnez sur deux peuples. Il y a, en Belgique, des Wallons et des Flamands ; il n’y a pas de Belges. -, écrit : L’histoire récente de ce pays a confirmé grosso modo son jugement péremptoire. Mais le Carolo ne connaissait pas les sondages d’opinion - est-il à plaindre ? C’est une autre histoire…
Répondons sans ambages : ces sondages ne peuvent avoir qu’un effet pernicieux dans la mesure où l’on demande aux gens de se prononcer à brûle-pourpoint sur des sujets d’une grande complexité, aux ramifications multiples. La plupart des avis ne peuvent donc être émis d’une manière scientifiquement crédible.
En lançant, en février dernier, le « Manifeste pour des Etats-Généraux de Wallonie » (www.etatsgenerauxdewallonie.net »), Didier Melin, Thierry Ollevier, Claude Thayse et moi-même avons souhaité que, dans la perspective d’un démantèlement à court terme de l’Etat belge, les forces vives de la Région se prononcent, en toute connaissance de cause, sur la voie d’avenir à emprunter.
Quatre commissions d’étude (1° une Wallonie indépendante ; 2° un Etat Wallonie-Bruxelles ; 3° la réunion à la France ; 4° la réunion à une autre composante européenne que la France) ont donc été mises en place. Elles sont chargées de remettre, pour la mi-octobre, un premier rapport, à charge et à décharge, après avoir recueilli l’avis d’experts autorisés.
En cette veille des Fêtes de Wallonie, il nous paraît opportun de sensibiliser les Wallons - et tout particulièrement les jeunes qui sont concernés au premier chef - sur les changements importants qui pourraient survenir à brève échéance. Rien n’est plus dommageable que d’improviser l’avenir.
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De la « natievorming » (11 septembre 2008)
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Les responsables politiques francophones portent, à mes yeux, une lourde responsabilité. Celle de ne pas avoir vu, ou voulu voir, que la Flandre s’érigeait lentement en un Etat-Nation.
En 1973, Manu Ruys, le très influent éditorialiste du « Standaard », avait sous-titré son ouvrage « Les Flamands » : Un peuple un mouvement, une nation en devenir.
Aujourd’hui, cette Nation est bel et bien là et cette évolution explique, à elle seule, l’impasse dans laquelle la Belgique se trouve depuis les élections législatives du 10 juin 2007.
Le fédéralisme, a déclaré Yves Leterme en remettant sa démission en juillet dernier, a atteint ses limites.
En fait, la solution fédérale s’est soldée par un échec total, parce que la Flandre a fini par passer du stade d’entité fédérée à celui d’Etat-Nation. Ce dernier terme figure d’ailleurs expressément dans le projet de Constitution flamande déposé par le CD&V.
Dans son commentaire du 10 septembre, Luc Van der Kelen, l’éditorialiste de « Het Laatste Nieuws », livre d’ailleurs le constat suivant : Mais il s’avère aussi, aujourd’hui, que nous ne sommes pas seulement un pays avec deux communautés - sans compter les germanophones – et trois régions, mais également avec deux cultures politiques différentes. Des deux côtés de la frontière linguistique, la notion de « communauté » est conçue de manière différente. En Flandre, cette communauté est représentée par le gouvernement flamand et le parlement flamand, avec, il est vrai, les partis à l’arrière-plan. En Belgique francophone, c’est la particratie qui gouverne. Cela indique aussi l’immense différence en ce qui concerne la « natievorming » (formation de la nation), qui s’est déroulée en Flandre, alors que le phénomène n’est nullement présent en Wallonie et à Bruxelles. C’est cette différence qui fait que chaque partie a tant de mal à se mettre dans les visions de l’autre. Plus que de l’incompréhension, c’est une question de ne pas (plus) se connaître.
Non seulement le fédéralisme a échoué, mais toute discussion visant à le réformer s’avérera vaine.
Il convient ici de rappeler que le confédéralisme, voulu par la Flandre, n’est nullement une forme de fédéralisme plus poussé. Tous les experts en droit international insistent bien sur le fait que cette notion implique des Etats souverains qui, à un moment donné, décident de s’associer dans un certain nombre de domaines. Son application nécessiterait donc le démantèlement préalable du Royaume de Belgique.
Ceux qui ont versé mardi dans l’optimisme béat au sujet de la reprise des discussions institutionnelles doivent déjà déchanter : la méfiance est de retour, à tous les niveaux.
L’on serait naïf de penser que la Flandre, tout d’un coup, est disposée à prendre tout son temps pour réaliser cette grande réforme de l’Etat qu’elle revendique depuis si longtemps.
Neuf ans se sont déjà écoulés depuis le vote, au Vlaamse Raad, des fameuses « cinq résolutions », qui s’inscrivent carrément dans un schéma confédéraliste et qui font toujours office, au Nord du pays, de bible institutionnelle. Appliquées, elles réduiraient littéralement la Belgique à l’état de coquille vide. Même si les esprits francophones semblent avoir évolué depuis un an, on voit mal « Madame Non » accepter subitement d’aller dans cette voie.
Le fait est que la Flandre est extrêmement pressée. Elle se trouve dans cette situation absurde où, disposant de surplus budgétaires considérables, elle ne peut les utiliser, comme elle le souhaiterait, à accroître la prospérité de son peuple. Si elle entend disposer au plus vite du maximum de leviers socio-économiques, c’est pour faire face aux défis qui l’attendent - la question du vieillissement va se poser de façon aiguë dès 2011… - et figurer rapidement dans le top-5 des régions européennes les plus performantes.
L’on aurait tort de penser que, seul, Bart De Wever, le bouillant président de la N-VA, pose problème. En matière de surenchère flamingante, Karel de Gucht, le ténor de l’Open VLD, s’y entend très bien. N’a-t-il pas déclaré, en 2002 : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre ? N’a-t-il pas proposé, lors des négociations de Val-Duchesse, de couper les robinets financiers aux francophones ? N’a-t-il pas parlé de la frontière linguistique en termes de frontière d’Etat ? Ne vient-il pas déclarer que la majorité finira toujours par s’imposer ?
Sans doute fait-il référence, avec ces derniers propos, au dossier BHV, dont Kris Peeters souhaite qu’il continue à être traité au Parlement.
Il faut être clair à ce sujet : lorsque les différentes manœuvres à retardement auront été utilisées par les francophones, le dossier reviendra immanquablement en séance plénière. Si une majorité flamande se dégage à la Chambre et au Sénat, il faut encore, pour que la loi soit promulguée, la sanction royale couverte par le contreseing ministériel. Jamais les ministres francophones n’accepteront d’être solidaires de leur collègue flamand qui aura apposé sa signature. Ce serait donc inévitablement la crise.
En fait, la seule négociation encore envisageable ne peut porter que sur la répartition de l’héritage de l’Etat défunt. Car « l’incurable mal belge », dont parlait François Perin en 1980 en remettant spectaculairement sa démission de la fonction de sénateur, a eu raison du patient. Le nationalisme flamand a définitivement miné le Royaume de Belgique. Dans son édito de cette semaine, le rédacteur en chef de « Trends-Tendances » révèle qu’un plan de redéploiement écrit et validé existe bien au niveau du Secrétariat général de la Commission pour permettre la poursuite des activités européennes depuis Francfort aux premiers signes de scission de l’Etat belge. Ceci n’est clairement plus une fiction.
Dans ce contexte, il importe que les forces vives de Wallonie soient convoquées le plus tôt possible en Etats-Généraux, de façon à se prononcer sur la voie d’avenir à emprunter. Tel est le sens du Manifeste que Claude Thayse, Didier Melin, Thierry Ollevier et moi-même avons lancé le 15 février dernier.
A noter que les députés Daniel Ducarme (MR) et Claude Eerdekens (PS) soutiennent l’initiative et ont accepté de figurer parmi les membres cooptés du Comité d’organisation.
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La Belgique est morte, et bien morte ! (20/7/2008)
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Les responsables politiques francophones portent l’écrasante responsabilité de ne pas avoir vu ou voulu voir la Flandre s’ériger, au fil des décennies, en une véritable Nation.
En 1947, Jean Rey constatait que partout, quand un Etat unitaire est travaillé par un mouvement nationaliste, il est impossible qu’il ne finisse pas par craquer. (…) la sagesse est de s’en apercevoir à temps.
François Perin a eu la sagesse de s’en apercevoir à temps. Le 26 mars 1980, il démissionna spectaculairement de la fonction sénatoriale en déclarant : Je ne parviens plus, en conscience, à croire en l’avenir de notre Etat. (…) La Belgique est malade de trois maux, incurables et irréversibles. Le premier mal, je l’ai dit antérieurement, est le nationalisme flamand. Il reprit ensuite, en solitaire, en véritable homme d’Etat d’un non-Etat, le chemin difficile de ces vérités insupportables auxquelles les responsables politiques francophones, englués dans les passions politico-électorales, n’ont pas cru bon d’accorder l’attention qu’elles méritaient.
Aujourd’hui, les faits sont là : le mal a eu raison du patient. La Belgique est morte, et bien morte !
L’on commettrait une grave erreur en pensant que certains, en Flandre, sont moins nationalistes que d’autres et que, seul, Bart De Wever, pose problème. Le cas de Karel De Gucht est, à cet égard, éclairant. Le ténor libéral s’y connaît en matière de surenchère flamingante. Ne déclarait-il pas, le 6 novembre 2002, sur le plateau de VTM : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre ? C’est encore lui qui, lors des négociations de Val-Duchesse, menaça, avec son compère Patrick Dewael, de couper les robinets financiers aux francophones. C’est toujours lui qui parla de frontière d’Etat à propos de la frontière linguistique. Et qui, aujourd’hui, déclare qu’à terme, la loi du nombre l’emportera toujours.
Le phénomène n’est d’ailleurs pas nouveau. Dans ses notes personnelles, François Perin explique comment, après l’échec du Pacte d’Egmont en 1978, ses efforts pour tenter d’obtenir un accord institutionnel au sein de la famille libérale se sont heurtés à l’intransigeance des ténors du PVV : Ni De Clercq ni Vanderpoorten ne firent le moindre signe de concession quelconque. Ils ne pensaient qu’à tirer dans les jambes du CVP et de la Volksunie.
Il est à nouveau question aujourd’hui de dialogue de communauté à communauté pour remodeler le paysage institutionnel belge, sans se rendre compte que la chose est impossible dans la mesure où la Flandre est passée du stade d’entité fédérée à celui d’Etat-Nation.
D’aucuns, tel Philippe Moureaux, parlent de confédéralisme comme s’il agissait d’une simple forme de fédéralisme plus poussé, alors que les experts en droit international rappellent que la formule ne peut concerner que des Etats indépendants désireux, à un moment donné, de réfléchir à la manière de collaborer dans certains domaines.
Une chose est sûre, et Yves Leterme a tenu à la souligner en remettant l’autre jour sa démission au Roi : le modèle fédéral a atteint ses limites.
En refusant cette démission et en confiant au trio de Donnea - Langendries - Lambertz la mission d’examiner de quelle manière des garanties peuvent être offertes pour entamer d’une manière crédible un dialogue institutionnel, le Palais a sauvé la célébration de la Fête nationale. Mais il n’a pas sauvé le Royaume, définitivement miné par le nationalisme flamand.
Comme le résume fort bien le sous-titre du « Soir » de ce samedi 19 juillet : Le retour de Leterme ne résout rien. La sortie de crise divise Flamands et francophones. La N-VA impose un ultimatum pour le 31 juillet.
Personne ne se fait la moindre illusion, à commencer par Karl-Heinz Lambertz, l’un des trois « sages » désignés par le Roi, qui a d’emblée déclaré à la VRT qu’il serait très difficile d’obtenir une vraie réforme de l’Etat avant les élections régionales de 2009… C’est oublier que la Flandre est extrêmement pressée. Elle entend disposer au plus vite du maximum de leviers socio-économiques pour faire face aux défis qui l’attendent - dont celui du vieillissement - et se retrouver dans le top-5 des régions d’Europe les plus prospères.
En vérité, la seule négociation encore envisageable ne pourra porter que sur le partage de l’héritage de l’Etat défunt. En attendant, il importe que les forces vives de Wallonie se réunissent d’urgence en Etats Généraux, afin de choisir la voie d’avenir à emprunter : 1° un Etat wallon indépendant ; 2° un Etat Wallonie-Bruxelles ; 3° la réunion à la France ; 4° la réunion à une autre composante européenne que la France.
Il serait regrettable et irresponsable que les formations politiques snobent cette initiative. L’heure n’est plus aux animosités sectaires, mais à la réflexion sereine en vue de dégager une solution de survie digne, raisonnable et dans l’ordre.
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« La France et la Wallonie » (4/7/2008)
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Ceux qui prônent la réunion de la Wallonie à la France, dans la perspective d’une implosion, à court terme, de l’Etat belge - dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne relève plus de l’utopie -s’entendent souvent rétorquer : Encore faut-il que la France veuille bien de vous !
Les détracteurs de cette option ont beau jeu de rappeler les propos tenus naguère par Michel Charasse - Non, merci ! Nous avons aussi nos pauvres - ou Hervé de Charrette - Avec des si, on mettrait Paris en bouteille… On se souvient aussi du président François Mitterrand demandant, à propos de la Communauté française de Belgique : Combien de membres compte votre association ?
Au-delà de ce qui peut apparaître comme une caricature, des faits démontrent toutefois que, depuis la Seconde Guerre Mondiale, la France est loin de se désintéresser de ce qui se déroule en Wallonie.
Au lendemain du fameux Congrès National Wallon de Liège des 20 et 21 octobre 1945, au cours duquel un premier vote, dit sentimental, dégagea une majorité relative en faveur de l’option « rattachiste », on sait de source sûre que le général de Gaulle - alors président du Gouvernement provisoire de la République française - avait formé le dessein de s’enquérir ouvertement de la situation wallonne, mais qu’il en avait été dissuadé par son ministre des Affaires étrangères Georges Bidault, au nom de la sacro-sainte politique de non-ingérence du Quai d’Orsay.
En 1950, au plus fort de la Question royale, la Wallonie se retrouva dans une situation quasi insurrectionnelle. Il fut question de mettre sur pied un gouvernement provisoire wallon, chargé de convoquer des Etats Généraux.
Mais ce que l’on sait moins, c’est que la France, placée alors sous la présidence du socialiste Vincent Auriol, était prête à soutenir ce gouvernement provisoire wallon. Jules Daniel-Lamazière, consul général de France à Liège, mais aussi ministre plénipotentiaire, assista, en effet, le 29 juillet 1950, à une importante réunion (1) au cours de laquelle il promit le soutien de deux régiments de la République. Selon Fernand Schreurs, il aurait agi sur ordre de l’ambassadeur de France, Raymond Brugère. Il est donc clair que les instructions venaient directement de Paris. (2)
Dans l’article du « Soir » qu’il consacre, le 16 juin 2008, à l’affaire de Louvain (le fameux « Walen buiten ! » des années soixante), Guy Verstraeten écrit : On notera que les événements de Louvain ont aussi provoqué l’inquiétude à l’étranger, notamment quant au rôle que le… général de Gaulle aurait pu jouer dans cette affaire. A ce moment, le président français avait marqué le souhait d’être invité en visite officielle en Belgique afin de rendre celle que Baudouin Ier avait menée à paris en 1961. Il sera déclaré…persona non grata par le gouvernement belge. Pourquoi ? On garde le souvenir du voyage du président français au Québec, en juillet 1967, voyage marqué par son célèbre « Vive le Québec libre ») et l’on redoute fort qu’une fois chez nous, il se mette à crier… « Vive la Wallonie libre ». Le fait est que des informations en possession de la Sûreté de l’Etat et de l’ambassade de Belgique à Paris laissent entendre que des agents de l’Elysée auraient, à l’occasion du « Walen buiten », financé des groupes activistes néerlandophones afin de favoriser la scission de la Belgique et le rattachement de la Wallonie à la France…
Les notes personnelles de François Perin viennent cependant attester la politique de non-ingérence du Quai d’Orsay : Il y eut bien, en 1963, des rencontres saugrenues avec des Français. L’une d’elles eut lieu chez l’éditeur Thone à Liège. J’étais présent, ainsi que Fernand Dehousse et Jacques Levaux. Thone, dont la vieille passion anti-belge ne s’éteignit jamais, avait réussi à inviter à sa table Alexandre Sanguinetti et André Genot, successeur de Renard à la tête du Mouvement populaire wallon. Que pouvait donner un tel entretien entre un nationaliste français de la droite gaulliste et un syndicaliste wallon vigoureusement socialiste ? Genot ne voyait pas bien la Wallonie socialiste intégrée dans la Ve République du général de Gaulle. Sanguinetti reconnaissait que les Etats sont des « monstres froids » et se demandait quel pouvait bien être l’intérêt de l’Hexagone dans cette affaire. Thone poursuivait son rêve avec une obstination touchante et désespérée. Mais sa passion l’emportait sur l’évidence. Je rencontrai également, par hasard, à Waterloo, Rossillon qui voguait çà et là dans les cabinets ministériels français. Il devint un intime de Lucien Outers. La question de l’appui français a été franchement débattue. Pour Rossillon et son mouvement « Patrie et Progrès », la phase ultime du mouvement wallon était le rattachement de la Wallonie à la France. Fallait-il encore que la France et les Wallons le veuillent ! L’hypothèse d’un appui secret de la France remonta la filière jusqu’à Pompidou et jusqu’à de Gaulle. Rossillon m’écrivit que la conclusion était négative. Nous avions désormais que nous devions tirer notre plan seuls.
Ces précisions, François Perin les confirma dans le courrier qu’il adressa, le 29 janvier 1985, à Jacques Thibau, ambassadeur de France en Belgique, à propos de sa nomination en qualité de commandeur de la Légion d’honneur : Je n’ai d’autres armes, pour être crédible, que ma sincérité et mon indépendance. Mais j’aurai des adversaires passionnés. L’honneur qui m’est fait aujourd’hui et que j’accepte avec émotion, pourrait être, tout à fait à tort, interprété par eux comme un indice, sinon une preuve, d’une collusion (dans leur chef purement imaginaire, nous sommes bien placés, l’un et l’autre, pour le savoir) avec la République. (…) La France s’est abstenue de toute ingérence dans la crise belge, et le mouvement wallon, ouvertement francophile, s’est développé spontanément, depuis ses origines, en 1905, jusqu’à ce jour, sans la moindre intervention de Paris. Il y a eu il y aura toujours de mauvais esprits qui soutiendront le contraire contre l’évidence.
Mais non-ingérence ne veut pas dire désintérêt. La preuve, ces propos tenus par le général de Gaulle, à la fin des années soixante, au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain : Dans les vingt ans qui viennent, le déséquilibre entre les représentants flamands et wallons sera plus grave encore qu’aujourd’hui. (…) C’est votre drame d’appartenir à un Etat qui assistera impassible à votre déclin. (…) Que peut la France ? Toute intervention de sa part, si modeste soit-elle, serait immédiatement soulignée, amplifiée surtout, par les notables francophones de votre pays qui ne manqueraient pas d’invoquer l’impérialisme français, notre volonté hégémonique et tout le reste ! Nous soulèverions des tempêtes à l’intérieur du Marché commun auprès duquel les autorités belges se donneraient une image d’agressés ou même de martyrs. Déjà maintenant ils ne s’en privent pas. La France ne peut donc courir ce risque. (…) Je regrette de devoir vous le dire : « Chaque peuple ne peut se redresser que par lui-même ». Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et qui mobiliseront ce qui en reste. Bien entendu si, un jour, une autorité représentative de la Wallonie s’adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand cœur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité. Avant, c’est impossible. J’ai pourtant la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peur assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons. (3)
Ces propos ont été authentifiés par l’ancien ministre Alain Peyrefitte, dans une lettre adressée, le 18 novembre 1986, à Lucien Outers, alors Délégué général de la Communauté française de Belgique à Paris : La déclaration du général de Gaulle au doyen de Louvain ressemble à peu près textuellement à des entretiens que j’avais eus avec lui sur ce sujet.
Et aujourd’hui ? Si les responsables politiques français, dans leur grande majorité, se gardent bien de sortir publiquement de leur réserve (4), un sondage Ifop réalisé à l’automne dernier indique que 54% des personnes interrogées seraient prêtes à accueillir la Wallonie. Le taux est même de 66% dans les régions du Nord…
Parlant de Liège, Georges Pompidou disait : Nulle part ailleurs on n’entend battre tant le cœur pour la France. On retrouve des propos identiques, sous la plume du comte de Las Cases, dans le «Mémorial de Sainte-Hélène ».
(1) Elle s’était tenue chez Fernand Schreurs. Y participaient : Joseph Merlot, André Renard, François Van Belle, Simon Paque, René Thone, le bourgmestre de Liège Gruselin et son chef de la police.
(2) Un document écrit par Fernand Schreurs et daté de 1963 confirme les déclarations de Jules Daniel-Lamazière. Il est déposé au Fonds d’Histoire du Mouvement wallon, à Liège. Pour ce qui est des deux régiments, ils devaient se trouver non loin de la frontière franco-belge, dans la région de Charleville.
(3) Propos rapportés par Claude De Groulart dans son livre « De Gaulle : « Vous avez dit Belgique ? », Editions Pierre-Marcel Favre, Lausanne, 1984.
(4) Tel n’est pas le cas de l’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, qui n’hésite pas à déclarer : Si les Flamands souhaitaient répudier la Belgique, et pour peu que les Wallons le souhaitent, ce serait évidemment le devoir de la France d'accueillir la Wallonie en son sein.
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Ne pas tomber dans le piège ! (3/7/2008)
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Ne pas tomber dans le piège !
Jules Gheude
Dans l’interview qu’il accorde à « la Libre Belgique », ce 2 juillet,
Guy Vanhengel, ministre bruxellois des Finances (Open VLD), se veut porteur d’un message d’ouverture et de tolérance, ce qui amène le journaliste Francis Van de Woestyne à apporter le commentaire suivant : On aurait tort de croire que toute la Flandre est monolithique et se réjouit de voir les communes de la périphérie voter des règlements discriminatoires à l’égard des non-néerlandophones.
Voilà justement le piège dans lequel il ne faut pas tomber.
Quand je vois De Wever, déclare M. Van Hengel, mon sang ne fait qu’un tour.
Le sang de M. Van Hengel a-t-il fait aussi un tour quand ses coreligionnaires Patrick Dewael et Karel De Gucht ont menacé l’an dernier, lors des négociations de Val-Duchesse, de couper les robinets financiers aux francophones dans le cas où ceux-ci persistaient dans leur refus de collaborer à une réforme approfondie de l’Etat ?
A-t-on entendu M. Van Hengel protester publiquement lorsque le même Karel De Gucht a déclaré, le 2 novembre 2002, dans le cadre d’une émission sur VTM : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie. ?
Les ténors flamands sont coutumiers du double langage. Mais ils se retrouvent tous sur la même ligne lorsque les intérêts supérieurs de la Flandre sont en jeu.
Dans ses notes personnelles, François Perin explique comment il s’est efforcé, après l’échec du Pacte d’Egmont en 1978, d’aboutir, au sein de la famille libérale, à une position commune en matière institutionnelle : Ni De Clercq ni Vanderpoorten ne firent le moindre signe de concession quelconque. Ils ne pensaient qu’à tirer dans les jambes du CVP et de la Volksunie, en faisant de la surenchère flamingante.
A propos de la journée commune que PRL et PVV devait organiser le 16 mars 1980, François Perin apporte encore cette précision : De Clercq ne veut pas du drapeau belge, même assorti des drapeaux des deux communautés ! Les Anversois refusent de venir (Grootjans) ! La Belgique est bien morte !
Il serait donc erroné de croire que l’Open VLD est à mille lieues de la formule Eigen volk eerst (notre propre peuple d’abord). Confrontés à la montée irrésistible de la Lijst Dedecker, les autres partis flamands savent fort bien qu’ils n’ont aucun intérêt à faire preuve de tiédeur ni à pratiquer la politique de la concession.
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La division des Wallons est suicidaire ! (28/6/08)
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Marianne Thyssen, la présidente du CD&V, a été claire : il faut une réforme approfondie de l’Etat pour le 15 juillet, sinon elle n’exclut aucun scénario.
Aujourd’hui, le ministre-président flamand, Kris Peeters, tient un discours analogue.
Contrairement à leurs homologues francophones, les responsables flamands savant clairement où ils veulent aller et ils veulent y aller VITE ! Ils savent que la prospérité de leur Région – on peut carrément dire leur Etat-Nation – en dépend.
Qui oserait parier sur la réussite des négociations en cours ?
Dans le dernier numéro du « Vif/l’Express », l’excellente Isabelle Philippon a raison d’écrire : Une question taraude pas mal d’observateurs : et si, en réalité, Leterme n’avait pas la volonté d’aboutir ? Et si sa seule urgence était de préserver le cartel avec la N-VA (laquelle ne rêve que d’un éclatement du pays), et donc d’éviter des compromis « déshonorants », afin de pouvoir rééditer, voire amplifier son succès électoral en 2009 ? (… )Les tiraillements entre le CD&V et la N-VA ne sont pas si intenses qu’on se plaît parfois à l’imaginer, dans le sud du pays. Au contraire : entre ces deux-là règne une véritable communion de vues et d’esprit.
Face aux sondages qui ne cessent de faire grimper la Lijst Dedecker, le parti du Premier ministre ne peut que se radicaliser.
La tenue d’Etats-généraux de Wallonie se justifie donc plus que jamais et les francophones de Bruxelles, avec lesquels nous devons rester étroitement solidaires, doivent entreprendre une démarche similaire.
Quand je parcours les divers sites et blogs, je suis effaré de voir que les considérations à l’égard de telle ou telle personne l’emportent sur les réflexions de fond.
Ce n’est pas avec des invectives et des injures qu’on peut bâtir l’avenir.
Plutôt que d’alimenter les divisions, unissons, dans une même et grande émotion, toutes les forces disponibles et confrontons, de manière sereine et constructive, les divers points de vue. Retroussons nos manches et travaillons !
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Dans « Le Soir » du 24 juin, David Coppi consacre un article à la réunion qui s’est tenue à Liège, le vendredi 20 juin
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L’article est intitulé « Indépendantistes et rattachistes vers des Etats généraux de Wallonie, en septembre – Après la Belgique : quatre voies, plus une ».
On aurait parlé jadis de minorité agissante ; disons aujourd’hui une minorité aux aguets. Certains en Wallonie ayant la conviction que la crise politique est le signe – un signe de plus d’un an – du démembrement du pays jugent qu’il est temps d’anticiper. Rassemblés autour du Manifeste pour la convocation des Etats Généraux de Wallonie, ils forment un bataillon bigarré de militants indépendantistes ou rattachistes, qui croient à leur Grand Soir.
Convoqués à Liège vendredi dernier par les auteurs du « Manifeste », soit Jules Gheude, ex-Rassemblement wallon, collaborateur de Jean Gol et Louis Michel, auteur de : Le choix de la Wallonie (éditions Mols), Didier Melin, philologue traducteur, Thierry Ollevier, professeur d’université, et Claude Thayse, maître de conférences, ils ont annoncé pour septembre, en congrès, l’adoption d’une résolution finale où ils choisiront entre quatre options, reprises dans un bulletin de participation : un Etat wallon indépendant, un Etat Wallonie-Bruxelles, le rattachement à la France, la réunion a une autre composante européenne – le Luxembourg.
Moins simple qu’il n’y paraît : le choix peut être source de divisions entre courants et chapelles, Wallons et Bruxellois. Adressant un message de soutien à Liège, François Perin, 87 ans, qui fut fondateur du Rassemblement wallon, a prévenu : Le gouvernement belge étant dans un coma chaotique, je forme le vœu qu’il n’en soit pas de même de votre chaleureuse assemblée. Quelle que soit votre résolution finale, ne faites pas de Bruxelles un cadeau aux Flamands. Jules Gheude le suit : Les discussions intrafrancophones entre régionalistes et communautaristes sont dépassées, suicidaires. L’heure est à la réflexion post-Belgique.
Michel Quévit, professeur émérite à l’UCL, est favorable, en cas de partition de la Belgique, à un Etat fédéral belge composé de la Wallonie et de Bruxelles. Daniel Ducarme (MR) à un continuum Bruxelles-Wallonie.
Paul-Henry Gendebien glorifie l’option hexagonale : Cette sérénité et cette grandeur dont les Wallons ont un égal besoin, elles portent toutes les deux un seul nom : la France ! Une idée qui séduit 29% des Wallons, selon le sondage UCL-TNS Dimarso publié samedi par « Le Soir ».
Secrétaire général de la FGTB wallonne, Thierry Bodson a apporté sa caution aux congressistes. A Liège, en qualité d’ « invité », il a contesté l’ampleur des transferts Nord-Sud pour l’impôt et la sécurité sociale, expliqué qu’à l’inverse, les diminutions de cotisations sociales et d’impôts sur les salaires profitent davantage à la Flandre, et qu’à l’avenir, celle-ci, vieillissante, aspirera les budgets des pensions et de la santé. Ouvert à la réforme de l’Etat, il précise : La politique de l’emploi et l’organisation du marché du travail peuvent être organisés différemment pour mieux tenir compte des spécificités de chaque Région. La difficulté et de ne pas prendre de décisions qui mettent en danger la solidarité interpersonnelle, qui doit demeurer au niveau national. Un peu la cinquième voie.
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Discours tenu par Jules Gheude à l’occasion de la réunion de Liège du vendredi 20 juin 2008 visant à préparer les Etats-Généraux de Wallonie
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Mesdames, Messieurs,
Depuis les élections législatives du 10 juin dernier, la Belgique traverse une crise sans précédent, mais qui était largement prévisible.
En mai 2006, j’ai publié dans le journal « Le Monde » un article au titre évocateur : « La Belgique à l’agonie ». J’écrivais notamment ceci : La Flandre fourbit d’ores et déjà ses armes pour l’ultime combat qu’elle entend mener en 2007, à l’occasion des prochaines élections législatives. Si ses aspirations ne sont pas entendues - notamment la scission de l’emploi et de la sécurité sociale -, elle est disposée à bloquer la formation de tout gouvernement fédéral, voire à larguer les amarres. Du côté des Wallons et des Bruxellois francophones (…), une unanimité semble se dégager pour refuser toute nouvelle avancée institutionnelle qui transformerait l’Etat en une coquille vide. On voit mal, dans ces conditions, comment le clash fatal pourrait être évité.
C’est pour sensibiliser l’opinion publique à cette réalité que j’ai sorti, fin avril 2007, « L’incurable mal belge, sous le scalpel de François Perin ».
J’avoue avoir été interloqué en lisant, au début de cette année, l’interview de Philippe Moureaux dans « Le Vif/L’Express » : Pouvions-nous imaginer qu’un jour il y aurait une telle poussée séparatiste au Nord du pays ?, déclare le vice-président du PS.
Que Paul Magnette, vu son jeune âge, pensait que tout cela n’était que du folklore - comme il l’a expliqué à « Vers l’Avenir » - on pourrait encore le comprendre. Mais qu’un homme, qui a été mêlé de près, pendant autant d’années, aux discussions communautaires, puisse s’étonner de la sorte, voilà qui est proprement ahurissant.
Les élections législatives du 10 juin 2007 ont, en effet, révélé une forte poussée nationaliste au Nord du pays, poussée que les récents sondages tendent d’ailleurs à confirmer. Mais tout cela n’a rien d’étonnant pour qui suit l’évolution politique belge des dernières décennies.
On sait l’effet qu’a produit, sur l’opinion publique, le documentaire-fiction « Bye bye Belgium » de la RTBF, en décembre 2006. Mais ce scénario, François Perin l’avait déjà imaginé, en 1983, dans un article du « Pourquoi Pas ? », intitulé « Et si les Flamands proclamaient leur indépendance ? ».
Trois ans plus tôt, le 26 mars 1980, le professeur liégeois avait d’ailleurs démissionné spectaculairement de la fonction sénatoriale en lâchant : Il est difficile de rester parlementaire d’un Etat auquel on ne croit plus (…) et représentant d’une nation qui n’existe plus. (…) La Belgique est malade de trois maux incurables et irréversibles : le nationalisme flamand, la particratie bornée et les groupes syndicaux de toutes natures, destructeurs de toute capacité de l’Etat de réformer quoi que ce soit en profondeur.
Désolé donc, Monsieur Moureaux, mais certains avaient vu clair très tôt…
En 1973, d’ailleurs, Manu Ruys, l’ancien éditorialiste très influent du « Standaard », avait sous-titré son livre «Les Flamands », « un peuple en mouvement, une nation en devenir ».
Ce sous-titre contient, à lui seul, toute l’explication de la crise que nous connaissons aujourd’hui. Il y a toujours eu, en Flandre, un sentiment très fort d’appartenance collective qui transcende les frontières des partis politiques. On est vlaamsvoelend, avant d’être démocrate-chrétien, libéral, socialiste ou écolo. Au fil des décennies, ce sentiment d’appartenance collective a fini par donner naissance à une véritable nation, au départ des trois ingrédients classiques : un peuple, un territoire, une langue.
Fort curieusement, l’on trouve le CVP, l’ancêtre du CD&V, à la base de tous les actes politico-législatifs qui ont contribué à faire de la Flandre une nation, depuis la fixation définitive de la frontière linguistique en 1962 aux matières personnalisables dans les années 80, en passant par l’expulsion des Wallons de l’Université de Louvain en 1968 et le décret dit « de septembre » 1973, imposant l’usage exclusif du néerlandais dans les entreprises situées en Flandre. Aujourd’hui, il ne manque plus que la scission de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde pour que l’homogénéité linguistique de la Flandre soit parfaite.
A l’inverse de leurs collègues francophones, les responsables politiques flamands savent depuis longtemps où ils veulent aller. L’objectif de la Flandre, ce sont les cinq résolutions adoptées à la quasi-majorité du Parlement flamand en 1999. Le ministre-président flamand, Kris Peeters, ne cesse d’y faire référence. Pour lui, la Belgique doit se résumer à quatre compétences : la monnaie, la défense, une partie de la fiscalité et la gestion des lignes à haute tension. J’aurai l’occasion de revenir sur ce point.
Sans doute les responsables francophones portent-ils la lourde responsabilité d’avoir sous-estimé l’ampleur de ces revendications flamandes.
Une chose, cependant, est sûre : le fédéralisme s’est soldé chez nous par un échec. Plutôt que de contribuer à engendrer la cohabitation sereine et harmonieuse des diverses Communautés, il se sera traduit par l’agressivité, la méfiance et la chamaille constantes. Il n’aura finalement servi qu’à la Flandre pour s’ériger en Nation propre.
Un régime fédéral, dans lequel l’une des entités fédérées se comporte en Nation, ne peut survivre. Toute tentative visant à amender la situation ne peut donc que se révéler vaine.
Les neuf mois qui ont suivi les élections législatives de juin 2007 ont largement démontré que le système du fameux compromis « à la belge » avait atteint ses limites. Entre Flamands et francophones, le dialogue est tout simplement devenu impossible. Le fossé qui sépare le Nord et le Sud ne cesse, quant à lui, de s’élargir. Le revenu disponible est à 101,5 milliards d’euros dans le Nord et à 49 milliards dans le Sud. La Flandre compte 11,4% de pauvres, contre 17% en Wallonie. Le salaire du Wallon s’éloigne du salaire flamand. Et pour ce qui est du chômage, si l’on observe une tendance à la baisse en mai 2008, il est de 13,3% en Wallonie contre 5, 29% en Flandre.
Les responsables politiques flamands sont toutefois parfaitement conscients des problèmes qui guettent leur région. Il y a, bien entendu, la question du vieillissement. D’autre part, les prévisions démographiques indiquent que la population flamande « active », entre 20 et 60 ans, pourrait se réduire de 139.000 unités d’ici 2020. La Flandre s’interroge aussi sur son avance technologique. Elle sait que dans le classement des 125 régions européennes relatif aux prestations économiques, elle oscille entre la 20e et la 30e place. Elle s’est fait dépasser par l’Irlande et, selon Rudy Aernoudt, l’ancien patron de l’administration flamande de l’Economie, des Sciences et de l’Innovation, elle n’atteindra pas, d’ici à 2010, la norme européenne qui commande de consacrer 3% du PIB à la recherche-développement.
C’est précisément pour rectifier le tir et se situer dans le top 5 des Régions européennes les plus prospères, que le ministre-président flamand, Kris Peeters, entend doter au plus vite la Flandre d’un maximum de leviers socio-économiques. Sans réforme de l’Etat d’envergure, précise-t-il, pas d’argent flamand pour assurer l’équilibre du budget fédéral. Et pour les francophones qui n’auraient pas bien compris, Paul Geudens, l’éditorialiste de « Gazet van Antwerpen », s’empresse de mettre les points sur les i : tout cela démontre une fois de plus l’absolue nécessité d’une réforme approfondie de l’Etat, pour donner une large autonomie aux entités fédérées. (…) Si ce n’est pas possible, nous devrons en tirer nos propres conclusions : il faudra parler divorce.
Quel observateur avisé oserait miser un kopeck sur la réussite de la négociation communautaire qui est censée apporter, pour le 15 juillet, ce « second paquet » - substantiel celui-là - de réformes institutionnelles ?
Moins d’un mois après sa mise en place, tout ce que le gouvernement Leterme a entrepris a provoqué un brûlot communautaire. Qu’il s’agisse d’immigration, d’emploi, de santé, du Congo ou de la TVA sur la construction, tout mène à une confrontation Nord-Sud. Sans parler de BHV.
Dans « Het Belang van Limburg » du 27 mai, Eric Donckier s’interroge : Ce pays a-t-il encore un avenir ? Pour être honnête, nous y croyons de moins en moins. A présent, c’est même notre politique étrangère qui fait l’objet de querelles communautaires. BHV, le droit pénal pour les mineurs, la nomination des bourgmestres francophones, des généralistes bon marché face à des spécialistes chers, le numerus-clausus pour les étudiants en médecine, le code flamand du logement, le sens et le non-sens des radars, la répartition des moyens financiers provenant du fonds des amendes de circulation, l’inspection dans les écoles francophones de la périphérie flamande, la politique d’asile, la régularisation des sans-papiers, la politique de l’emploi, l’activation des chômeurs, les investissements à la SNCB, les normes de bruit… Et maintenant la politique étrangère. Y a-t-il encore quelque chose où l’on ne dispute pas ? (…) La querelle entre Flamands et francophones à propos du Congo est en quelque sorte l’ultime preuve que Flamands et francophones ont une vision totalement différente du monde. Coopérer devient de plus en plus difficile. Ce pays n’a pas d’avenir.
Pressentant la tournure des événements, j’avais lancé, en juin 2006, via une « tribune libre » de « La Libre Belgique », un appel à la convocation des Etats-Généraux de Wallonie. Il y avait urgence, dans mon esprit, alors que les responsables politiques francophones se refusaient obstinément à voir la réalité en face, à ce que les forces vives de la Région se déterminent quant à un avenir post-Belgique.
C’est dans cette optique que, le 15 février de cette année, Didier Melin, Thierry Ollevier, Claude Thayse et moi-même avons présenté le « Manifeste pour la convocation des Etats-Généraux de Wallonie ».
Souhaitant apporter à cette initiative toute la crédibilité voulue, j’ai rédigé récemment ce petit essai intitulé « Le Choix de la Wallonie – Pour la convocation de ses Etats-Généraux ». A l’occasion de la présentation officielle du livre, le 26 mai dernier, j’ai annoncé qu’une première réunion serait mise sur pied dans les meilleurs délais. Vingt-cinq jours plus tard, nous voici donc rassemblés ici et je tiens à vous remercier, chacun et chacune, d’avoir répondu à l’appel.
Parmi les trois maux irréversibles et incurables qu’avait cités François Perin, figurait, rappelez-vous la particratie. Force est de constater que l’on assiste plus que jamais au triomphe de celle-ci. La nuit entière qui a été nécessaire pour répartir les portefeuilles m’a rappelé la fameuse scène du « Ruy Blas » de Victor Hugo : Bon appétit, Messieurs ! Alors que l’Etat est agonisant, ils en sont à se chamailler pour quelques postes de secrétaires d’Etat, sur l’utilité desquels on peut vraiment s’interroger.
On aurait pu espérer un choc salutaire après l’épisode des «affaires ». Il n’en a rien été, comme en témoigne la polémique qui sévit en ce moment autour des nominations partisanes à la Région wallonne et à la Communauté française.
Rudy Aernoudt vient de sortir un ouvrage intitulé « Péripéties d’un cabinettard ». A ce propos, Luc Van der Kelen écrit, ce 12 juin, dans « Het Laatste Nieuws » : Ce pays n’est pas une démocratie, c’est une particratie. Abus de pouvoir, politique des petits amis, nominations politiques, gaspillage colossal de l’argent du contribuable, règlements de comptes… On rencontre de tout comme dans les « soap series à la Dallas ». Le plus important, ce sont les conclusions que Rudy Aernoudt tire à propos du petit club d’oligarques qui ont fait main basse sur la démocratie. Les cabinets sont devenus comme la peste, qui ronge le système de l’intérieur avec une voracité rarement vue. Les choses devaient se passer un peu comme ça dans les cours européennes de l’Ancien Régime (…).
Le gouvernement Leterme Ier, c’est, comme l’a dit Jan Segers dans « Het Laatste Nieuws », het huis van het wantrouwen, la maison de la méfiance, le gouvernement du sur-place. Même à la procession d’Echternach, on finit par progresser !
Interrogé par «Vers l’Avenir » en juillet 2007, je déclarais, à propos d’Yves Leterme : Son ambition n’est pas de devenir Premier ministre, mais bien de prendre la tête d’un Etat flamand souverain, après avoir apporté la démonstration que toute négociation est devenue impossible avec les francophones…
Un an plus tard, je suis heureux de constater que certains journalistes francophones me rejoignent, en se demandant si Yves Leterme ne serait pas une taupe ou un nouveau Machiavel.
Ainsi, dans « Le Soir » du 9 juin, Luc Delfosse, le rédacteur en chef du « Soir », pose carrément cette question : Et si le grand homme transparent, gaffeur et colérique d’Ypres était en fait l’un de ces personnes labyrinthiques à la Le Carré, que ses employeurs - en l’occurrence le CD&V et sa petite chapelle ultranationaliste, la N-VA - n’avaient propulsé à la tête de l’Etat que pour en révéler la déliquescence et donc précipiter sa fin ? Et si l’homme que l’on appelle Premier ministre n’occupait le « 16 » que pour prouver, par l’absurde et une affolante accumulation d’incompétence feinte ou non - ce qui confinerait tout de même aux beaux-arts… -, que la Flandre et ses galions tous bourrés d’or, doit pour de bon prendre le large ?(…)
Il nous bassine, entre deux vagues de lieux communs ; triture, entre deux crises, son agenda ; nous gonfle, entre deux torpilles, avec son discours de la méthode qui révèle qu’il n’en a apparemment aucune. Sauf le pourrissement, bien entendu. Et si Yves Leterme n’était qu’une taupe ?
Quant à Isabelle Philippon, l’une des meilleures analystes francophones de l’évolution institutionnelle du pays, elle écrit dans « Le Vif/l’Express » de ce 13 juin : Yves Leterme semble inefficace. Incapable de susciter ce réflexe de sauvetage national qui, jusqu’ici, avait sauvé un pays déjà tant de fois menacé de partition. (…) Voilà un an qu’il porte sa croix, découvre tout le registre de l’humiliation, endure un véritable supplice chinois. Lui, si orgueilleux et si susceptible, devrait pourtant trouver cela insupportable. Il devrait, en toute logique, jouer son va-tout, menacer d’une issue sacrificielle. Mais non, il reste là, impavide, comme transformé en statue de bronze. Au point que certains se demandent si le personnage ne s’apparenterait pas, en réalité, au cheval de Troie. Dissimulant, sous l’apparence, un dessein machiavélique : celui de démontrer que, vraiment, la Belgique n’a plus d’avenir.
Personnage étrange, pour le moins, qu’Yves Leterme. Le voici Premier ministre, lui qui avait juré ses grands dieux qu’il n’entrerait jamais dans un gouvernement sans une réforme de l’Etat de grande ampleur ! Lui qui affirmait qu’il ne fallait que cinq minutes de courage politique pour régler Bruxelles-Hal-Vilvorde ! Aujourd’hui, il ne cesse de répéter qu’il est au service de tous les citoyens. Mais en 2006, il déclarait à « Libération » : Apparemment les francophones ne sont pas en état intellectuel d’apprendre le néerlandais. (…) Regardez les difficultés des leaders francophones, et même du Roi de ce pays, à parler couramment le néerlandais ! (…) Que reste-t-il en commun ? Le Roi, l’équipe de foot, certaines bières… Non, la Belgique n’est pas une valeur en soi. N’est-ce pas lui encore qui a parlé de sac à dos rempli de pierres à propos de l’économie wallonne ? Et qui a porté sur les fonds baptismaux le cartel de son parti avec les séparatistes de la N-VA ?
On imagine mal également qu’il n’ait pas été préalablement informé du discours viril que Marianne Thyssen, sa protégée fraîchement élue à la présidence du CD&V, a tenu, le 8 juin dernier, au parc d’attractions Plopsaland de La Panne et dans lequel elle menace de remettre en cause la solidarité interrégionale et interpersonnelle si les francophones s’entêtent à refuser les réformes institutionnelles voulues par la Flandre.
Tout cela n’a pas de quoi nous étonner. Le 7 mai, dans « Knack », le ministre-président flamand, Kris Peeters, tenait d’ailleurs des propos similaires : Il faut des avancées pour la régionalisation notamment du marché de l’emploi, de la santé, de la fiscalité et de la politique familiale. Sinon, les conséquences seront imprévisibles. Pour commencer, le gouvernement flamand n’apportera aucune contribution pour réaliser l’équilibre du gouvernement fédéral.
Aujourd’hui, le CD&V propose de revoir la loi de financement des Régions et Communautés, et il est rejoint sur ce point par l’Open VLD. Rappelons-nous que lors des négociations de Val-Duchesse, les libéraux Patrick Dewael et Karel De Gucht avaient, eux aussi, menacé de couper les robinets financiers aux francophones…
Le parti du Premier ministre tente aussi d’ouvrir des brèches en ce qui concerne la Sécurité sociale. La tentative porte sur les investissements dans les infrastructures hospitalières ou sur le budget de l’Inami, qu’il est question de scinder. Bref, voilà une radicalisation qui contraste singulièrement avec l’engagement pris le CD&V, en février dernier, selon lequel dans le second paquet de la réforme de l’Etat, il ne serait aucunement question de remettre en cause la solidarité interpersonnelle, en particulier la sécurité sociale…
Il faut avoir le courage de le reconnaître : le mot « Belgique » n’a plus le même sens au Nord qu’au Sud. La marche pour l’unité de la Belgique, ainsi que la campagne du drapeau tricolore l’ont amplement démontré. En décembre dernier, le baromètre de « La Libre Belgique » révélait que 72% des Flamands interrogés souhaitaient que l’Etat belge existe encore dans vingt ans. Mais ils étaient aussi 72% - les mêmes donc - à estimer qu’il fallait régionaliser la Sécu. Résultat tout à fait paradoxal : on ne peut, en effet, être à la fois pour le maintien de la Belgique et pour la scission de ce qui en constitue le ciment essentiel. Aujourd’hui, un sondage réalisé par « Het Laatste Nieuws » indique que 49,7% de Flamands souhaitent que la Belgique éclate.
Lors des dernières « journées diplomatiques », le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht, a une nouvelle fois invité nos ambassadeurs à diffuser une image positive de la Belgique à l’étranger. Mais n’est-ce pas le même Karel De Gucht qui, en novembre 2002, déclarait dans une émission sur VTM : La Belgique est condamnée, à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajouté à la Flandre ?
Le 22 mai, dans « Le Figaro », Thierry Portes consacrait un grand reportage à la Belgique, sous le titre « Un Etat en voie de disparition ». Aujourd’hui, il persiste et signe : Aucun élément nouveau n’est venu me convaincre que la Belgique parviendra à surmonter la mésentente entre Flamands et francophones. (…) Je ne vois pas comment la Belgique pourrait se sauver, en tant qu’institution en tout cas.
Comme s’ils se refusaient à envisager le démantèlement de l’Etat, les responsables francophones, eux, réfléchissent à la manière de rendre leurs institutions plus efficaces dans le cadre fédéral belge.
A la Commission « Wallonie-Bruxelles », aussi appelée « Groupe Busquin-Spaak », mise sur pied en décembre dernier à l’initiative de Marie Arena, alors ministre-présidente de la Communauté française, l’idée de la « Fédération Wallonie-Bruxelles » - idée émise à titre personnel par les ministres-présidents wallon et bruxellois, Rudy Demotte et Charles Picqué - fait son chemin. Mais le flou subsiste toujours au sujet des compétences qui seraient encore exercées par cette fédération, censée être le véritable trait d’union permanent entre les deux composantes. Le débat sur la régionalisation de l’enseignement s’annonce particulièrement chaud et, si l’on en croit « Le Soir » de ce 17 juin, la rédaction du rapport final risque encore de prendre pas mal de temps. Il est même question de patienter jusqu’aux élections régionales de 2009…
Au Parlement wallon, il aura fallu attendre ce 15 avril 2008 pour que dix députés wallons se rassemblent autour de José Happart, président de l’institution, afin d’entamer la réflexion sur la réforme institutionnelle. Et une deuxième réunion n’a pratiquement rien apporté.
On est loin, ici, de la démarche flamande. Quand on demande à Kris Peeters, le ministre-président flamand, quelles compétences il souhaite obtenir, il répond : Celles qui sont évoquées dans notre accord de gouvernement et… dans les cinq résolutions adoptées par le Parlement flamand en 1999.
Alors que la Belgique est à deux doigts d’imploser, les discussions intrafracophones entre régionalistes et communautaristes apparaissent totalement dépassées et, pour tout dire, proprement suicidaires.
L’heure, je l’ai déjà dit, est à la réflexion post-Belgique !
Dans « Le Soir » du 29 avril 2008, Luc Delfosse, le rédacteur en chef adjoint du « Soir » pousse une gueulante contre les quelques cadors et une poignée de chihuahuas du Nord et du Sud qui sont prêts à mourir pour BHV. Et pour donner plus d’impact au message, on l’accompagne d’une caricature de Kroll, où l’on voit un moule-bière-frites s’écrier : BHV, on s’en fout ! J’avoue avoir été choqué. Tout comme François Perin, qui s’est empressé d’envoyer au journal le message suivant, qu’il me paraît important de vous lire : Depuis des décennies - au moins Jules Destrée - 1913 ! -, règne dans l’opinion bruxelloise le soupçon latent que les Wallons lâcheront Bruxelles. Et pourtant, pas une voix wallonne n’aurait laissé entendre que « BHV, on s’en fout » en raison des très graves problèmes économiques et sociaux qui risquent de fondre sur le monde, Belgique comprise, évidemment. Au moment où les quatre partis francophones se concertent, où l’amorce d’une réforme symbolisée par la double casquette de Rudy Demotte annonce une forme nouvelle, mais forte, de la solidarité Bruxelles-Wallonie, le rédacteur en chef adjoint sort l’argument éculé : « Il y a bien plus grave que ça ; BHV, on s’en fout ! ». Merci pour les six communes « à facilités », pour les bourgmestres refoulés malgré l’évidence, merci pour les leaders des partis francophones unanimes, moralement déforcés avant le premier choc. Qui lâche des Bruxellois ? Des Bruxellois eux-mêmes ! Avec le support du journal qui a le plus de poids dans les vingt-cinq communes bruxelloises. Je suis sidéré !
Il faut, à l’instar de Christian Behrendt, professeur de droit constitutionnel comparé à l’ULg, et Vincent de Coorebyter, le directeur général du Crisp, rappeler avec force que BHV n’est pas une broutille. La scission de cet arrondissement transformera, en effet, définitivement les frontières de la Flandre en frontières d’Etat, et il sera impossible, par la suite, d’arracher à la Flandre les communes à facilités, pourtant majoritairement peuplées de francophones.
Cela étant dit, je ne crois pas que BHV sera scindé de façon légale. Quand toutes les procédures de retardement auront été utilisées par les francophones, le dossier reviendra automatiquement au Parlement. Supposons que la proposition de loi soit votée par les seuls Flamands dans les deux Chambres. Il faut encore la sanction royale et le contreseing ministériel pour qu’il y ait une loi. Il n’y aura pas de sanction royale parce qu’il n’y aurait plus de gouvernement. Les ministres francophones n’accepteront, en effet, jamais d’être solidaires du ministre flamand qui voudrait donner son contreseing. C’est de toute façon la crise…
Pour régler BHV, on avance aujourd’hui l’idée du « couloir » francophone via la forêt de Soignes. En fait, cette idée n’a rien d’une nouveauté. Elle avait, en effet, été lancée par le FDF André Lagasse en 1974, lors des discussions dites du Lambermont, quelques mois après le fameux « conclave de Steenokkerzeel ».
Elle fit capoter la négociation, à la grande fureur de François Perin, alors ministre de la Réforme des Institutions dans le gouvernement Tindemans II.
Lors d’un débat organisé à Namur le 15 mars 1979, l’intéressé a livré sur cet épisode les précisions suivantes :
Je me rappelle qu’in extremis, il y eut une obsession symbolique. Le symbolisme joue, hélas, un grand rôle dans nos affaires. S’il y avait moins de symbolisme, donc moins de passion, il y aurait peut-être un accord. Je vais vous donner un exemple de symbolisme que je trouvais stupide. C’est ce que j’ai qualifié de « théorie du pédoncule ». Entre Bruxelles et la Wallonie, comme vous savez, il y a une route. C’est la route qui va de Uccle à Waterloo avec les fameuses trois espinettes. Sur cette route, il n’y a âme qui vive… Eh bien, à ma grande stupéfaction, j’ai entendu M. Lagasse admettre que l’on pouvait seulement rattacher la route. Il avait à un moment renoncé à tout sauf à ce symbole. C’est ce que j’ai appelé, moi, le pédoncule, puisqu’une route, c’est très mince. Au-dessus il y a la fleur, Bruxelles.
Et François Perin de poursuivre :
Je lui ai fait remarquer que ce qui reliait la Wallonie à Bruxelles étaient des axes multiples : Mons-Bruxelles : autoroute, chemin de fer ; Namur-Bruxelles : autoroute, chemin de fer ; Charleroi-Bruxelles : autoroute, chemin de fer ; Liège-Bruxelles : autoroute, chemin de fer. Voilà ce qui relie, d’une façon réelle, pratique et vivante, la Wallonie à Bruxelles. Sur le pédoncule, il n’y a que les promeneurs qui vont encore voir la butte de Waterloo et le cinéma de Napoléon… Je pensais avoir convaincu André Lagasse. Mais, tel Saint-Just, il s’est obstiné. Bref, les Flamands ont dit non au pédoncule aussi !
La tactique de la Flandre consiste à aller le plus loin possible pour décrocher l’indépendance, mais sans devoir endosser la responsabilité de la rupture finale. Aujourd’hui, elle s’empresse de tirer argument du plaidoyer Demotte-Picqué en faveur de la « Fédération Wallonie-Bruxelles », ainsi que du souhait de relier géographiquement les deux Régions, pour expliquer que les francophones envisagent clairement une Wallonie indépendante avec Bruxelles comme capitale. On voit ainsi Eric Van Rompuy déclarer au journal « Het Laatste Nieuws » : Les francophones sont perpétuellement à la recherche de déclarations qui peuvent confirmer l’image qu’ils ont de nous. Ce matin, au bureau du parti, le journaliste de la RTBF Christophe Deborsu a demandé ce que nous avions décidé. La fin de la Belgique, ai-je répondu, de manière ironique, hein. Car c’est ce qu’ils veulent entendre de nous : que la Flandre veut s’en aller. Mais quand le PS, en échange de la scission de BHV, demande un corridor de Waterloo à Uccle, de façon à ce que la Wallonie soit réunie à Bruxelles, qui réfléchit alors dans le contexte post-Leterme et post-Belgique ? La stratégie est certes habile, mais elle ne trompe personne…
On évoque beaucoup, ces derniers jours, de possibles élections anticipées en septembre. Et si de nouvelles élections s’avéraient impossibles à organiser ? On peut, en effet, compter sur la Flandre pour rappeler que la Cour constitutionnelle a exigé qu’un règlement sur BHV intervienne préalablement à la tenue de nouvelles élections.
Je souhaite ici le dire clairement : je n’ai aucune animosité à l’égard des Flamands, dont Leo Tindemans a dit un jour qu’ils étaient l’un des peuples les plus émotifs d’Europe. Voilà plus de trente ans que je lis quotidiennement avec assiduité la presse flamande. J’ai d’ailleurs souhaité qu’on vous remette une sélection des extraits significatifs parus ces deux derniers mois. Il ne faut pas oublier que les populations flamandes ont été victimes d’un génocide linguistique et culturel du XVIe au XIXe siècle, génocide qui a été le fait du fanatisme et de la férocité des armées espagnoles d’abord, de l’autorité pesante de l’Eglise catholique ensuite. La langue néerlandaise a été prohibée en pays flamand comme véhicule de l’hérésie calviniste jusqu’à l’aube du XXe siècle. D’où ce morcellement en patois divers. Ne perdons pas de vue la longue lutte du Mouvement flamand, à partir de 1847, pour que la Flandre finisse par acquérir ses lettres de noblesse au sein d’une Belgique dont le régime parlementaire avait été jusque-là l’œuvre d’une classe dominante s’exprimant exclusivement en français. J’ai de l’admiration pour le dynamisme du peuple flamand, qui sait clairement où il veut aller. Mais les frustrations subies naguère ne peuvent justifier aujourd’hui qu’Overijse organise la dénonciation de ceux qui s’expriment en français ou que Zaventem réserve la vente de terrains à bâtir aux seuls Flamands.
Je voudrais revenir brièvement à cette idée du « corridor » censé relier la Wallonie à Bruxelles. Dans son éditorial du « Standaard » du 17 juin, Peter Vandermeersch écrit : Cela fait penser à la Bosnie, à l’Irlande du Nord et au Timor oriental ; cela rappelle aussi les tranchées de la Première Guerre Mondiale et le Berlin de la Guerre froide. J’ose espérer que nous ne connaîtrons jamais le climat de terreur et de violence, qui fut la caractéristique des exemples précités. Mais quand on observe le comportement de certains, il y a de quoi être sceptique.
Que penser de l’interview accordée, ce 18 juin, par Philippe Moureaux au « Soir » ? Qu’il a tout d’abord raison de constater qu’on voit se créer un Etat flamand à l’intérieur de l’Etat belge, s’appuyant sur la Région-Communauté flamande, le Conseil d’Etat, les tribunaux… Mais peut-on suivre le vice-président du PS quand il lance un appel en faveur du confédéralisme, seul moyen, selon lui, de sauver la Belgique ?
J’ai rappelé tout à l’heure les cinq résolutions qui ont été adoptées par le Parlement flamand en 1999 et qui font aujourd’hui office de bible institutionnelle au Nord. Tout cela est emballé dans un papier que l’on dit confédéraliste. Mais tous les spécialistes le précisent : à l’heure actuelle, plus aucune confédération n’a droit de cité dans le concert des nations. Pour créer une confédération, explique Marc Verdussen, professeur de droit constitutionnel à l’UCL, il faudra nécessairement en passer par l’étape des Etats indépendants, donc de la scission du pays. Juridiquement parlant, on n’y coupera pas. Il faut donc le dire clairement : contrairement à ce que l’on pourrait croire, le confédéralisme n’est nullement un fédéralisme plus poussé. Le terme est utilisé habilement par les responsables flamands, car il leur permet de ne pas prononcer le mot « séparatisme » qui fait peur. Attention au confédéralisme, dit fort justement Olivier Maingain, c’est un piège, car pour les Flamands, c’est avoir les avantages du séparatisme sans les inconvénients !
Comme l’écrit Béatrice Delvaux, la rédactrice en chef du « Soir », qui loue cependant Philippe Moureaux de prendre ses responsabilités d’homme politique : On dira que les Flamands ont obtenu ce qu’ils veulent. On dira que les francophones capitulent. On dira qu’on a lâché le morceau. On aura raison sur tout cela.
Je ne souhaite pas, pour ma part, rejoindre le rang de ceux que Lucien Outers fustigeait dans son livre « Le Divorce belge », en 1960, parce qu’ils étaient prêts, écrivait-il, à boire, jusqu’à la lie, le calice des humiliations.
Aujourd’hui, je l’ai dit, la Flandre est devenue une véritable Nation. Et elle se trouve dans cette situation absurde où, disposant de surplus budgétaires considérables, elle ne peut les consacrer, comme elle le souhaiterait, à accroître la prospérité de son peuple.
Mais l’absurde ne devrait plus durer longtemps. En septembre dernier, le très sérieux magazine britannique « The Economist » livrait cette analyse très pertinente : La Belgique a fait ce pour quoi elle a été créée (the job is done)- c’est-à-dire contribuer à rétablir l’équilibre politique européen après la défaite de Napoléon à Waterloo. Aujourd’hui, elle n’est plus nécessaire. Les bonnes choses qui en sont issues pourront toujours émerger de deux ou trois territoires plus petits. Voire d’une France et de Pays-Bas élargis.
Mon souhait profond est de pouvoir évoluer au sein d’un contexte étatique cohérent, où les mots « grandeur », « liberté », « solidarité » ont un sens, où le débat politique peut se concentrer exclusivement sur l’amélioration du tissu économique et social, sur la promotion de l’éducation, de la recherche et de la culture, sur les grands problèmes de société, sans que rien ne vienne troubler l’épanouissement de cette identité française de culture et de langue qui est mienne et dont je suis si fier.
Je suis particulièrement heureux que nous soyons réunis ce soir pour réfléchir, tous ensemble et dans un climat de respect des sensibilités respectives, à une réponse de survie digne, raisonnable et dans l’ordre.
Chaque peuple, disait le général de Gaulle, ne peut se redresser que par lui-même. (…) Rien n’est jamais définitivement perdu si on ne s’abandonne pas au faux fatalisme l’histoire. Aujourd’hui, c’est une nouvelle page importante de l’histoire du Mouvement wallon qui s’écrit. Un vent de mobilisation souffle à nouveau, car nous n’avons pas vocation à vivre résignés. Nous ne souhaitons pas non plus emprunter les chemins de l’avenir dans l’improvisation. Soyons fiers de ce que nous sommes ! Montrons-nous déterminés et inspirés par la force créatrice ! Refuser de se soumettre, c’est grandir et se faire respecter. A partir d’aujourd’hui et jusqu’à la fin septembre, moment où nous tiendrons ces Etats-Généraux, unissons toutes nos forces dans une même et grande émotion !
Le choix de Liège pour cette première réunion n’est pas fortuit. C’est, en effet, dans la Cité ardente que s’est tenu, les 20 et 21 octobre 1945, le premier Congrès National Wallon sur lequel nous voudrions calquer les futurs Etats-Généraux de Wallonie. André Schreurs a assisté à ce Congrès, dont le secrétariat général était assumé par son père Fernand.
Nous lui avons donc demandé de nous expliquer comment avait été préparé cet événement, qui avait fait grand bruit à l’époque. Je lui cède bien volontiers la parole.
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SONDAGES ECLAIRANTS !
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Lors de la journée de clôture des traditionnelles "journées diplomatiques", le Premier ministre a dit compter sur nos diplomates "pour expliquer notre situation et remettre ce qui se passe dans une juste perspective".
Comme l'a confié un ambassadeur : "A l'étranger, toutes les conversations commencent par des questions sur la survie de La Belgique...".
Ainsi, tel l'apprenti-sorcier,Yves Leterme tente aujourd'hui d'enrayer la cataclysme qu'il a lui-même provoqué.
Personne, en effet, n'a oublié son interview de 2006 au journal "Libération" : "Que reste-t-il en commun? Le Roi, l'équipe de foot, certaines bières... Non. La Belgique n'est pas une valeur en soi."
Quant au ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht, qui demande à ses ambassadeurs de tout faire pour rétablir une image positive du pays à l'étranger, n'est-ce pas lui qui, le 6 novembre 2002, dans le cadre d'une émission politique sur VTM, déclarait : "La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s'évaporer et, en attendant, n'apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre."?
De retour dans leurs postes respectifs, les ambassadeurs de Belgique pourront toujours expliquer que le sondage réalisé ce samedi par "Het Laatste Nieuws" révèle qu'un Flamand sur deux souhaite que la Belgique éclate!
Intéressant aussi est le résultat du sondage que le journal « Métro » vient d’organiser, suite à l’interview qu’il m’a accordée vendredi au sujet de mon dernier livre « Le Choix de la Wallonie – Pour la convocation de ses Etats-Généraux », préfaces de Jean Beaufays et Pascal Delwit, politologues, Editions Mols.
« En cas d’explosion de la Belgique, pensez-vous, comme le conseille l’essayiste politique Jules Gheude, que la Wallonie doit être réunie à la France ou qu’elle est capable de s’en sortir seule ? »
Réunion à la France : 77%
Peut s’en sortir seule : 17%
Sans avis : 4%
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LA BELGIQUE AU BORD DE L’ECLATEMENT
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Tel est le titre d’un article de Daniel Lemay dans le journal québecois « La Presse » de ce samedi 7 juin
Belges de souche d'un bord, nouveaux arrivants de l'autre, riches et pauvres, ruraux et urbains, la Belgique souffre de multiples fractures.
Mais celle qui divise encore et toujours les communautés néerlandophone et francophone, la Flandre et la Wallonie, reste la plus grave et porte à un sombre constat: le pays semble au bord de l'éclatement. En arrivant à Bruxelles, la capitale, le visiteur note d'abord l'importance de la communauté arabe, d'origine maghrébine principalement. La cohabitation ne va pas sans heurts: au cours de notre visite, il y a 10 jours, des jeunes «Nord-Africains», répondant à un appel lancé sur un blogue, ont affronté les partisans du club de football d'Anderlecht (une commune de Bruxelles), dont le noyau dur est composé de «casseurs» peu enclins au mélange des couleurs. Résultat: commerces et voitures saccagés et plus de 200 arrestations. La police prévoit un été chaud, au su de la question qui divise les deux clans: «Qui contrôle la ville?»
Une ville où, dès que l'on s'éloigne du centre historique et commercial où mendient déjà des enfants de 4, 5 ans, la pauvreté s'étale encore plus nettement: Bruxelles, la capitale de l'Europe, compte 20% de chômeurs. Mais ce qui surprend le plus le visiteur québécois, historiquement versé dans les problématiques linguistiques, c'est le ton hargneux des échanges entre Flamands et Wallons.
«Francophones, cessez de salir la Flandre!» pouvait-on lire en manchette dans le quotidien Le Soir du vendredi 23 mai. L'injonction venait du ministre-président de la Flandre, la région du nord qui a pour elle le nombre et la puissance économique (80% des exportations belges); Kris Peeters reproche aux autorités francophones d'avoir porté devant le Conseil de l'Europe le problème des trois «maïeurs» (maires) francophones de la périphérie bruxelloise que le Parlement flamand refuse de reconnaître. Sous prétexte que lesdits bourgmestres ont envoyé des convocations officielles dans la langue de leurs électeurs (en français aux francophones, en néerlandais aux Flamands). Il s'agit de communes «à facilités», donc officiellement bilingues, mais situées dans la région flamande où le néerlandais est en théorie la seule langue officielle.
Parmi les autres pommes de discorde linguistique, citons d'abord cette disposition du «wooncode», le code flamand du logement, selon laquelle les logements sociaux sont alloués aux seules personnes qui s'engagent à apprendre le néerlandais (une pratique déjà condamnée par le Conseil de l'Europe), puis le cas de Zaventem, une commune qui vend ses terrains publics aux seuls néerlandophones.
Tout cela vient s'ajouter au problème central de «BHV», l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde qui chevauche la région de Bruxelles (bilingue à majorité francophone, 80%) et la région flamande où l'unilinguisme néerlandophone est porté en étendard par des partis d'extrême droite comme le Vlaams Belang (notons, en passant, que certains séparatistes flamands veulent une Flandre indépendante et d'autres, un rattachement aux Pays-Bas). Ainsi, toute expansion du territoire bilingue est perçue du côté flamand comme une autre invasion francophone
La situation laisse peu d'espace de manoeuvre au premier ministre Yves Leterme, le chef du parti social chrétien flamand (CD&V) qui dirige depuis le 20 mars une coalition fragile - d'aucuns disent inopérante - de cinq partis. Le «Premier» s'est donné jusqu'au 15 juillet pour présenter un programme de réformes institutionnelles sans lesquelles la Belgique semble condamnée aux chicanes communautaires alors que d'autres urgences l'interpellent.
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"Le Choix de la Wallonie": Réactions de la presse
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Jules Gheude présentait hier à Namur son dernier ouvrage à la presse: "Le Choix de la Wallonie" paru aux éditions Mols. Voici le compte-rendu de deux journalistes présents à la conférence de presse.
« Le prophète de l’apocalypse belge récidive » - Article de Catherine Ernens dans «Vers l’Avenir » du mardi 27 mai 2008
La Wallonie doit choisir son destin. La fin est imminente. Jules Gheude, le prophète de l’apocalypse belge, est de retour pour le clamer haut et fort : A ceux qui s’obstinent à vouloir maintenir la Belgique, je demande : que trouvez-vous de valorisant à poursuivre dans cette voie de l’affrontement perpétuel ? Quand des conjoints n’arrêtent pas de se déchirer, n’est-il pas préférable qu’ils divorcent ? dit Jules Gheude.
Ce namurois est la grand dépositaire de la pensée de François Perin, le fondateur de l’ancien « Rassemblement wallon ». Gheude est aussi devenu un activiste acharné de la cause wallonne et du rattachement à la France. Car il analyse tous les jours, et depuis des décennies, la presse flamande. Il y lit désormais le pire. Selon Jules Gheude, nous fonçons tout droit, et désormais à vive allure, vers le clash final.
A ce titre, Gheude avait déjà écrit « L’incurable mal belge » l’an dernier. Il livre aujourd’hui un nouvel ouvrage, écrit dans l’urgence et l’effervescence de la crise politique que traverse notre pays. Il le présentait hier devant un parterre restreint et choisi d’amis et de journalistes. Ce nouvel essai politique s’inscrit dans la droite ligne du « Manifeste pour la convocation des Etats Généraux de Wallonie ». Le manifeste n’a pas (encore ?) soulevé une folle adhésion pour l’heure. 500 personnes l’ont toutefois signé.
Jules Gheude pose quatre options d’avenir pour les wallons : un Etat wallon indépendant, un Etat wallo-bruxellois, la réunion à la France, la réunion à une autre composante européenne que la France. Lui se prononce vivement pour le rattachement à la France.
Concernant l’option d’un Etat Wallonie-Bruxelles, il oppose les mots de François Perin : On aurait une Belgique en réduction, tout aussi médiocre que l’autre, avec les Saxe-Cobourg en prime, dont la Flandre se serait débarrassée. Par contre, si nous devenions français, le PIB de la Wallonie nous placerait au 8e rang des 22 régions françaises et au 3e rang en matière d’exportations. L’analyse vient du président du PS, d’Elio Di Rupo lui-même, en 2006.
On regrette qu’un tiers du livre soit consacrée à la reproduction in extenso du discours que Rudy Demotte, le ministre-président wallon, a prononcé le 20 février dernier sur l’état de la Wallonie. On se tiendra donc à « l’interview imaginaire » dans laquelle Jules Gheude devise brillamment sur les heurs et malheurs de notre Wallonie. Le politologue liégeois, Jean Beaufays, signe la préface et parle d’un essai au style vif, pamphlétaire parfois.
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« Français ou pas des choix pour la Wallonie » - Article signé P.P. dans « La Libre Belgique » du mardi 27 mai 2008
Essayiste politique passionné par les problèmes belges, Jules Gheude a donc lancé avec quelques amis un appel à des Etats généraux de Wallonie. Il leur reviendrait de déterminer ce que devrait être la Wallonie dans l’hypothèse – ou la certitude, à court terme, pour leurs promoteurs – de l’après-Belgique. A choisir entre : un Etat wallon indépendant ; un Etat wallo-bruxellois ; la réunion à la France ; la réunion à une autre composante européenne.
Dur ? Trois mois après son lancement (sur www.etatsgenerauxdewallonie.net), la démarche a attiré 500 signatures. Cela avance lentement, convient M. Gheude, qui en espérerait le double pour entrer dans le concret d’une convocation…
Et de relancer l’initiative sous la forme d’un petit bouquin. Il n’a pas l’envergure du précédent, chez le même éditeur, autour de son idole de François Perin : ici se suivent, à la queue leu leu, 1° son diagnostic et ses sympathies personnelles pour le rattachisme wallon à la France (la seule voie réaliste, assure-t-il), sous forme d’une question-réponse ; 2° le texte du manifeste ; 3° celui d’une « lettre ouverte » à Dominique de Villepin ; 4° pour un tiers, le discours de Rudy Demotte (une personne sérieuse) au parlement wallon sur l’état de la Région, le 20 février dernier.
Le clash est pour demain, insiste-t-il en boucle ; qui oserait miser un kopeck sur la négociation institutionnelle à venir, alors que tout – immigration, emploi, Congo, TVA terrains, pour ne pas parler de BHV – mène à la confrontation Nord-Sud ?
« Le Choix de la Wallonie », aux éditions Mols, 140 pp.
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« Questions à la Une » et le rattachisme
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Dans « Vers l’Avenir » de ce mardi 13 mai, on trouve un excellent courrier rédigé par M. Francis Rouard de Hamois.
Généralement, j’attends avec intérêt l’émission « Questions à la Une » du mercredi, parce que les sujets y sont abordés avec tout le sérieux professionnel et la qualité d’investigation qu’on est en droit d’attendre d’une chaîne de service public, surtout quand on sait de quoi est capable le maître d’œuvre Jean-Claude Defossez.
Toutefois, mercredi dernier, à propos du « mouvement rattachiste de la Wallonie et de Bruxelles à la France », dans le cas (très probable, à mon sens) d’un éclatement du pays, on a eu droit à un exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire !
En effet, sur un ton détaché, léger, voire sarcastique, le sujet a été traité de manière très superficielle par des journalistes qui n’ont jamais analysé les tenants et aboutissants politiques, économiques et sociaux d’un tel scénario. Ils n’ont même pas interrogé, sur ces questions de fond, M. Gendebien, leader du RWF.
En revanche, la comparaison fumeuse – et politiquement inadéquate ! – faite par M. Ducarme entre le statut particulier de la Polynésie française et nos régions a entraîné une interview de celui-ci et le déplacement de toute une équipe en Polynésie… aux frais du contribuable (était-ce bien nécessaire à notre époque de vaches maigres ?).
En outre, se contenter de rappeler les liens linguistiques, culturels et humains privilégiés que les Wallons et les francophones de Bruxelles entretiennent depuis longtemps avec leurs voisins d’Outre-Quiévrain, me semble bien léger au regard des enjeux : en effet, tous les spécialistes s’accordent sur le fait que les lendemains d’une rupture avec la Flandre verront notre niveau de vie global chuter de 20 à 30% ! Pour ne pas sombrer, l’option d’une intégration progressive à un grand Etat comme la France n’est pas une idée farfelue d’ « illuminés » peu crédibles, comme le laisse entendre le reportage.
Certes, soyons réalistes : la réalisation de ce scénario posera de multiples problèmes, tant à la France qu’à nos dirigeants. La politique actuelle du gouvernement français est loin d’être satisfaisante et la peur de perdre notre belgitude est bien réelle chez nombre de nos concitoyens, mais ce scénario est-il plus catastrophique que le chaos surréaliste tous azimuts dans lequel les Flamands nous ont entraînés ?
C’eût été, Monsieur Defossez, une véritable question à traiter dans votre émission. Dommage d’avoir produit un tel ratage !
De source sûre, je sais que jusqu’à présent, le RTBF a renâclé à donner, sur ses antennes, une visibilité politique légitime au RWF. Y aurait-il des pressions cachées de la hiérarchie ertébéenne ? Et dans quel(s) but(s) ? Allez, à la semaine prochaine, quand même !
PS. Une précision : je ne suis pas (encore ?) militant du mouvement rattachiste. Mais sait-on jamais ?
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Quelle révélation !
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(Version légèrement remaniée d'un message envoyé au courrier des lecteurs du journal Le Soir en réaction à son éditorial du 29 avril 2008)
Jules Gheude, Saint-Servais
Le court édito de Luc Delfosse, dans "Le Soir" de ce 29 avril, m'a, je l'avoue, médusé et choqué.
Jusqu'ici, on avait tendance à pointer du doigt les Wallons pour leur désintérêt, voire leur mépris, à l'égard des francophones de Bruxelles et de sa périphérie.
Mais aujourd'hui, voilà que le rédacteur en chef adjoint du plus grand quotidien bruxellois francophone en personne - dont on ne peut imaginer qu'il ne soit pas couvert par sa hiérarchie... -, vitupère, en grosses lettres, contre les quelques cadors et une poignée de chihuahuas du Nord et du Sud qui s’excitent pour BHV. Et pour donner plus d'impact au message, on fait accompagner l'édito d'une caricature de Kroll, où l'on voit un moules-bière-frites s'écrier : "BHV, on s'en fout!"
En brandissant le spectre de la récession économique, Luc Delfosse rejoint ainsi la cohorte des Joëlle Milquet et consorts, pour qui il est plus aisé d'invoquer le pouvoir d'achat que d'admettre que la Belgique est bel et bien en phase terminale.
Que la Flandre refuse de nommer trois bourgmestres francophones de la périphérie, on s'en fout! Après tout, le contenu de notre portefeuille vaut bien qu'on s'asseye sur quelques principes élémentaires de démocratie.
Je m'attendais à tout, mais pas à un tel revirement!
Lucien Outers a dû se retourner dans sa tombe, lui qui, en 1968, dans "Le Divorce belge", fustigeait ces conservateurs patriotes aveugles et bornés, prêts à boire, jusqu'à la lie, le calice des humiliations…
Dans la perspective d’un éclatement du pays, BHV revêt une importance capitale. Comme l’explique fort bien Christian Behrendt, professeur de droit constitutionnel comparé de l’ULg, dans « Le Soir » de ce 30 avril : Plaçons-nous au niveau du droit international public : comment sont fixées les frontières d’un nouvel Etat ? On applique le principe de l’ « uti possidetis, ce qui veut dire « tu posséderas comme tu as possédé ». En d’autres termes, une entité, lorsqu’elle devient indépendante, conserve le territoire qu’elle possédait auparavant. (…) Si les francophones abandonnent ces quatre techniques de pont, il leur sera difficile de prétendre, plus tard, que l’ « uti possidetis » ne pourrait pas s’appliquer pour aligner d’éventuelles frontières d’Etat exactement sur les frontières linguistiques – donc régionales. CQFD.
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« La vaine querelle entre régionalistes et communautaristes » (11/4/2008)
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Dans une récente « carte blanche », le philosophe Philippe Van Parijs (UCL) se réjouissait de voir le fait régional s’affirmer face au projet ringard de la Belgique bicommunautaire de papa.
Rappelons tout d’abord que, selon les termes mêmes de la Constitution actuelle, la Belgique comprend trois communautés - pourquoi oublier nos concitoyens germanophones ? - et trois régions.
Le 13 novembre 1969, le document approuvé par le « Groupe des 28 » (1) précisait : L’Etat unitaire (…) est dépassé par les faits. Les communautés et les régions doivent prendre leur place dans des structures rénovées de l’Etat, mieux adaptées aux situations spécifiques du pays.
Un an plus tard, cette déclaration d’intention trouvait sa concrétisation dans les nouveaux articles 59 bis et 107 quater de la Constitution, consacrant respectivement l’autonomie culturelle et la régionalisation. La « Belgique de papa » avait vécu.
Dès le 20 juillet 1971, le projet créant les conseils culturels (un pour la « communauté culturelle française », un pour la « communauté culturelle néerlandaise ») était définitivement adopté. Quelques mois avaient suffi pour que la Flandre voie sa revendication majeure - l’autonomie culturelle - satisfaite. En revanche, il fallut attendre 1980 pour que la régionalisation définitive s’opère en Wallonie et en Flandre et… 1989 pour que la Région bruxelloise voie enfin le jour !
Point n’est besoin de rappeler ici les réticences de la Flandre à confier à la capitale le statut de région à part entière…
Lors d’une conférence qu’il fut amené à donner à l’Institut d’Enseignement supérieur Lucien Cooremans de Bruxelles, le 2 octobre 1980, François Perin expliqua fort bien la stratégie adoptée par la Flandre : Il est important de souligner que cette communauté qui n’était que culturelle en 1970 est devenue une communauté tout court en 1980. Si le mot culturel a été éliminé, c’est sous la pression du mouvement flamand qui a exigé que les institutions politiques de la communauté se voient attribuer d’autres pouvoirs qu’en matière simplement culturelle. (…) C’est pour des raisons de prudence et de tactique que le mot « communauté » a remplacé le mot « nation » et que la notion de nationalité flamande des individus n’a pas cours dans le droit belge dans l’état actuel de son évolution. La notion de nation et de nationalité étant réservée par la tradition acquise à la qualité de Belge, le mouvement flamand a préféré ne pas l’affronter brutalement. Et d’ajouter : La réforme actuelle consacre le paradoxe selon lequel la Belgique,ayant cessé d’être une nation homogène, est composée d’une nation flamande d’une part, d’une région wallonne et d’une région bruxelloise d’autre part. Comme, dans la thèse flamande, les Flamands de Bruxelles font partie de la nation flamande, la conciliation de la thèse nationaliste des Flamands et de la thèse régionaliste des Bruxellois et des Wallons est devenue impossible.
Depuis le lancement, en 1983, du « Manifeste pour la culture wallonne », la querelle entre régionalistes purs et communautaristes n’a cessé de diviser les francophones. Aujourd’hui, on assiste à de nouvelles percées régionalistes tant à Bruxelles, avec la plate-forme « Notre projet pour Bruxelles », qu’en Wallonie, avec le « Mouvement du manifeste wallon ». Quant au ministre wallon de l’Economie (PS), Jean-Claude Marcourt, il n’hésite pas à déclarer : Aujourd’hui, les trois piliers de l’Etat fédéral, ce sont les trois Régions. A nouveau, les flèches pleuvent sur la Communauté française. Le dramaturge Jean Louvet - pour lequel la vision de l’histoire semble se limiter à la grande grève de 60-61…- la qualifie d’absurde et fustige la francophomanie orchestrée et redoutable. Jean-Claude Marcourt, lui, l’assimile à une passerelle et propose d’en réduire la voilure.
Des journalistes éminents renchérissent. Ainsi, Hugues Danze, dans « Le Soir » du 9 avril, écrit : Embryon institutionnel créé pour assurer un lien symbolique mais réellement solidaire entre les francophones de Bruxelles et les Wallons de Wallonie - car c’est bien de cela qu’il s’agit -, la Communauté française n’a jamais joué ce rôle rassembleur (…) Elle reste plongée dans un coma profond. De son côté, Dorothée Klein estime, dans « Le Vif/L’Express » du 11 avril, que les Wallons et les Bruxellois ont intérêt à prendre leurs distances par rapport à « la Belgique bicommunautaire de papa » voulue par les Flamands.
Alors que l’Etat belge est à deux doigts de disparaître, ce débat m’apparaît vain, complètement dépassé et, pour tout dire, proprement suicidaire. La maison Belgique est quasi calcinée, mais les responsables francophones se refusent à l’évidence et en sont toujours à se chamailler sur des plans d’aménagement intérieur. C’est à notre devenir « post-Belgique » qu’il nous faut réfléchir, et de toute urgence
J’ai, pour ma part, toujours défendu fermement la Communauté française, comme en témoigne l’une de mes « cartes blanches » intitulée « Communauté française, plus que jamais ! » et parue dans « Le Soir » en 1998. Elle constituait, en effet, à mes yeux, le meilleur moyen de marquer la solidarité entre les Bruxellois francophones et les Wallons, qui partagent la même langue, la même culture. Abandonner la Communauté française, c’était dérouler le tapis rouge pour les Flamands à Bruxelles. Scinder des matières comme l’enseignement et la politique culturelle, c’était le comble de la dérision ! Si c’était une simple question de fric, de crédits inéquitablement répartis - comme le laisse entendre Jean-Marie Wynants avec son article « La culture subsidiée en question », dans « Le Soir » du 10 avril -, il suffisait de faire en sorte que les intérêts des uns et des autres fussent mieux représentés à la Communauté. Pas besoin, pour cela, d’inventer une inexistante culture wallonne !
Aujourd’hui, tout cela arrive trop tard. Nous allons êtres dépassés par les événements. Il ne se trouvera d’ailleurs aucune majorité des deux tiers pour supprimer l’institution communautaire, à laquelle les Flamands sont très attachés. J’ajoute qu’en cas de proclamation unilatérale d’indépendance par la Flandre, le rôle du Parlement de la Communauté française s’avérerait primordial pour apporter une riposte immédiate, en appelant notamment tous les conseils bruxellois à se prononcer sur leur appartenance à cette communauté. Idem dans la périphérie. Les Flamands ne pourront alors plus rien empêcher…
(1) Ce groupe, qui rassemblait des représentants de tous les partis, tint 27 séances du 24 septembre au 13 novembre 1969. Il avait été constitué par le gouvernement Eyskens dans le but de sortir les travaux de la Constituante de l’enlisement où les avait conduits l’absence de majorité des deux tiers nécessaire à la révision de dispositions constitutionnelles.
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« Fusions des exécutifs : bravo les Wallons, au tour des Bruxellois ! »
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« Carte Blanche » de Philippe Van Parijs, professeur à l’UCL, dans « Le Soir » du vendredi 28 mars
Un seul ministre-président pour la Wallonie et la Communauté française ? Bravo. Enfin un coordinateur unique pour l’ensemble des compétences défédéralisées qui concernent la Wallonie. C’est la sagesse même.
Reste à faire la même chose pour Bruxelles, en transférant aux autorités bruxelloises les compétences communautaires qui concernent leur Région : pour simplifier nos institutions mais surtout pour permettre à Bruxelles comme à la Wallonie de formuler enfin un projet fort, cohérent et mobilisateur, appuyé sur une version « light » ferme et efficace de notre Etat fédéral dûment reconfiguré.
Pourquoi pas plutôt un projet commun aux Wallons et aux Bruxellois ? Parce qu’au-delà du projet qui les rassemble avec la Flandre au sein de la Belgique fédérale, un tel projet n’est ni réaliste ni désirable.
Qu’il ne soit pas réaliste, quelques chiffres aideront à s’en convaincre. Une vaste enquête récemment publiée a notamment établi le constat, abondamment commenté dans la presse, qu’en termes de compétence le néerlandais a cédé la deuxième place à l’anglais au sein de la population bruxelloise (R. Janssens, Van Brussel gesproken, VUB Press, 2007, partiellement synthétisé dans Brussels Studies n° 13, janvier 2008).
Mais elle apporte bien d’autres enseignements. Ainsi, il a été demandé aux personnes interrogées d’indiquer à quelle catégorie elles s’identifiaient en premier lieu. En ce sens, 39,8% des Bruxellois se sont avérés être d’abord Belges, 19,6% d’abord Bruxellois, 15% d’abord Européens, 6,6% d’abord francophones et 1,6% d’abord Flamands. L’ordre entre ces cinq identités est le même pour toutes les tranches d’âge, mais les proportions varient. Ainsi, pour les personnes qui se déclarent prioritairement bruxelloises, la proportion maximale est atteinte chez les plus jeunes (21,7%). Pour celles qui se déclarent prioritairement francophones, le maximum est atteint chez les plus de 65 ans (8,2%).
Pour un grand projet francophone avec une assise bruxelloise dynamique, voilà qui n’est guère encourageant. Mais ce n’est pas tout. Comme dans une enquête similaire menée en 2000, les personnes interrogées eurent également à se prononcer sur le statut futur de leur région, en indiquant, parmi quatre options – statu quo, rattachement à la Flandre, rattachement à la Wallonie et statut spécial comme capitale de l’Europe -, laquelle correspondait le mieux à leur opinion. De 2000 à 2006, le nombre des adhérents au statu quo a chuté de 60,5 à 51,7%. Le projet commun Wallonie-Bruxelles en a-t-il profité ? Pas du tout. Au contraire même : ceux qui optent pour le rattachement à la Wallonie, déjà rares, le sont devenus plus encore. Sur les six ans, ils sont passés de 2,1 à 1,7% et ils sont aujourd’hui moins nombreux – même parmi les bruxellois francophones – que ceux qui optent pour un rattachement à la Flandre, qui passent pour leur part de 0,9 à 2,9% du total.
Mais ces oscillations ne sont que broutilles, à côté d’un fait massif, qui ne s’est guère modifié dans la période considérée. En 2006 comme en 2000, l’immense majorité (plus de 9 sur 10) de ceux qui ne croient pas au statu quo optent pour un statut spécial comme capitale de l’Europe. En l’espace de six ans, leur nombre est passé de 36,4 à 43,7% de la population totale.
Ce qui n’est pas réaliste, cependant, est parfois désirable. Et il faut alors lutter pour le rendre réaliste. Mais un projet francophone n’est pas plus désirable qu’il n’est réaliste. Fondamentalement parce que pour être viable et acceptable un projet politique doit être territorial et non communautaire. Du niveau communal à celui de l’union européenne, il doit inclure tous ceux qui partagent un territoire, et non associer qui appartiennent à une même « ethnie », que celle-ci soit définie en termes raciaux, religieux ou linguistiques. Donc de grâce pas un projet politique pour les néerlandophones (et assimilés) d’une part, et un autre pour les francophones (et assimilés) d’autre part, mais un projet pour tous les habitants de Wallonie, un autre pour tous les habitants de Flandre et un autre encore pour tous les habitants de Bruxelles, dans chaque cas quelles que soient les langues qu’ils parlent et les origines dont ils se revendiquent.
Aux antipodes d’un recroquevillement communautaire, un projet régional wallon ou bruxellois ne doit ni ne peut être un repli régional. Tout au contraire, il doit permettre aux Wallons de mieux s’ouvrir aux deux pays voisins que la Wallonie partage avec la Flandre, et aux deux autres qu’elle possède en propre et avec lesquels la Communauté germanophone lui offre un puissant et précieux lien. Et il doit bien sûr permettre aux Bruxellois de mieux faire de leur petite ville cosmopolite une capitale de l’Europe dont tous les Européens puissent être fiers. Pas seulement pour le charme de ses restaurants exotiques ou le génie de ses dimanches sans voitures. Mais avant tout parce qu’elle aura pu mobiliser à temps les atouts dont elle dispose pour relever le défi immense que représente la cohabitation de populations toujours plus diverses et pour donner un avenir à tous les jeunes qui y grandissent.
Pour ce faire, il est crucial que le gouvernement et le parlement bruxellois puissent avoir en main, comme leurs homologues wallons, l’essentiel des compétences communautaires.
Crucial pour pouvoir mener une politique cohérente en matière de scolarité et d’urbanisme, de formation et d’emploi. Crucial pour assurer au mieux l’indispensable collaboration avec les deux Régions qui l’entourent. Crucial et urgent pour pouvoir transformer la coexistence de trois systèmes scolaires – francophone, flamand et européen – d’une grave menace d’apartheid en un redoutable instrument pour doter tous les élèves bruxellois des compétences linguistiques sans lesquelles ils seront gravement handicapés, même dans leur ville, tout au long de leur existence.
D’ici aux élections régionales, on détectera peu à peu quelles sont les formations et les personnalités politiques bruxelloises qui s’obstineront à rabibocher le projet ringard de la Belgique bicommunautaire de papa, voire avoueront franchement leur ambition de placer Bruxelles sous tutelle wallonne, et lesquelles s’attelleront au contraire à proposer et construire un projet décomplexé incluant tous les Bruxellois, et épaulant fraternellement une Wallonie enfin maîtresse de sa culture et de son engagement.
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Les chiffres que rappelle Philippe Van Parijs sont évidemment riches d’enseignement.
Mais le projet qu’il appelle de ses vœux - et qui est censé trouver sa place au sein de notre Etat fédéral dûment reconfiguré - n’est nullement réaliste.
Ce projet, en effet, évacue la Belgique bicommunautaire pour reposer sur les Régions flamande, wallonne et bruxelloise. Or, on sait fort bien que la Flandre ne renoncera jamais à l’institution communautaire.
Le débat est donc clos avant même d’avoir été entamé.
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Quand Olivier Maingain menace... (27/3/08)
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La lecture de l’interview du président du FDF, Olivier Maingain, dans « Le Soir » du 27 mars, montre que la méfiance reste totale entre les partenaires (le mot est vraiment inapproprié !) du gouvernement Leterme Ier. Pour dire les choses comme elles sont, le contexte est marqué par une belle escalade dans la provocation.
Du côté du CD&V/N-VA, on l’a bien précisé dès le départ, il importe qu’un second « paquet institutionnel », substantiel celui-là, soit ficelé d’ici le 15 juillet. Pour Didier Reynders et Olivier Maingain, il ne peut être question de s’enfermer dans un délai. Mieux, on pose la nomination des trois bourgmestres de la périphérie comme préalable à une nouvelle négociation institutionnelle.
Bref, c’est à nouveau le dialogue de sourds…
Pendant ce temps, le ministre-président flamand, Kris Peeters (CD&V), s’empresse de tirer des conclusions très positives des dernières données rassemblées par l’Institut des Comptes nationaux (ICN).
Si l’on assiste, pour 2006, à une croissance globale de la valeur ajoutée brute de l’économie belge, la répartition régionale indique une augmentation de 3,3% en Flandre, pour 2,2 et 2% à Bruxelles-Capitale et en Wallonie. La Flandre constitue, à elle seule, 57,8% de la valeur ajoutée totale pour le Royaume.
La Région flamande est aussi la seule Région où les cotisations sociales qui ont été versées sont supérieures aux allocations sociales reçues. Elle monopolise à elle seule 56,8% des emplois rémunérés et 61,2% des indépendants. En ventilant les données de la population active, entre 18 et 65 ans, l’on peut en conclure que 2 Flamands sur 3 travaillent. Par ailleurs, le revenu net par habitant croît plus vite en Flandre que dans le reste du pays puisqu’il est 15% plus élevé qu’en Wallonie et 10% plus élevé qu’à Bruxelles. Dernière comparaison : le revenu disponible est à 101,5 milliards d’euros dans le Nord ( 2,9%) et à… 49 milliards ( 2,8%) dans le Sud.
Tout cela permet au ministre-président flamand de déclarer : Ces chiffres favorables reflètent une politique flamande d’avant-garde et bien entendu aussi le sens entrepreneurial des Flamands.
Face à cela, on l’aura compris, les menaces d’Olivier Maingain ne font pas le poids. Ne perdons surtout pas de vue que les signataires du Manifeste indépendantiste du groupe « In de Warande » étaient principalement issus du patronat et de la haute finance. Dans ce milieu, seuls les chiffres comptent !
Olivier Maingain invite la Flandre à se ressaisir, en adressant cette menace : En cas de refus, (…) le gouvernement flamand prendrait la responsabilité de mettre fin au dialogue institutionnel pour une longue période. On imagine les Kris Peeters, Bart De Wever et Jean-Marie Dedecker rire sous cape. Pas de réforme de l’Etat ? La belle affaire ! On largue les amarres en embarquant les tonneaux de la prospérité sur le bateau « Flandre » ! Le docu-fiction « Bye-bye Belgium », cela vous dit quelque chose ?
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« Tout ce cinéma pour chuter dans quatre mois ! » (21/3/2008)
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Une nuit entière passée à se chamailler pour l'obtention de l'un ou l'autre strapontin! Telle est la dernière pantalonnade à laquelle nous avons eu droit après neuf mois d'une crise kafkaïenne.
Cela fait véritablement penser à la tirade de Ruy Blas :
"Bon appétit, messieurs! Ô ministres intègres! Conseillers vertueux! Voilà votre façon De servir, serviteurs qui pillez la maison! Donc vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure, L'heure sombre où l'Espagne agonisante pleure! Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts Que remplir votre poche et vous enfuir après!"
Jamais nouveau gouvernement n'aura été aussi vilipendé par la presse, tant francophone que néerlandophone.
Qu'on en juge :
Béatrice Delvaux (Le Soir) : "Leterme Ier, un leurre à usage de l'opinion publique (...).Un programme de trois ans, nous promettait-on hier. Mais comment l'admettre alors qu'à la gestion de la peste - une réforme de l'Etat à haut risque et ultra-conflictuelle-, on vient d'ajouter en juillet le choléra - la budgétisation des promesses faites hier? Leterme Ier à peine né est déjà en danger de léthargie, sinon de mort."
Michel Konen (La Libre Belgique) : "Leterme (...) a pavé son avenir de chausse-trapes qui seront autant d'occasions de disputes pour des hommes et des femmes qui n'ont pas démontré jusqu'ici leur profond désir de faire équipe ensemble. Leterme Ier, "no future"?"
Christian Carpentier (La Dernière Heure) : "Mais il y a plus grave. beaucoup plus grave. Sur au moins deux plans. Ce l'est, d'abord, sur le contenu même de l'accord, qui est très loin de tout résoudre. Les négociateurs ont beau jurer avoir fait l'exercice, aucune mesure n'est chiffrée noir sur blanc. (...) Ce l'est encore plus sur l'autre épée de Damoclès qu'est la réforme de l'Etat. (...) Le spectre d'un retour aux urnes n'a donc en rien été levé par les accords de l'aube dernière. Les négociateurs ont à peine réussi à gagner du temps, et à en reporter la menace après l'été."
Yves Desmet (De Morgen) : "Ce gouvernement enfouit sa tête dans le sable, repousse les problèmes à plus tard et reste cependant, sans gêne aucune, bloqué dans une culture de promesse."
Peter De Backer (Het Volk) : "Avec tous ces ultimatums et problèmes en suspens, Leterme Ier semble condamné à échouer."
Paul Geudens (Gazet van Antwerpen) : "Non, pas besoin d'applaudissements. C'est un gouvernement sans chiffres, sans cohérence et surtout sans vision."
Peter Vandermeesrsch (De Standaard) : "Celui qui examine ce gouvernement d'un peu plus près ne peut qu'être frappé de stupeur. Tous les éléments sont réunis pour en faire un des plus mauvais gouvernements de tous les temps. (...) Il n'y a pas d'équipe, pas de programme, pas de budget, pas d'échéance, pas de leader. (...) Soyons honnêtes : personne ne croira que la Belgique puisse être bien gérée à partir d'aujourd'hui."
Luc Van Der Kelen (Het Laatste Nieuws) : "Ceci n'est pas un programme de gouvernement, mais un catalogue de promesses, ce que l'opposition a toujours reproché à la Violette."
Enfin, voici donc Yves Leterme Premier ministre! Lui qui avait juré ne jamais entrer dans un gouvernement sans une réforme de l'Etat de grande ampleur! Lui qui affirmait qu'il ne fallait que cinq minutes de courage politique pour régler BHV!
Yves Leterme, l'homme de la fameuse interview à "Libération " : "Apparemment les francophones ne sont pas en état intellectuel d'apprendre le néerlandais (...) Regardez les difficultés des leaders francophones, et même du Roi de ce pays, à parler couramment le néerlandais! (...) Que reste-t-il en commun? Le Roi, l'équipe de foot, certaines bières... Non. la Belgique n'est pas une valeur en soi. (...) La Belgique est née d'un accident de l'histoire, il ne faut pas l'oublier."
Yves Leterme, lui qui déclare que la Flandre voit l'économie wallonne comme "un sac à dos rempli de pierres"!
Yves Leterme, lui qui entonne la Marseillaise quand on lui demande s'il connaît la Brabançonne!
Yves Leterme, l'homme aux 800.000 voix qui, comme le précise Peter Vandermeersch dans "De Standaard", "n'a jamais fait montre depuis le 10 juin d'un leadership créatif et inspiré."
Yves Leterme, tout juste bon à acter, tel un notaire.
Mais que faut-il de plus à une Belgique qui, comme le proclame le président de la N-VA, Bart De Wever, "n'existe plus"?
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Anticiper l’inéluctable (18/3/2008)
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Ce billet a fait l'objet d'une publication dans le journal Vers l'Avenir du 18 mars 2008.
Qu’on ne se fasse surtout pas d’illusions. Le gouvernement Leterme Ier n’aura rien de définitif. Le président du CD&V exige, en effet, qu’une grande réforme de l’Etat intervienne d’ici le 15 juillet. Cela veut dire l’obtention d’importants leviers socio-économiques devant permettre à la Flandre de figurer, dans les meilleurs délais, dans le top des régions européennes les plus prospères. Or, on connaît les réticences francophones à ce sujet.
Dans « Gazet van Antwerpen » de ce 17 mars, Paul Gheudens ne cache pas son pessimisme. En ce qui concerne la rénovation de la « maison belge », écrit-il, il n’y a pas encore de plan, pas de permis de bâtir, pas de pierres, pas de ciment. Rien. De son côté, le président de l’Open-VLD, Bart Somers, précise que ce gouvernement ne sera pas normal. Quant au président de la N-VA, Bart De Wever, il proclame que la Belgique n’existe plus.
Letreme Ier ne verra le jour que parce que les points chauds ont été remis à plus tard. Les engagements pris sur le plan fiscal et sur celui des pensions n’ont pas été chiffrés !
Eric Donckier, l’éditorialiste de « Het Belang van Limburg », l’a dit dimanche, sur le plateau de RTL-TVI : On peut s’attendre à un crash à l’été.
Il est grand temps, pour les francophones, d’anticiper l’inéluctable. Tel est le sens du « Manifeste pour la convocation des Etats-Généraux de Wallonie », qui a été lancé le 15 février et qui propose d’ouvrir dès à présent la réflexion sur le devenir de la Wallonie pour l’après-Belgique.
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Rien n'a pu entraver la montée du nationalisme flamand (10/03/2008)
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En ayant sous-estimé l'ampleur des revendications flamandes - celles-ci ne sont, ni plus ni moins, que les cinq résolutions adoptées par le Parlement flamand en... 1999 -, les responsables politiques francophones portent une responsabilité écrasante. Cela frise même l'inconscience, lorsqu'on entend un Paul Magnette déclarer à "Vers l'Avenir" : "On pensait que tout cela n'était que du folklore!".
Comment expliquer, du côté francophone, cette obstination aveugle à refuser d'admettre que la Flandre est devenue une véritable Nation?
Un diplomate français m'a un jour déclaré que si la Flandre devait prendre son indépendance, la France serait le premier pays à la reconnaître sur le plan diplomatique.
Dans "Het Belang van Limburg" de ce jour, Eric Donckier compare la difficile gestation du gouvernement définitif à la "portée d'un âne". A dix jours de l'entrée en fonction d'Yves Leterme, on n'est nulle part : aucun programme gouvernemental digne de ce nom, une méfiance totale entre les partenaires, rien en ce qui concerne une réforme approfondie de l'Etat...
On sait ce que le terme "approfondi" signifie au Nord : de réels leviers socio-économiques devant permettre à la Flandre d'accroître sa prospérité pour se situer au plus vite dans le top des Régions europénnes les plus performantes.
Tant le président de la N-VA, Bart De Wever - il vient d'être réélu avec le score stalinien de près de 99%! - que son homologue du CD&V, Etienne Schouppe, l'ont bien précisé : sans cette "grande" réforme de l'Etat d'ici le 15 juillet, ils feront chuter le gouvernement.
Dans "Le Soir" d'aujourd'hui, Pierre Bouillon croit déceler un changement positif dans le langage adopté ce week-end par Yves Leterme. Mais il se demande aussi si tout cela n'est pas destiné à endormir l'opinion francophone.
Il ne faut pas perdre de vue qu'Yves Leterme est le père du cartel avec la N-VA. Il savait fort bien ce qu'il faisait en s'alliant à ce parti qui a le séparatisme à son programme.
Aujourd'hui, il s'étonne que les nationalistes trouvent "trop vague" le premier paquet institutionnel. Mais il n'ignore pas que celui-ci ne représente que des "cacahuètes" par rapport à ce pour quoi il a obtenu 800.000 voix de préférence.
Les éditorialistes flamands ne cessent d'ailleurs de citer sa phrase "Il ne faut que cinq minutes de courage politique pour scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde"... Comme ils rappellent que la N-VA est restée fidèle à son électorat en n'ayant fait, à ce jour, aucune concession...
Yves Leterme a parfaitement conscience que le CD&V court à la catastrophe si le cartel avec la N-VA saute. Et Bart De Wever n'a aucune raison de lui faire le moindre cadeau. C'est, en effet, à qui apparaîtra comme le meilleur Flamand...
S'il s'avère qu'un gouvernement fédéral belge ne peut plus être mis sur pied, il faut en tirer la conséquence : la Belgique, comme l'écrivait Jean Quatremer de "Libération" il y a quelques mois, est devenue ingouvernable.
La Belgique n'est plus une Nation homogène. Elle est composée d'une Nation flamande, d'une part, d'une Région wallonne et d'une Région bruxelloise, d'autre part. Cela explique l'échec du système fédéral.
Les nostalgiques francophones ont beau sortir le drapeau tricolore, rager et pleurer d'indignation patriotique, ils doivent se rendre à l'évidence : la formule du cardinal Mercier - "l'unité belge cimentée par l'emploi de la langue française" - est un schéma révolu depuis longtemps.
Rien n'a pu entraver la montée du nationalisme flamand. Il est pour le mieux curieux d'entendre Philippe Moureaux déclarer que personne n'aurait pu imaginer que ce nationalisme aurait acquis une telle puissance...
Etre responsable en politique, c'est aussi, et avant tout, être clairvoyant.
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L’assemblée régionaliste de Namur (02/03/08)
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Que retenir de la réunion qui s’est tenue, ce vendredi 29 mars, au Centre de congrès de Namur, à l’initiative des instigateurs du Mouvement du manifeste wallon ?
Au-delà de la réaffirmation de foi fédéraliste et de l’appel à un « projet politique mobilisateur », on a surtout eu droit aux flèches décochées avec furie à la Communauté française, qualifiée d’absurde. L’acharnement est tel qu’il amènera même Jean-Maurice Dehousse à déclarer : Vous êtes durs avec elle…
Pour cette assemblée, aux relents fortement syndicaux - pas moins de quatre responsables syndicaux défileront à la tribune en lançant moult mes camarades… -, il convient de mettre fin à la francophomanie orchestrée et redoutable qui compromet dangereusement l’affirmation de l’identité wallonne. La solution, c’est un fédéralisme à trois Régions - Flandre, Bruxelles, Wallonie -, chacune d’elles recevant la maîtrise et la gestion des compétences culturelles au sens le plus large.
Nous l’avons déjà dit et écrit maintes fois : le fédéralisme belge est irrémédiablement miné par le fait que l’une des entités fédérées, en l’occurrence la Flandre, a fini par s’ériger en Nation, au départ des trois ingrédients classiques : un peuple, un territoire, une langue. Le terme même de « nation » figure d’ailleurs expressément dans la proposition de Constitution flamande déposée par le CD&V/N-VA. Quant au ministre des Affaires étrangères, Karel De Kucht (Open VLD), après avoir déclaré, en 2002, que la Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer, il vient de qualifier la frontière linguistique de frontière d’Etat.
Pour les parlementaires flamands, le « premier paquet » institutionnel que Verhofstadt III a fini par décrocher, ne représente que des rikikis. Et sans progrès substantiel d’ici le 15 juillet, le CD&V a clairement fait savoir qu’il ferait chuter le gouvernement. Comme on n’imagine pas les responsables francophones mettre le doigt dans la régionalisation de l’emploi, de la justice et de la politique familiale…
Bref, à cinq moins du grand clash qui risque de provoquer le démantèlement pur et simple du pays et plutôt que de réfléchir sereinement à l’avenir de la Wallonie dans le schéma post-Belgique -il est trop tard pour mettre de l’ordre dans le paysage institutionnel francophone -, les Happart, Van Cauwenberghe et consorts en sont toujours au stade de l’affrontement entres régionalistes et communautaristes. Il y a, dans cette attitude, quelque chose de proprement suicidaire.
En outre, n’est-ce pas crier dans le désert que de prôner la suppression de la notion de « communauté » à laquelle la Flandre ne donnera jamais, on le sait, son assentiment ?
Les intervenants ont beau souligner la solidarité avec les Bruxellois francophones, ils cachent mal leur allergie jalouse à l’égard de la capitale dont ils s’estiment culturellement dépendants.
Pour l’écrivain Thierry Haumont - ses propos ont fait sortir en pleurs un vieux monsieur, qui a hurlé : C’est une honte ! Vous lâchez les Bruxellois francophones ! -, belgicains et rattachistes ont un tronc commun : ils ringardisent la culture wallonne. Bien qu’il se fasse publier par… Gallimard, il se refuse à admettre que notre identité culturelle est française, avec, bien entendu, des particularismes locaux.
Il faut le rappeler ici avec insistance. C’est la langue française qui constitue notre trait d’union, et non les cinq dialectes - les trois wallons, plus le picard et le gaumais -, qui sont éminemment respectables et que personne ne songe à nier. Jamais, d’ailleurs, avant la publication du « Manifeste pour la culture wallonne » en 1983, le Mouvement wallon n’a adopté une attitude centrifuge par rapport à l’ensemble français.
Jean-Claude Vandermeeren, secrétaire général de la FGTB wallonne, réfute vigoureusement l’objection du « repli sur soi ». Mais il devrait avoir l’objectivité de reconnaître que la culture française, qui est la nôtre et qui devrait faire notre orgueil, s’est toujours caractérisée par l’ouverture. Elle a participé étroitement à l’interdépendance des divers éléments de la culture européenne.
En entendant le dramaturge Jean Louvet, on a le sentiment que le temps s’est arrêté aux grandes grèves de 1960-1961. L’histoire wallonne, pour lui, se réduit à l’illusoire révolution prolétarienne.
Alors que la Belgique est sur le point d’imploser, nous estimons qu’il faut, au contraire, réaffirmer avec force notre identité française. Nous n’avons pas à entretenir de complexe d’infériorité à l’égard de Paris, ville qui accueille d’ailleurs à bras ouverts nos artistes et créateurs culturels. Félicien Rops n’a-t-il pas fui Namur, où son talent sulfureux était étouffé, pour aller s’épanouir dans la capitale française ? Et l’on pourrait citer encore André-Modeste Grétry, César Franck, Georges Simenon, Henri Michaux…
En 1998, Hervé Hasquin, alors ministre de la Région bruxelloise, déclarait au « Soir » : Je cherche vainement une culture wallonne. Nous participons à une culture française, comme les Suisses romands ou les Québécois. (…) Ceux qui remettent en cause la Communauté française au nom de l’identité wallonne veulent substituer à une culture française réservée, selon eux, à une élite, une culture plus populaire et folklorique. Mais jusqu’à preuve du contraire, le « Tapeu d’martia », ce n’est pas Simenon, ni Ysaye, ni Michaux. On ne parle pas de la même chose, il faut oser le dire !
Côté politique, il n’y avait à la réunion de Namur que des élus PS. Qu’en pense Elio Di Rupo, lui qui ne vibre qu’au diapason belgicain et monarchiste ? Il est vrai que, dans le contexte actuel, la défense de la Sécurité sociale constitue son principal fond de commerce…
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Jusqu'au jour où… (10/2/2008)
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Jules Gheude, Saint-Servais
Que retenir de l’interview accordée par Mme Marc Uyttendaele au « Vif/L’Express » de ce 8 février ?
(…) Le ciel me tombe sur la tête : j’ai toujours détesté le parfum de scandale. En même temps, je me sens parfaitement intègre. Il n’y a pas d’indécence à mes yeux. (…) Très sincèrement, je n’ai jamais eu l’impression de manquer d’indépendance. (…)
En fait, le « système » s’est à ce point incrusté dans la sphère socialiste - mainmise sur les leviers majeurs de la fonction publique, passe-droits, népotisme, conflits d’intérêts, application « très personnelle » des lois et règlements… - qu’il a acquis une sorte de normalité chez ceux et celles qui s’en nourrissent. On est, en fait, convaincu que le pouvoir acquis permet d’agir en toute impunité. Jusqu’au jour où…
« Onkelinx est ennuyée par une note de son mari », écrit Luc Van der Kelen. Et l’éditorialiste du « Laatste Nieuws » d’ajouter : Elle a réagi comme la politicienne accomplie qu’elle est. Elle a plaidé pour que des jurys objectifs décident des missions à confier aux avocats.
Il n’empêche qu’il y a quelques années, le Gerfa révélait que la ministre de la Justice de l’époque agissait de connivence avec le Conseil d’Etat pour retarder l’examen de certains dossiers ou orienter les arrêts dans le sens souhaité…
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« Dialogue de sourds » (9/2/2008)
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« Dialogue de sourds »
Jules Gheude, auteur de « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin » (Editions Mols)
Dans une « tribune libre » publiée par le journal « La Libre Belgique, le 30 juillet 2007, j’écrivais : (...) il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que l’on s’oriente vers de très longues et ardues négociations. En fait, l’on peut d’ores et déjà parler d’un dialogue de sourds, qui a toutes les chances de se solder par un échec.
Ce samedi 9 février 2008, dans l’interview qu’il accorde à cette même « Libre Belgique », Johan Vande Lanotte - l’un des membres du « groupe des sages » chargé, parallèlement à l’Octopus, de plancher sur une nouvelle réforme de l’Etat - sort de son mutisme. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il rejoint le constat que nous faisions il y a sept mois : il faut que la confiance soit là ; or dans les journaux, on ne sent pas la tension diminuer. (…) Et puis, on ne comprend ni la position ni les craintes de l’autre communauté. Il faut rentrer dans la logique de l’autre, comprendre les vraies motivations. Là, c’est le dialogue de sourds.
S’il faut en croire la presse, on devrait obtenir prochainement une liste des compétences à transférer aux Régions. On cite, notamment, le Fonds de participation, le Comité d’acquisition, la loi sur les implantations commerciales et celle sur les loyers, du moins en partie.
Si la situation n’était aussi dramatique, on aurait envie de pouffer ! Récemment, le vice-Président wallon André Antoine (CDH) signalait qu’il serait aussi éventuellement d’accord pour la régionalisation du… bien-être animal.
On l’aura compris : on se trouve ici loin, très loin, des cinq résolutions adoptées en 1999 par le Parlement flamand et qui, appliquées, réduiraient le niveau fédéral belge à l’état de coquille vide. Celui-ci, selon le ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V) ne devrait plus être compétent que pour la défense, la monnaie, certaines parties de la fiscalité et… les lignes à haute tension.
On peut, dès lors, imaginer sans difficulté l’état d’esprit dans lequel doivent se trouver aujourd’hui tous ces responsables flamands qui ont remporté les élections en juin dernier, en promettant de doter la Flandre de nouveaux - et importants - leviers socio-économiques pour lui permettre d’accéder rapidement au top des régions d’Europe les plus prospères.
Ce petit jeu ne durera plus très longtemps. Selon les dernières études, le fossé continue de se creuser entre le Sud et le Nord. A peine redevenu ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement-intérimaire Verhofstadt III, Karel De Gucht (Open VLD) n’a d’ailleurs pas hésité à montrer ses crocs. Et on peut compter, dans les jours qui viennent, sur les Bart De Wever (N-VA), Jean-Marie Dedecker (Lijst Dedecker) et autres Filip Dewinter (Vlaams Belang) pour mettre à nouveau la pression.
Du côté francophone, c’est toujours l’impréparation la plus totale et les haines partisanes. Comme le déclare Johan Vande Lanotte : la bagarre porte sur qui aura le leadership pour former le gouvernement wallon en 2009. Cela ressemble à une lutte entre PS-CDH d’une part et MR-Ecolo de l’autre. Joëlle Milquet, la présidente du CDH, rappelle que la préoccupation essentielle des gens ne va pas à l’institutionnel. Elle ne prête d’attention aux sondages que lorsque ceux-ci vont dans son sens. Mais elle revêt ses œillères quand le dernier baromètre de « La Libre Belgique » indique que 72% des Flamands interrogés disent accorder la priorité à la régionalisation de l’emploi et de la Sécurité sociale…
Oui, c’est bien le dialogue de sourds !
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Démocratie en péril ! (8/2/2008)
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Peut-on faire confiance à un avocat qui, comme Marc Uyttendaele, à la suite d’une malencontreuse erreur de transmission, laisse apparaître un côté de vil démarcheur ?
Lui qui était le premier à tenir un discours moralisateur lors des « affaires » qui ont secoué – et secouent toujours, voyez l’affaire Lizin ! – le PS, démontre clairement aujourd’hui, non seulement que les pratiques douteuses du passé sont loin d’avoir disparu au sein de la formation socialiste, mais qu’il est, lui aussi, un homme prêt à tout pour assouvir son ambition.
Il y a une semaine, les médias annonçaient avec fracas que Kathryn Brahy avait posé, en toute dernière minute, sa candidature pour le poste de Délégué Wallonie-Bruxelles à Kinshasa. Mieux : l’information était présentée comme si la chose était acquise ! Cela, alors que la procédure prévoit encore la remise d’un avis motivé de la part du Conseil de direction du CGRI et une décision finale du Gouvernement de la Communauté française, en concertation avec celui de la Région wallonne.
Par ailleurs, on peut s’interroger sur la décision de Mme Brahy de se mettre immédiatement en congé de RTL-TVI. En effet, la fonction pour laquelle elle postule est strictement administrative. Il ne s’agit nullement, comme pour Anne Delvaux ou Fabienne Reuter, d’un mandat politique, incompatible avec l’objectivité requise de la part d’un(e) journaliste politique.
La façon dont Mme Brahy se répand à ce sujet par le biais d’interviews, relève du show médiatique. Elle est franchement indécente et constitue une concurrence déloyale vis-à-vis des autres candidats.
Le 26 mars 1980, François Perin démissionnait spectaculairement de la fonction sénatoriale en déclarant que la Belgique était malade de trois maux, incurables et irréversibles. Outre le nationalisme flamand et la paralysie provoquée par les groupes syndicaux de toutes natures, il citait la particratie bornée, souvent sectaire, partisane, partiale, parfois d’une loyauté douteuse au respect de la parole donnée et de la signature, mais très douée pour la boulimie, avec laquelle elle investit l’Etat en jouant des coudes, affaiblissant son autorité, provoquant parfois le mépris public.
Le moins qu’on puisse dire, est que cette particratie – dont on sait aussi l’aversion qu’elle inspirait au général de Gaulle – est plus dévastatrice que jamais…
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De la surenchère des libéraux flamands (suite) (27/1/2008)
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Nul doute que l’interview conjointe que les deux ministres Open VLD, Karel De Gucht et Patrick Dewael, ont accordée ce week-end au « Soir » et au « Standaard », auront surpris ceux qui pensaient que le parti libéral flamand se distinguait des autres formations nordistes par une certaine modération en matière communautaire.
En fait, on assiste à un remake de ce qui s’est passé, il y a vingt ans, au lendemain de l’échec du pacte d’Egmont.
Dans mon livre « François Perin, écrits et mémoires », paru chez Quorum en 1998, l’un des sous-chapitres est intitulé « Surenchère PVV ».
A cette époque, François Perin a tout fait pour tenter d’aboutir à un projet institutionnel commun aux libéraux flamands et francophones.
Il raconte notamment : Le 14 novembre, la veille de la dissolution des Chambres, j’avais demandé à Vanderpoorten de me revoir sur un premier schéma de solution pour Bruxelles et les arrondissements de Hal-Vilvorde-Bruxelles-Nivelles que je lui avais soumis à la rentrée des Chambres. Il ne me donna aucun signe de vie. Un rendez-vous fixé le 5 décembre avec De Clercq et Vanderpoorten fut annulé au dernier moment par eux. Je revins à la charge en vain après les élections du 17 décembre 1978. (…) Il y eut deux réunions, le 28 février et le 8 mars 1979. J’étais délégué officiellement par le bureau du PRLW, avec Michel Toussaint et Louis Olivier. Vanderpoorten n’y fit qu’une brève apparition sans vraiment participer aux travaux. Seule Mme Herman-Michielsens, accompagnée d’une fonctionnaire, (…) participa aux travaux. Je me fis accompagner la deuxième fois par Philippe Monfils. Une rédaction complète d’un éventuel accord fut expédiée à Mme Herman-Michielsens le 20 mars. Henrion m’apprit au comité permanent du PRLW du 22 mars que De Clercq ne rêvait que d’un gouvernement PSC-CVP-PVV-PRL en connivence avec Tindemans. Avec colère, je lâchai devant le comité permanent, tout sur mes tentatives vaines avec le PVV. Après l’échec de Vanden Boeynants le 24 mars, j’écrivis une nouvelle lettre à Mme Michielsens demandant la réaction du PVV sur ma note pour le 5 avril au plus tard. Je cherche la preuve qu’avec le PVV aucun accord n’est possible non plus. Je ne reçus aucune réponse.
François Perin rapporte également comment s’est déroulé un dîner organisé par le comte Boël, toujours dans le but de parvenir à un accord institutionnel au sein de la famille libérale : J’y retrouvai Gol, De Clercq, Vanderpoorten (…). Ni De Clerc ni Vanderpoorten ne firent le moindre signe de concession quelconque. Ils ne pensaient qu’à tirer dans les jambes du CVP et de la Volksunie.
Et de commenter encore cette autre rencontre avec Omer Vanaudenhove, organisée à l’initiative de Charles Poswick : Jean Gol est présent. Même chanson : il faut un projet commun des libéraux. Nous lui conseillons de voir les dirigeants du PVV. Nous connaissons la réponse d’avance : des réponses aimables, un oui de principe et puis aucune suite ! Pendant ce temps, Vanderpoorten et Waltniel continuent à faire de la surenchère flamingante à la commission du Sénat sur le projet 261 ! Jeudi 6 mars 1980 : groupe parlementaire commun PRL Chambre et Sénat. Belle révélation par Jean Gol pour la journée commune du 16 mars 1980 avec le PVV. Contre l’accord précédent, Bascour est imposé comme président au lieu de De Greef. En outre, De Clercq ne veut pas du drapeau belge, même assorti des drapeaux des deux communautés ! Les Anversois refusent de venir (Grootjans) ! La Belgique est bien morte !
Et François Perin de résumer tout cela de la façon suivante : Depuis la création du PRL, j’ai eu des relations cordiales, extrêmement agréables, avec cet homme charmant et influent, plein d’esprit, qu’est Herman Vanderpoorten. Je l’ai souvent entretenu de cette idée – peut-être folle mais nécessaire – d’un projet institutionnel commun aux libéraux flamands et francophones. Pendant trois ans, je n’ai cessé de tenter cela, élaborant des documents avec un excès d’imagination que m’ont parfois reproché certains de mes amis. J’ai des dates, des rendez-vous annulés unilatéralement, sans motif. Lors d’une séance de rencontre, Vanderpoorten est venu, toujours aussi gentiment, muet comme une carpe, entrant à 9 heures et sortant à midi, sans piper un mot ! (…) Voyez aujourd’hui les amendements déposés au Sénat par Vanderpoorten. Tous plus ultra-flamingants les uns que les autres, en surenchère sur le CVP et la Volksunie ! Et après ça, il viendra dire qu’il a foi en la nation. De quelle nation parle-t-il ? De la belge ? Mais il a contribué, comme les autres, à la faire disparaître.
Il est clair qu’aujourd’hui, Karel De Gucht et Patrick Dewael ont pris la relève des Vanderpoorten, Waltniel et consorts…
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Assez ! Assez ! Assez ! (26/1/2008)
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Karel De Gucht, assurément, est un personnage dangereux. Ce Janus, tantôt ultra-flamingant, tantôt belgicain, mais toujours profondément cynique, vient encore de frapper un grand coup dans l’interview qu’il livre, conjointement avec son compère Patrick Dewael, au « Soir » et au « Standaard ».
Pour lui, c’est clair : La frontière linguistique est une frontière d’Etat ! C’est la vision depuis les années 60. Et c’est le point de vue de tous les partis flamands. Si on remet ça en cause, on est parti pour la gloire.
Il y a quelques jours, le ministre de Affaires étrangères invitait ses ambassadeurs à prendre des initiatives pour montrer une image positive de la Belgique à l’étranger. Nul doute que la communication de son interview devrait y contribuer largement… Le ton en est terriblement offensif, voire agressif, vis-à-vis des francophones.
Pour ceux qui pouvaient encore en douter, la preuve est ainsi faite que les libéraux flamands n’ont rien à envier, en ce qui concerne le côté radical de leur position, au CD&V/N-VA, à la « Lijst Dedecker ou au « Vlaams Belang ».
Dans l’interview de rentrée accordée au « Soir », le 2 septembre 2006, le président du VLD, Bart Somers, avait d’ailleurs été très clair : Dans ma génération, nous donnons priorité aux intérêts régionaux flamands. (…) Les francophones doivent savoir que nous sommes résolus. Nous aurions du mal à comprendre que le Sud refuse la demande flamande de parler, dans le respect mutuel, d’une autonomie accrue des trois Régions. La Flandre veut cette réforme. (…) Nous n’accepterons plus que notre croissance et notre emploi soient freinés parce que la Wallonie ne veut pas rencontrer nos demandes.
Lors des négociations avortées de Val Duchesse, le tandem De Gucht-Dewael n’avait-il pas menacé de couper les robinets financiers si les francophones s’obstinaient dans leur intransigeance ?
Il faut le rappeler avec vigueur aux francophones : il n’y a pas, en Flandre, un seul responsable qui ne soit pas vlaamsvoelend (qui se sent Flamand). Aussi suis-je inquiet devant cette forme de candeur qui a poussé les Bruxellois Charles Picqué et Benoît Cerexhe à se dire séduits par la pseudo-ouverture d’Yves Leterme. Il ne s’agit ni plus ni moins, dans le chef de l’intéressé, que d’une stratégie visant à redorer son blason du côté francophone. N’oublions pas les déclarations qu’il a faites, en août 2006, au journal français « Libération » !
Il nous faut donc crier : Assez ! Assez ! Assez ! Tout cela n’a que trop duré !
L’Octopus se soldera lamentablement par un échec et trois mois de plus auront été consacrés en pure perte. Il temps, pour les francophones, de voir la réalité en face. Pour Karel De Gucht, mais cela vaut aussi pour ses collègues politiques flamands, la Flandre est bel et bien devenue un Etat-nation et il est hors de question pour elle de céder un cm2 de son territoire. Le 7 décembre 1987, en pleine affaire fouronnaise, Manu Ruys, le très influent éditorialiste du « Standaard », écrivait d’ailleurs : Les partis flamands considèrent la délimitation entre les régions comme une « frontière d’Etat » à laquelle on ne touche pas.
Avant de se retrouver assez bêtement belges tous seuls - pour reprendre l’expression utilisée par François Perin en 1981 -, il convient que les Wallons réfléchissent d’urgence à leur devenir pour le jour où la Flandre proclamera unilatéralement son indépendance. Car ce jour n’est plus loin.
Que des experts de haut niveau nous livrent les avantages et les inconvénients des quatre options suivantes : 1° un Etat wallon indépendant ; 2° un Etat wallo-bruxellois ; 3° la réunion à la France. 4° la réunion à une autre composante européenne que la France. Et que des Etats-généraux de Wallonie soient convoqués pour en délibérer !
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Déni de démocratie ! (25/01/2008)
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Ce vendredi, le gouvernement wallon a donc délivré son message au groupe Octopus, chargé de préparer une nouvelle réforme de l’Etat.
La démarche est inquiétante dans la mesure où MM. Rudy Demotte, Michel Daerden et André Antoine n’ont pu s’exprimer au nom du Parlement wallon, celui-ci n’ayant jamais été consulté à cet égard.
En un mot, il s’agit d’un déni de démocratie.
Ici aussi, le fossé entre le Nord et le Sud est énorme. En 1999, en effet, le Parlement flamand a adopté les fameuses cinq résolutions, qui font depuis office de Bible institutionnelle. Quand on demande à Kris Peeters, le ministre-président flamand, quelles compétences il souhaite obtenir, il répond : Celles qui sont évoquées dans notre accord de gouvernement et… dans les cinq résolutions du Parlement flamand.
Il aura fallu cet épisode pour que la décision soit enfin prise d’installer au Parlement wallon un groupe de travail qui aura à se pencher sur un projet régional. Neuf ans après la Flandre ! Une fois de plus, les Wallons arrivent comme les carabiniers d’Offenbach…
Il faut que je le répète encore : toute tentative visant à approfondir la réforme de l’Etat dans le sens fédéral est vouée à l’échec, l’une des entités fédérées - la Flandre - s’étant clairement érigée en Nation.
L’heure, pour les francophones, n’est plus de réfléchir à la manière de rendre leurs institutions plus efficaces, mais bien d’envisager l’après-Belgique.
C’est la raison pour laquelle, depuis deux ans, je prône la convocation des Etats-généraux de la Wallonie, à l’instar de ce qui s’est passé en octobre 1945, avec le 1er Congrès National wallon. Qu’une large assemblée, représentative de l’ensemble des forces vives et des diverses tendances idéologiques, puisse se prononcer, au départ de dossiers soigneusement préparés par des experts de haut niveau, sur les diverses options d’avenir : un Etat wallon indépendant, un Etat wallo-bruxellois, la réunion à la France, la réunion a une autre composante européenne que la France.
Voilà qui est autrement plus important - et plus urgent ! - que de se demander s’il faut fusionner telle institution avec telle autre ou supprimer la Cocof ! Car il y va de notre survie et de celle de nos enfants.
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La Nation flamande a miné l’Etat belge (22/1/2008)
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On sait que la création d’une circonscription électorale fédérale figure en bonne place dans la note institutionnelle de Guy Verhofstadt. Elle constitue l’un des éléments destinés à renforcer l’Etat fédéral.
Le moins qu’on puisse dire, est que cette idée ne fait pas vibrer la Flandre d’enthousiasme. Dans son interview au « Soir » de ce lundi 21 janvier, Yves Leterme ne cache pas sa réticence : Etienne Schouppe, président du CD&V n’est pas seul à considérer que ce n’est pas la voie à suivre. D’autres partis y sont farouchement opposés.
Et de se montrer plus sceptique encore dans l’interview accordée le même jour au « Standaard » : Une circonscription électorale serait un phénomène unique : il n’y a pas un pays fédéral qui applique ce mécanisme. (…) Une telle circonscription n’occultera jamais que deux communautés vivent dans ce pays, qui ont des points de vue politiques différents.
Nous souhaitons apporter la précision suivante : il n’y a pas non plus un pays fédéral au monde où l’une des entités fédérées constitue une véritable nation, un Etat en soi.
Le terme « nation » ne figure-t-il pas expressément dans la proposition de Constitution flamande déposée par le CD&V et la N-VA. ?
La Nation flamande a bel et bien miné l’Etat belge, rendant impossible le fonctionnement de ce dernier sur une base fédérale.
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Vous avez dit Octopus ? (17/1/2008)
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Le moins que l’on puisse dire, c’est que les éditorialistes flamands n’affichent pas un grand optimisme quant aux chances de réussite de la négociation « Octopus » qui a démarré ce 16 janvier.
De même que les observateurs avaient marqué leur étonnement à propos du choix de Val Duchesse par le formateur Yves Leterme - celui-ci se souviendra longtemps du rôle néfaste joué par les spectres qui hantent ce château… -, de même il est permis de se demander si la référence à la pieuvre est de bon augure. Peut-être Yves Leterme aurait-il dû (re)lire le passage des « Travailleurs de la mer » de Victor Hugo, où le poète donne une description dantesque de ce mollusque, précisant que Quand Dieu veut, il excelle dans l’exécrable : Qu’est-ce donc que la pieuvre ? C’est la ventouse. (…) Cette loque avance vers vous peu à peu. Soudain, elle s’ouvre (…). Epanouissement effroyable. Cela se jette sur vous. L’hydre harponne l’homme. (…) Chose épouvantable, c’est mou. Ses nœuds garrottent ; son contact paralyse. Elle a un aspect de scorbut et de gangrène ; c’est de la maladie arrangée en monstruosité.
Yves Leterme se dit néanmoins confiant. L’homme aux 800.000 voix, qui, en août 2006, confiait à « Libération » que la Belgique n’est pas une valeur en soi et qu’il ne restait en commun que le Roi, l’équipe de foot et certaines bières, affirme aujourd’hui que le pays a un bel avenir devant lui…
Disons-le d’emblée : ce nouveau marathon communautaire est voué à l’échec. En quittant le statut d’entité fédérée pour s’ériger en nation - le terme est expressément repris dans la proposition de Constitution flamande déposée par le CD&V -, la Flandre a, de facto, rendu toute réforme impossible dans le sens fédéral.
Parlant de mon dernier ouvrage « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin » (1), dans la revue du Cercle d’Etudes Charles de Gaulle, Francis Depagie souligne la vision absolument prémonitoire de François Perin sur la situation politique en Belgique.
On peut, dès lors, s’étonner qu’un homme comme Philippe Moureaux, qui suit la problématique communautaire depuis tant d’années, puisse lâcher, dans « Le Vif/L’Express » du 4 janvier : Pouvions-nous imaginer qu’un jour il y aurait une telle poussée séparatiste au nord du pays ?
Je dois bien avouer que cette question me sidère, car elle reflète un manque total de clairvoyance politique. Je ne sais si M. Moureaux a lu l’ouvrage de Manu Ruys - l’ancien éditorialiste influent du « Standaard » - « Les Flamands », paru en 1973. Le sous-titre est en particulièrement éloquent : Un peuple en mouvement, une nation en devenir. Toute l’explication de la crise actuelle est là : au nord du pays, le sentiment très fort d’appartenance collective, qui transcende les frontières des partis politiques, a fini par engendrer une véritable nation, en concurrence directe avec la belge – mais cette dernière a-t-elle jamais vraiment existé, en dehors du mythe du Roi-Chevalier ?
M. Moureaux se dit convaincu de la nécessité d’une nouvelle grande réforme de l’Etat, tout en refusant la version du confédéralisme dans laquelle les Régions et les Communautés seraient quasiment des Etats indépendants, où la Belgique serait vidée de toute substance. Mais c’est précisément cette version-là qui intéresse la Flandre. Comme l’a précisé le ministre-président flamand Kris Peeters au « Standaard », en septembre dernier : Il nous restera encore en commun l’armée, la monnaie, une partie de la fiscalité et les lignes à haute tension. Cela rejoint les cinq résolutions votées en 1999 par le Parlement flamand. Les francophones portent une lourde responsabilité en ne leur ayant pas accordé le crédit nécessaire. On pensait que tout cela n’était que du folklore, a même déclaré récemment le ministre Paul Magnette (PS) à «Vers l’Avenir »…
N’en déplaise à M. Moureaux, certains francophones, tel François Perin, avaient vu clair très tôt.
Le génial constitutionnaliste liégeois démissionna spectaculairement de la fonction sénatoriale le 26 mars… 1980, en déclarant : (…) je ne parviens plus, en conscience, à croire en l’avenir de notre Etat. Il est difficile de rester parlementaire d’un Etat auquel on ne croit plus et dont le système politique paraît absurde, et représentant d’une nation – selon les termes de la Constitution – qui n’existe plus. Je remets ce jour ma démission de sénateur au président de cette assemblée. Mon motif est simple et triple. La Belgique est malade de trois maux, incurables et irréversibles. Le premier mal, je l’ai dit antérieurement, est le nationalisme flamand, qu’il s’avoue ouvertement ou non. Le second, c’est que la Belgique est livrée à une particratie bornée, souvent sectaire, partisane, partiale, parfois d’une loyauté douteuse au respect de la parole donnée et de la signature, mais très douée pour la boulimie, avec laquelle elle investit l’Etat en jouant des coudes, affaiblissant son autorité, provoquant parfois le mépris public. Le troisième mal, incurable et irréversible, c’est que la Belgique est paralysée par des groupes syndicaux de toutes natures – des médecins aux syndicats traditionnels – intraitables et égoïstes, irresponsables, négativistes et destructeurs finalement de toute capacité de l’Etat de réformer quoi que ce soit en profondeur. Et il n’y a rien, ni homme, ni mouvement d’opinion, pour remettre tout cela à sa place et dégager l’autorité de l’Etat au nom d’un esprit collectif que l’on appelle ordinairement la nation, parce, dans ce pays, il n’existe plus de nation. Voici, Monsieur le Président, ma démission de sénateur. Je reprendrai, en conséquence, en solitaire, le chemin difficile des vérités insupportables. Adieu.
Dans les années qui suivront, François Perin n’aura de cesse de nous mettre en garde contre la montée de ce nationalisme flamand.
Ainsi, le 28 avril 1981, il écrit dans « La Meuse » : (…) Les Wallons ont beau prouver par les récents sondages du « Soir » jumelé au « Standaard » qu’ils sont avant tout Belges et même en majorité « unitaires » ; qu’importe puisque la majorité des Flamands n’ont aucune envie d’en être solidaires ! Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver : les Wallons et les Bruxellois vont se retrouver bêtement Belges tout seuls. Après d’éventuelles élections qui n’auront qu’exacerbé le malaise (…), le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable : la Belgique peut disparaître par « implosion ».
Et d’envisager, vingt-cinq ans avant le fameux documentaire-fiction de la RTBF, le scénario de la proclamation unilatérale d’indépendance de la Flandre : Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. (…) Les Wallons ont beau se proclamer belges. Quel est celui d’entre eux qui se battrait (au sens propre : en participant à une guerre civile) pour rétablir la Belgique contre la volonté des Flamands ? Poser la question, c’est la résoudre. Les Wallons pourraient se retrouver indépendants à leur corps défendant, contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée, devenant eux-mêmes les débiteurs de leurs fameux « droits acquis ». (…) La seule nationalité à laquelle les Wallons pourraient facilement s’assimiler après que la nationalité belge leur eût claqué dans la main, est la nationalité française (…). Encore faudrait-il nettoyer seuls nos écuries auparavant, car la France n’est pas demanderesse et n’a aucune envie de prendre des fous en charge. (…) Jamais l’Europe, ni l’Otan, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils faire : débarquer les « Marines » pour nous apprendre par la force à vivre ensemble ? Au contraire, la Belgique est un partenaire si peu fiable que nos alliés ne seraient peut-être pas fâchés de la voir disparaître. Les USA ne sont-ils pas plus satisfaits de la France qui est hors de l’Otan, mais qui a une politique sérieuse de défense, que de la Belgique qui risque de déclencher une belle débandade ? (…) En 1830, le sort de la Belgique a été, après les journées révolutionnaires de septembre, joué sur le plan international. Il pourrait en être de même de sa probable « implosion ».
Le 9 mars 1983, François Perin revient sur le sujet, par le biais d’un article intitulé « Et si les Flamands proclamaient leur indépendance ? » et publié dans l’hebdomadaire « Pourquoi Pas ? » : (…)Les négociations classiques échouent. Les « informateurs », « négociateurs », « conciliateurs » et autres navetteurs politiques échouent aussi. Cela dure des semaines, peut-être des mois. (…) Les Flamands s’énervent. (…) La presse flamande hurle à la mort de l’Etat. La presse francophone se lamente ou verse dans l’imprécation anti-flamingante (…). Des nostalgiques adressent un appel au Roi. « La Libre Belgique » pleure de colère et d’indignation patriotique. (…) Pendant ce temps, les Flamands s’en moquent et songent sérieusement à convoquer le Vlaamse Raad pour que celui-ci, fort de sa légitimité basée sur le suffrage universel, se proclame « Congrès national flamand » ; l’exécutif flamand démissionne pour faire place aussitôt à un gouvernement d’union nationale flamande (…). L’indépendance flamande est proclamée par décret spécial à Bruxelles. La Belgique a vécu. Le gouvernement flamand s’installe à Bruxelles, capitale de la Flandre, et offre … à l’exécutif wallon de négocier pacifiquement la liquidation de l’Etat. (…)
Alors vice-Premier ministre, feu Jean Gol, avait tenu à adresser à François Perin le petit mot manuscrit suivant : Je suis d’accord à 100% avec votre article du « Pourquoi Pas ? ». Mais le délai est sans doute un peu plus long ; je ne suis pas fonctionnellement en position d’exprimer publiquement mon accord. J’agis cependant chaque jour pour préparer cette échéance et une réponse francophone de survie digne, raisonnable et dans l’ordre.
Pour en avoir souvent discuté avec lui à l’époque, je peux certifier ici que la réponse de Jean Gol passait aussi par l’Hexagone.
François Perin dit aussi se souvenir de la terrible colère de Jean Gol au bureau du PRL quand André Damseaux et Jacqueline Mayence ont basculé en faveur de l’implantation de la capitale wallonne à Namur. « Il n’y a que deux capitales possibles », déclara-t-il. « Si ce n’est pas Bruxelles, j’en connais une autre autrement prestigieuse ». Il n’a pas prononcé le nom de Paris mais…
Lors des funérailles de Jean Gol en 1995, François Perin sortit effondré du funérarium de Robermont. Et d’expliquer : En fait, Jean Gol était, à mes yeux, le seul homme politique belge ayant l’envergure nécessaire pour avoir l’écoute de Paris en cas de dislocation de la Belgique. (…) Et voilà que cette carte majeure me claque dans la main !
Rien de grand ne peut être entrepris en politique sans la clairvoyance et la vision des choses à long terme ! Les responsables francophones actuels feraient bien de méditer cette phrase…
(1) Préface de Xavier Mabille, Président du Crisp, Editions Mols, 2007.
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Opérer un recensement linguistique, c'est faire sauter le pays ! (13/1/2008)
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J’ai suivi, ce dimanche, le débat sur RTL-TVI entre Olivier Maingain et Eric Van Rompuy. Interrogé quant à la proposition du président du PS, Elio Di Rupo, de faire un recensement linguistique des communes qui avoisinent Bruxelles pour qu’on sache une fois pour toute ce que doit être la Région bruxelloise, le député flamand (CD&V) a été on ne peut plus clair : Votre façon d’être moderne, c’est de revenir 70 ans en arrière, quand on a élaboré la législation linguistique de 1932. Si vous voulez touchez à la frontière linguistique, vous vous engagez sur une voie dangereuse. Cela pourrait faire exploser le pays !
Le grand round communautaire qui doit débuter mardi est d’emblée voué à l’échec. Voyons d’ailleurs comment Yves Desmet, le rédacteur en chef politique du « Morgen », commente la situation dans son édito du vendredi 11 janvier :
Une refédéralisation de compétences, une circonscription fédérale et plus d’argent pour le niveau fédéral comme preuves fortes que l’Etat fédéral reste viable dans l’avenir. Aucun euro enlevé à la solidarité qui profite aujourd’hui quasi exclusivement à la Wallonie. Un paquet d’argent supplémentaire pour Bruxelles.
Et quelle est la réaction des politiciens francophones à ces propositions de la note Verhofstadt ? Et bien, c’est simple. Que l’homme qu’ils trouvaient jusqu’ici le plus raisonnable des politiciens flamands semble en fait être un séparatiste déguisé en mouton, avec des propositions qui sont absolument inacceptables.
Si c’est cela la manière avec laquelle le futur débat communautaire sera mené, alors l’avenir de ce pays apparaît en effet sombre. Car quand on persiste à dire que ce document n’est pas équilibré et qu’il ne contient que des points de vue flamands extrémistes, on rend délibérément le débat impossible.
Personne ne dit que la liste de Verhofstadt est à prendre ou à laisser, personne n’interdit aux francophones d’y ajouter des points. Mais même cet effort minimal est manifestement encore trop demander.
Du côté francophone, on ne décèle aucune bonne volonté pour discuter, il y a seulement un front du refus, une illusion de pouvoir tourner toute discussion à son avantage avec suffisamment d’opiniâtreté.
En même temps, ces francophones refusent de concrétiser leur vision, de dire ce qu’ils considèrent comme des étapes possibles. On accumule les lieux communs et les clichés, du genre « tout ce qui est bon pour les gens », mais personne ne sait exactement ce que cela veut dire.
On peut essayer d’envoyer la note Verhofstadt comme un « non-paper » à la poubelle, mais cela ne réussira pas : précisément en raison de son équilibre objectif et de sa cohérence, elle reste une offre d’ouverture qui ne peut être surpassée que par une meilleure proposition.
Un « non » ne suffit donc pas comme réponse. Non seulement parce que cela témoigne d’une pauvreté intellectuelle effrayante, mais aussi parce l’on met ainsi en place le parfait boomerang.
Ils n’en ont peut-être pas conscience, mais, avec ces réactions, Di Rupo, Milquet et Reynders se font les plus grands alliés objectifs de ceux qui professent le séparatisme.
Souvenons-nous : le 26 mars 1980, François Perin démissionnait spectaculairement de sa fonction sénatoriale en expliquant qu’il ne pouvait plus rester parlementaire d’un Etat dans lequel il ne croyait plus et qui était miné par le nationalisme flamand.
Aujourd’hui, à l’occasion de ses vœux de Nouvel An, le président du FDF, Olivier Maingain, déclare : La Flandre s’est affirmée comme une nation. Aujourd’hui, elle s’érige en Etat.
Telle est la grande vérité qu’il nous faut sans cesse rappeler ! Tout autre discours est vain.
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Vous avez dit négociation communautaire? (11/1/2008)
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La semaine prochaine, débutera le grand marathon pour la réforme de l’Etat. Même si le Premier ministre insiste sur le caractère personnel de la note qu’il a remise au Roi à cet égard, celle-ci ne manquera pas de peser sur les négociations. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est mal parti.
Car le document Verhofstadt a suscité des réactions contraires au Nord et au Sud.
Si les éditorialistes flamands parlent de proposition brillante (Het Laatste Nieuws ), d’ ouverture forte (De Standaard), d’un ensemble réfléchi et équilibré (De Morgen), les responsables politiques francophones se disent fortement déçu par ce texte aux accents flamands prononcés et qui ignore plusieurs tabous francophones, comme la régionalisation des allocations familiales.
De son côté, Kris Peeters, le ministre-président flamand (CD&V), tient à mettre les poins sur les « i » : Si les francophones trouvent que c’est déjà trop, je me demande comment nous allons aboutir. Pour nous, c’est trop peu. Il faudra encore bien d’autres choses.
Nous l’avons déjà dit : toute négociation visant à approfondir la réforme de l’Etat est d’emblée vouée à l’échec, pour la simple raison que la Flandre s’est véritablement érigée en Nation.
Dans Het Laatste Nieuws, Luc Van der Kelen adopte d’ailleurs un langage très clair : Picqué, Happart, ce sont les restes du front francophone de l’éternel « non ». Ils devraient comprendre que le fait de bloquer cette génération d’hommes politiques flamands peut amener une plus grande radicalisation en Flandre. La génération suivante pourrait fort bien ne plus demander un accord négocié sur la poursuite de la cohabitation dans ce pays, mais une scission négociée. (…) Si Picqué et Milquet pensent que la réforme de l’Etat peut se limiter à un peu de cosmétique, une boîte vide avec un ruban autour, ils pourraient bien être surpris.
Rendez-vous mardi prochain, pour le début de l’ultime foire d’empoigne. En attendant, les francophones restent divisés sur la stratégie à adopter. Lamentable !
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Echec garanti ! (8/1/2008)
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Nous l’avons déjà dit et redit : toute tentative visant à approfondir le fédéralisme belge ne peut être que vouée à l’échec, pour la simple raison que l’une des entités fédérées, en l’occurrence la flamande, s’est érigée en nation.
Dans son éditorial du « Morgen » de ce mardi 8 janvier, Yves Desmet affiche, lui aussi, le plus grand scepticisme :
A présent que les sapins de Noël peuvent être confiés au feu, le grand compte à rebours vers le 23 mars a commencé pour la rue de la Loi. Le 23 mars, c’est le jour où, pour la troisième fois, Yves Leterme connaîtra ou manquera son moment de vérité.
Pour l’instant, on ne voit pas de façon claire comment il pourra tenir toutes ses promesses. Une grande réforme de l’Etat, la scission de BHV, sans parler de la bonne gestion. Ce ne sera pas simple.
Verhofstadt III a le mérite d’avoir arrêté le compteur de la crise, mais il s’affiche déjà ouvertement comme un gouvernement sans grand programme et encore moins d’argent, dont la seule fonction consiste en fait à gagner 75 jours pour les ambitions de l’Yprois.
Les cartes ne sont pas fondamentalement disposées autrement que lors de formation. En fait, nous sommes sur la piste que l’explorateur royal Herman Van Rompuy avait déjà lancée : un gouvernement d’urgence socio-économique avec un groupe de travail parallèle pour la réforme de l’Etat. La seule différence c’est que c’est Verhofstadt, et non Leterme, qui doit diriger cette formule.
En attendant, on ne voit nulle part une ouverture dans les points de vue rigides que les partis avaient adoptés lors de la formation avortée. On ne perçoit toujours pas, des deux côtés de la frontière linguistique, de disposition au compromis pour aboutir à un accord communautaire, même pas avec une grosse loupe.
Cela explique pourquoi la composition du groupe des sages a pris quelque retard. Si on bourre en effet ce groupe avec des gens qui constituent pour l’instant la direction politique, on risque à nouveau un blocage complet dans les plus brefs délais. Car tous ces gens regarderont d’abord l’impact électoral potentiel de chaque proposition et ils poseront le pied sur le frein s’ils craignent de perdre en 2009.
Un groupe de travail composé de vieux sages plus indépendants présente l’inconvénient d’être trop informel et donc pas assez contraignant pour pouvoir aboutir à des accords.
Et les voilà à nouveau coincés avant même que le premier mot sur la réforme de l’Etat n’ait été prononcé !
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Faire preuve de courage politique ! (07/01/2008)
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Jules Gheude, auteur de « L’incurable mal belge, sous le scalpel de François Perin » (Editions Mols)
La prise de position de Willy Burgeon - « Le choix de la France », dans « le Soir » de ce 7 janvier - est une marque certaine d’honnêteté et de courage. L’ancien président PS du Parlement wallon ne précise-t-il pas : J’ai abouti à cette conclusion il y a des années et je l’ai dit publiquement. J’ai subi le retour de manivelle… Je persiste.
Dans la biographie que j’ai consacrée à François Perin - « Ecrits et Mémoires » - en 1998, je signale que Bernard Dorin, ambassadeur honoraire de France, président de l’association « France-Wallonie-Bruxelles » (1), a participé à une réunion rattachiste à Namur, lors des Fêtes de Wallonie 1998, réunion au cours de laquelle Willy Burgeon s’est exprimé de manière non équivoque.
Willy Burgeon rappelle qu’à la fin des années cinquante, le fédéralisme était défendu par une minorité éclairée, exposée à toutes les exactions.
Il est exact que les socialistes wallons de tendance fédéraliste furent sommés, en 1963, de choisir entre le parti - toujours unitaire à l’époque - et le Mouvement Populaire Wallon fondé par le syndicaliste André Renard. La plupart rentrèrent dans le rang. François Perin, lui, tint à rester fidèle à ses convictions et claqua la porte du PSB, de même que le député namurois Fernand Massart.
Ce courage devrait inspirer aujourd’hui les responsables francophones. Une nation flamande a vu le jour et, depuis le vote, en 1999 au Parlement flamand, des fameuses cinq résolutions, elle dispose d’un projet politique unanime. Face à cela, comme le dit fort bien Willy Burgeon, les francophones ont été incapables de s’organiser. (…) La séparation est inscrite dans le ciel et la foudre va nous tomber dessus alors que nous n’avons même pas installé le paratonnerre.
En l’espace de quelques jours, la Flandre nous a administré deux gifles monumentales : le vote flamand sur BHV en commission de l’Intérieur de la Chambre et le refus de nommer les trois bourgmestres dans la périphérie. L’heure n’est plus à la capitulation. Il convient de réfléchir d’urgence à l’après-Belgique !
(1) Dont le but est d’informer le public et les décideurs français sur l’évolution de la Belgique et dont les statuts plaident pour un rapprochement institutionnel entre la France et la Communauté française de Belgique.
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Interview de Christian Behrendt dans Le Soir (5/1/08)
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Excellente interview que celle de Christian Behrendt, professeur de droit constitutionnel comparé et de théorie générale de l’Etat à l’Université de Liège, réalisée par Dominique Berns dans « Le Soir » de ce samedi 5 janvier. Elle aborde vraiment, tant au niveau des questions que des réponses, les problèmes essentiels.
Q. Le 23 mars, un gouvernement Leterme Ier – un « vrai » gouvernement – devrait prendre les rênes du pays. Tout le monde n’est pas convaincu. Ainsi, Olivier Maingain a déclaré que le gouvernement intérimaire Verhofstadt III serait un gouvernement « durablement provisoire ». Quel est votre avis ?
R. (…) Il n’est pas possible d’avoir un gouvernement plus « vrai » que Verhofstadt III, qui a été nommé par le Roi et qui a reçu la confiance du Parlement issu des urnes le 10 juin. Les arrêtés royaux de nomination des ministres pris par le Roi le 21 décembre ne sont pas limités dans le temps. Le constitutionnaliste que je suis en est très heureux. (…) C’est pourquoi le 23 mars n’est en rien une date fatidique. Même si les négociations n’aboutissent pas (…), le gouvernement Verhofstadt III sera toujours en place le 24 mars. La date importante est le 31mars. Le Parlement a voté une loi de finances publiée le 20 décembre et qui fixe un budget provisoire pour les trois premiers mois de 2008. Là, si on ne fait rien, l’Etat belge n’aura plus de budget au 1er avril. Cela dit, la notion d’un gouvernement de plein pouvoir mais à durée de vie limitée me dérange. Un gouvernement nommé par le Roi et ayant reçu la confiance des Chambres a affirmé d’emblée qu’il ne gouvernerait pas au-delà du 23 mars. Or, une législature a une durée de quatre ans et, en principe, tout gouvernement doit avoir la prétention à aller au terme de la législature. (…) Il y a une contradiction inhérente à ce genre de processus que la situation politique peut contribuer à justifier, mais qui n’en dérange pas moins le juriste.
Q. Face au blocage persistant au sein de l’Orange bleue et à l’obligation d’ouvrir les négociations au PS afin d’atteindre la majorité des 2/3 nécessaire à une réforme de l’Etat demandée par la Flandre, pouvait-on laisser la gestion quotidienne du pays à un gouvernement en affaires courantes durant plusieurs mois supplémentaires ?
R. Rien ne dit qu’il n’eût pas été possible de poursuivre avec un gouvernement en affaires courantes. N’aurait-il pas été en mesure de réagir, par exemple, à une menace terroriste. Bien sûr que si. La doctrine est très claire : face à un danger pour le pays, un gouvernement en affaires courantes est habilité à prendre les mesures nécessaires.
Q. Soulagés d’avoir enfin un gouvernement, fût-il intérimaire, les francophones n’ont guère souligné le grand déséquilibre dans la composition de l’équipe Verhofstadt III : il y a certes parité numérique, mais, hors les Finances et les Affaires sociales, les principaux ministères vont aux Flamands : Affaires étrangères, Justice, défense, Intérieur, Budget, Fonction publique et Entreprises publiques.
R. Je veux bien concéder que des ministères importants sont aux mains de ministres néerlandophones ; il y a sans doute un prix à payer pour la parité numérique au sein du Conseil des ministres. Mais cela ne doit pas masquer le point essentiel, qui est justement cette parité : les délibérations en conseil des ministres reposent sur la logique du consensus. Ainsi, par exemple, on ne peut pas faire sanctionner une loi par le Roi, troisième branche du pouvoir législatif, sans accord au Conseil des ministres. Ce qui signifie que si, au terme de la procédure en conflit d’intérêts intentée par la Communauté française, la proposition de loi prévoyant la scission de BHV était votée au Parlement par une majorité flamande, elle ne pourrait recevoir la sanction royale sans l’accord des francophones. C’est une garantie remarquable. Et cela montre que toute la gesticulation autour de BHV était de la musculation.
Q. Est-on sûr que les grands traits d’une réforme de l’Etat seront tracés d’ici au 23 mars ? Non. Karel De Gucht, lui-même, a déclaré qu’il la jugeait « fort peu probable »…
R. Il est naturel qu’un Etat fédéral évolue. Mais on peut constater que le rythme des modifications apportées au système belge est particulièrement rapide : 1970, 1980, 1988, 1993, 2001. C’est très différent de ce qu’on peut observer dans les autres Etats fédéraux. Cela dit, je ne plaide pas pour l’immobilisme ; je ne dis pas que les francophones doivent refuser de négocier. Au contraire, la loyauté fédérale les oblige à accepter la discussion. Mais pas toutes les demandes de l’autre communauté. L’argument démographique, souvent invoqué au Nord, est inapproprié : la logique fédérale ne fonctionne pas selon la logique du 60% de Flamands vs. 40% de francophones. Mais cela ne veut pas dire que le Sud puise user de manière abusive de son droit de veto.
Q. En six mois, Yves Leterme n’a pas réussi à former une coalition. Pourquoi réussirait-il en trois mois ce qu’on doit bien appeler un mariage des contraires : côté flamand, une majorité de centre-droit réclamant une importante réforme de l’Etat ; côté francophone, une coalition tripartite, donc iéologiquement bigarrée, soucieuse de limiter l’ampleur de cette réforme de l’Etat ?
R. La disparition des partis nationaux ou fédéraux met notre fédéralisme à dure épreuve. De ce point de vue, notre système est singulier, au sens propre du terme : je ne connais aucun autre système fédéral qui lui soit comparable. Outre les divergences de vue communautaires, on voit aussi disparaître l’idée de « famille politique ». Les deux partis sociaux-chrétiens ont pris des directions idéologiques différentes : le CDH est davantage un parti de centre-gauche ; le CD&V, un parti de centre-droit. Le problème est réel, comme on a pu le constater au cours des négociations de l’Orange bleue. CD&V et CDH ne forment plus « la famille sociale-chrétienne – et encore moins si on intègre la N-VA.
Q. On peut se demander si l’alliance de la N-VA avec le CD&V et sa présence à la table des négociations pour la formation d’un gouvernement fédéral ne posent pas un problème encore plus fondamental : la N-VA plaide à terme pour le séparatisme, donc la disparition du système fédéral. On beau vanter le surréalisme belge, c’est tout de même un peu particulier, non ?
R. Vous avez raison. D’ailleurs, Bart De Wever a déclaré il y a quelques mois : chaque jour où il n’y a pas d’accord est un bon jour pour nous. Il y a un parti qui participe aux négociations mais qui peut tirer profit de leur échec. D’autant que plus le temps passe, plus on se rapproche des élections régionales et communautaires de 2009, qui inciteront les partis flamands à surenchérir sur le front communautaire. A la vérité, je ne connais aucun Etat fédéral démocratique avancé faisant face à de telles difficultés.
En fait, tout système fédéral repose sur un échelon central et des entités fédérées. Si ce système ne peut fonctionner chez nous, c’est tout simplement parce que l’une de ces entités, en l’occurrence la flamande, a fini par s’ériger en véritable Nation.
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Non, M. Moureaux, certains avaient vu clair !
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J’ai lu avec intérêt l’interview de Philippe Moureaux dans « Le Vif /l’Express » de ce 4 janvier.
Pouvions-nous imaginer qu’un jour il y aurait une telle poussée séparatiste au nord du pays ? Venant d’un homme qui suit la problématique communautaire depuis tant d’années, j’avoue que cette question me sidère, car elle reflète un manque total de clairvoyance politique.
Je ne sais si M. Moureaux a lu l’ouvrage de Manu Ruys - l’ancien éditorialiste influent du « Standaard » - « Les Flamands », paru en 1973. Le sous-titre est en particulièrement éloquent : Un peuple en mouvement, une nation en devenir.
Toute l’explication de la crise actuelle est là : au fil des décennies, une nation flamande (un peuple, un territoire, une langue) a fini par se constituer, rendant ainsi impossible la survie du Royaume de Belgique.
M. Moureaux se dit convaincu de la nécessité d’une nouvelle grande réforme de l’Etat, tout en refusant la version du confédéralisme dans laquelle les Régions et les Communautés seraient quasiment des Etats indépendants, où la Belgique serait vidée de toute substance. Mais c’est précisément cette version-là qui intéresse la Flandre. Comme l’a précisé le ministre-président flamand Kris Peeters au « Standaard », en septembre dernier : Il nous restera encore en commun l’armée, la monnaie, une partie de la fiscalité et les lignes à haute tension. Cela rejoint les cinq résolutions votées en 1999 par le Parlement flamand. Les francophones portent une lourde responsabilité en ne leur ayant pas accordé le crédit nécessaire. On pensait que tout cela n’était que du folklore, a même déclaré récemment le ministre Paul Magnette (PS) à «Vers l’Avenir »…
N’en déplaise à M. Moureaux, certains francophones, tel François Perin, avaient vu clair très tôt. Le génial constitutionnaliste liégeois démissionna spectaculairement de la fonction sénatoriale en mars… 1980, en déclarant : Il est difficile de rester (…) représentant d’une nation - selon les termes de la Constitution - qui n’existe plus. La Belgique est malade de trois maux, incurables et irréversibles. Le premier mal (…) est le nationalisme flamand (…). Et deux ans plus tard, il imaginait le scénario de la proclamation unilatérale d’indépendance de la Flandre. Vingt-trois ans avant le fameux docu-fiction de la RTBF !
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Curieux personnage que ce Karel De Gucht ! - 31/12/07
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Le 6 novembre 2002, alors président des libéraux flamands, il s’exprime en ces termes sur VTM : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre.
Farouchement opposé à l’octroi du droit de vote aux non-Européens pour les élections communales, il n’hésite pas, le 30 janvier 2004, à proférer des menaces de représailles communautaires à l’encontre des francophones si la loi électorale était modifiée : Accorder ce droit contre la grande majorité des Flamands serait un précédent dangereux. Qu’est-ce qui pourra nous empêcher après les élections du 13 juin de faire passer avec une large majorité flamande la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde contre la volonté d’une majorité des francophones ? Il évoquera même la chute du gouvernement, suscitant quasi une crise au sein de son propre parti.
Il y a quelques mois, lors de négociations de Val Duchesse, on le verra, avec son compère Patrick Dewael, fustiger l’intransigeance des francophones et menacer de leur couper les robinets financiers.
Ce qui ne l’empêchera pas, à la même époque, de recevoir, en tant que ministre des Affaires étrangères, l’ensemble de nos diplomates lors des traditionnelles « journées diplomatiques » en leur demandant de représenter dignement notre pays (celui-là même qui est censé s’évaporer), en soulignant que BHV n’est pas le problème n° 1 dans le monde.
Et aujourd’hui, à peine redevenu chef de la diplomatie belge, le voilà qui, dans une interview à « De Morgen », se met à actionner le lance-flammes contre son propre gouvernement. Non seulement il pronostique la paralysie de Verhofstadt III, mais il s’interroge sur la nécessité d’avoir cette grande réforme de l’Etat exigée par le cartel CD&V/N-VA…
Laurette Onkelinx disait d’Yves Leterme qu’il était un personnage dangereux. Il est clair qu’il y en a d’autres !
Relire la définition de l’inconséquence au dictionnaire…
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Karel de Gucht brûle son propre gouvernement ! (29/12/07)
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Tel est le titre à la Une du « Morgen » de ce samedi 29 décembre.
Dans une interview accordée à ce journal (voir la traduction à la rubrique « Lu pour vous dans la presse flamande), le ministre des Affaires étrangères se montre sceptique quant aux chances de viabilités de la nouvelle coalition. Il ne croit pas non plus à la réalisation d’une grande réforme de l’Etat.
Voilà qui nous conforte dans l’idée que le compteur de la crise ne s’est nullement arrêté.
Nous restons convaincu qu’une crise très grave n’est pas à exclure dès la rentrée.
Que cela ne vous empêche pas de passer un excellent réveillon, entouré des êtres qui vous sont chers. Nous vous souhaitons, sur le plan personnel et professionnel, le meilleur pour 2008 !
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La Flandre et le Roi (27/12/07)
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Paul Geudens, l’éditorialiste de « Gazet van Antwerpen », n’y va pas par quatre chemins : Le Roi a joué ces derniers mois un rôle qui n’était pas le sien. Il doit rester au-dessus de la mêlée politique quotidienne et ne peut certainement pas afficher son choix pour un parti. C’est pourtant ce qu’il a fait. Il a fait de la politique active.
Quant à David Coppi du « Soir », il révèle qu’Albert II aurait susurré, lors de la récente remise des distinctions honorifiques : Je savais qu’il fallait le garder pour la fin…, parlant bien sûr de Guy Verhofstadt. Que le Roi ait en quelque sorte prémédité le retour en scène du Gantois, voilà qui ne doit certainement pas plaire au CD&V d’Yves Leterme !
Dans son édito du 26 décembre, Jan Segers de « Het Laatste Nieuws » revient d’ailleurs sur cette cérémonie de remise des distinctions et notamment sur l’attitude du commandeur Michel Verschueren, courtisan flatteur : La caméra et le micro rivés sur lui, il a loué le souverain pour la manière dont il était parvenu à remettre son pays sur la bonne voie. (…) Avez-vous remarqué qu’il l’a fait en français et pas en néerlandais ? Epinglez un petit ruban sur la poitrine de la nouvelle noblesse flamande et voilà qu’elle s’exprime aussitôt dans la langue de la vieille noblesse : le français. Dans son allocution de Noël, le roi Albert a dit que la connaissance du français et du néerlandais par tout Belge était une forme de civisme. Si c’est vrai, alors le commandeur Verschueren est un citoyen modèle. (…) A moins qu’il ne soit tout simplement qu’un laquais empoté de Laeken ? Et est-on un flamingant provincialiste et borné quand on fait remarquer que François-Xavier de Donnéa ou Jacky Ickx ne s’adresseraient jamais spontanément au Roi en néerlandais ? En agissant ainsi, Michel Verschueren représente le Flamand moyen, qui fait de son mieux - et parfois par pure considération commerciale - pour s’adapter à son compatriote ou client francophone. Hélas, Verschueren fait partie de ce groupe de plus en plus restreint de Flamands qui peut encore s’adapter. De plus en plus de Flamands parlent en effet un français médiocre. Le roi Albert a pourtant rappelé, à juste titre, que la connaissance de la langue d’autrui était « la » condition par excellence pour garantir un avenir à la Belgique. Attention ! Cela vaut aussi pour tous ces manifestants qui ont confessé leur amour pour la Belgique tricolore uniquement en français. Cela vaut pour les jeunes francophones, dont une petite minorité pratique l’immersion en néerlandais, mais dont la grande majorité se fiche du néerlandais comme langue à option. Où est le sens civique de Marie Arena, la ministre de l’Enseignement francophone, qui connaît à peine un mot de néerlandais ? Où est le sens civique de la RTBF, qui ne prend pas la peine de sous-titrer les interventions en néerlandais ? Et, last but not least, où est, après un demi-siècle de présence au palais, le sens civique de la reine Paola et de ses fils bafouilleurs ? Serait-ce à elle, sa propre épouse, que le roi pense lorsqu’il dit que la connaissance des langues a été « trop longtemps négligée » en tant que forme de civisme ? A moins que Paola ne soit tout simplement l’exemple type du francophone qui, selon Yves Leterme, n’est « intellectuellement pas en état d’apprendre le néerlandais ?
On le voit, la frustration et le sentiment de revanche sont encore bien présents en Flandre. Parlant de la monarchie, Carl Devos, le politologue de l’Université de Gand, tient d’ailleurs à préciser : En Flandre, on ne considère pas que la monarchie représente tous les Belges, mais seulement certains d’entre eux. C’est une institution qui prône le statu quo, qui est contre le changement. En 1950, lors de la question royale, les Flamands étaient favorables à un retour du Roi tandis que les Wallons étaient plutôt républicains, notamment au PS. Maintenant, c’est l’inverse. Bon nombre de Flamands ont l’impression que ce n’est pas leur Roi…
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72% des Flamands sont séparatistes ! - 24/12/07
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Je lis, ce 24 décembre, dans « Vers l’Avenir », l’interview d’Elio Di Rupo. Le président du PS déclare notamment : A nous, francophones, de voir ce que les termes cachent. Si on se dit pour le maintien du pays, mais qu’on veut régionaliser la Sécurité sociale (…), on est en fait séparatiste.
Le dernier sondage de « La Libre Belgique » a révélé que 72% des Flamands interrogés étaient à la fois pour la maintien de l’Etat belge et pour une régionalisation de la… Sécu.
72% de la population flamande est donc séparatiste !
D’autre part, interrogé sur le choix de Paul Magnette comme ministre fédéral, M. Di Rupo précise : Pour l’environnement, les questions climatiques, je pensais qu’il fallait une personne à la sensibilité très écologique, et avec une vision européenne : dès que j’ai su que cette attribution revenait au PS, c’est à Paul Magnette que j’ai pensé. En plus, cela me permettait aussi de donner à la Flandre l’image de gens de Charleroi compétents, avec un comportement éthique et une déontologie forte ! Très important pour les investissements en Wallonie et l’image que les Flamands ont de nous.
Si l’on en juge par les propos qu’il a tenus récemment dans « Vers l’Avenir », Paul Magnette doit encore approfondir l’histoire du Mouvement flamand. On pensait que tout ça n’était que du folklore, dit-il au sujet de la montée du nationalisme flamand…
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La revanche de la Flandre (21/12/07)
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Par Jules Gheude, essayiste politique, auteur de « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin » (Editions Mols)
Pour comprendre ce pays, il faut y avoir vécu trois siècles. La phrase est de Mark Eyskens.
Faisons, si vous le permettez, un recul dans le temps, plus précisément au 16ème siècle. A cette époque, la population flamande est répartie en comté de Flandre et duché de Brabant, l’un et l’autre sous la couronne lointaine de Philippe II, roi d’Espagne.
Celui-ci entend bien ramener dans le giron de l’Eglise catholique ses territoires « d’en haut » (non seulement la Flandre et le Brabant, mais aussi la Zélande, la Hollande, …), largement acquis à la réforme calviniste et qui se sont soulevés contre son autorité. La répression sera cruelle. Siège des Etats généraux des révoltés, Anvers tombera en 1582. Ruiné par le désastre de l’Invincible Armada, expédition dirigée en 1588 contre Elisabeth Ier d’Angleterre, Philippe II doit renoncer à la reconquête de ses provinces au nord d’Anvers, lesquelles s’érigent en « Provinces-Unies », préfiguration des Pays-Bas actuels.
Les persécutions religieuses auront donc arrachés les Flamands à leur destin – Anvers aurait pu être la capitale des Pays-Bas. Tandis que la langue néerlandaise va pouvoir s’épanouir dans les « Provinces-Unies » indépendantes, grâce à la traduction de la Bible, la Flandre, poursuivie par la redoutable Inquisition, se morcelle en patois locaux.
Venons-en à présent à 1830, date de la création du Royaume indépendant de Belgique, dont le régime parlementaire, tout au long du 19ème siècle, sera l’œuvre d’une bourgeoisie exclusivement de langue française, tant au Nord qu’au Sud. L’Histoire, décidément, semble s’acharner contre le « Vlaamse mens », toujours réduit à l’état d’infériorité culturelle et sociale. Bien ficelé le scénario belge ? Voyons plutôt ce que publie le « Nederlands Kunstverbond » d’Anvers à l’occasion du 25ème anniversaire du Royaume :
Flamands,
(…) Depuis vingt-cinq ans, vous êtes méconnus, opprimés et humiliés. (…) Depuis vingt-cinq ans, sous l’influence française toujours grandissante, le gouvernement a tout mis en œuvre pour étouffer la seule chose qui vous restait en tant que Néerlandais : votre langue, la patrie de l’âme. Depuis vingt-cinq ans, vous êtes des étrangers sur votre propre sol. (...) Depuis vingt-cinq ans, le Wallon est l’enfant chéri et privilégié du gouvernement ; le Flamand, lui, est rejeté et méconnu.
1879. Le vent tourne en France. Aux efforts déployés par la dévote Eugénie de Montijo pour amener son époux, Napoléon III, à défendre la cause catholique à travers le monde, succède la graine de la laïcisation que Jules Ferry vient de planter. En Flandre, les « petits vicaires » s’agitent, bien décidés à tout entreprendre pour que la langue française - ce véhicule de la déchristianisation et de l’incroyance - ne vienne contaminer la foi de leurs ouailles. A cette époque où les partis et les syndicats ne connaissent pas encore de structures bien établies, il ne faut surtout pas mésestimer le rôle socio-culturel joué par les paroisses. Et c’est ainsi que, lentement, le flamand va quitter sa coquille dialectale pour s’élever au niveau du « beschaafd nederlands ».
Grâce aux efforts d’un Mouvement flamand de plus en plus structuré, la Flandre va acquérir peu à peu ses lettres de noblesse sur l’échiquier politique. Dans sa fameuse « Lettre au Roi » de 1912, Jules Destrée peut ainsi écrire : (…) Au lendemain de 1830, l’équilibre fut rompu au détriment des Flamands. (…) Je n’ai ni le loisir ni l’intention de faire l’historique de ce mouvement flamand. Il me suffit d’en voir noté les raisons et reconnu le caractère légitime. (…) Successivement, les Flamands virent ainsi faire droit à leurs protestations ; moi-même, à certains jours, je fus parmi les artisans de cette justice. A l’heure présente, le mouvement, enivré de ses succès et de sa force populaire, a atteint son but. Il le dépasse. Il menace la Wallonie. (…) Le Flamand ne recule jamais. Il a la douce obstination têtue du fanatisme.
La Flandre, en effet, ne recula pas. Avec la flamandisation de l’Université de Gand, en 1930, et la législation linguistique de 1932, elle atteindra deux de ses buts prioritaires. Mais il lui encore bien des jalons à poser sur la voie de l’affranchissement et de l’autonomie. Elle pourra compter pour cela sur le sentiment très fort d’appartenance collective qui habite chacun de ses fils et chacune de ses filles, et qui transcende les frontières des partis politiques.
On ne peut évidemment pas aborder l’histoire du Mouvement flamand sans évoquer l’orientation collaborationniste durant les deux grands conflits mondiaux. Le nombre de tentatives parlementaires qui furent faites ensuite pour obtenir l’amnistie, indique à quel point la Flandre ressentit comme une frustration extrême la répression qui frappa ceux et celles qui avaient soutenu l’occupant germanique dans l’espoir de voir leur région accéder plus rapidement à l’indépendance.
Fixation définitive de la frontière linguistique en 1962 - négation même de l’unitarisme - , expulsion des Wallons de l’Université de Louvain en 1968, autonomie culturelle en 1970, décret dit « de septembre » voté par le conseil culturel néerlandophone en 1973 et imposant l’usage exclusif du néerlandais dans les entreprises sises en Flandre, adoption des « matières personnalisables » en 1980 permettant d’encadrer les Flamands de Bruxelles du berceau à la tombe : il ne manque plus aujourd’hui que la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde pour que l’homogénéité linguistique flamande soit parfaite.
En 1973, Manu Ruys, l’ancien éditorialiste influent du « Standaard », sous-titrait son ouvrage « Les Flamands » : Un peuple en mouvement, une nation en devenir.
Une nation en devenir. Voilà bien où se situe l’explication de l’impasse politique que nous connaissons aujourd’hui. La Flandre s’est bel et bien érigée en Nation, avec tous les ingrédients classiques : un peuple, un territoire, une langue. Or, il n’y a pas place, dans ce petit royaume, pour deux nations : la belge (mais a-t-elle vraiment jamais existé en dehors du mythe du Roi-Chevalier ?) et la flamande.
L’Etat belge est donc irrémédiablement condamné et toute tentative visant à approfondir la réforme de ses institutions ne peut se solder que par un échec. Les six mois écoulés auront permis de confirmer que les intentions du cartel CD&V/N-VA s’inscrivent dans le cadre d’un confédéralisme extrême, à la limite du séparatisme cher à Bart De Wever, le président des nationalistes flamands. Ce dernier est d’ailleurs loin d’avoir dit son dernier mot…
Voilà pourquoi, il ne faut pas miser un kopeck sur le gouvernement intérimaire Verhofstadt III - un véhicule bizarre qui n’aura jamais un prix de beauté, écrit Luc Standaert dans « Het Belang van Limburg » du 20 décembre -, ni sur le gouvernement Leterme I, censé lui succéder à Pâques. Et ce ne sont certes pas les rapports exécrables entre les partenaires francophones de la coalition qui pourront apporter le ciment nécessaire.
Plutôt que de gémir sur un passé définitivement révolu, l’heure est maintenant venue, pour les francophones, de préparer l’après-Belgique. C’est l’une des tâches que s’est d’ailleurs fixées le groupe Wallonie-Bruxelles. Puisse-t-il avancer rapidement dans ses travaux, de façon à ce que nous ne soyons pas contraints d’improviser notre devenir.
Le dernier sondage réalisé par «La Libre Belgique » démontre bien toute l’ambiguïté du problème belge : 72% des Flamands interrogés se déclarent partisans du maintien de l’Etat belge et… d’une régionalisation de la Sécurité sociale ! Il est clair que le mot « Belgique » n’a plus la même signification au Nord et au Sud. CQFD.
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CQFD ! (17/12/07)
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Le dernier sondage de « La Libre Belgique » est une nouvelle fois révélateur de l’ambiguïté qui résulte des réponses fournies.
Ainsi, 72% des personnes interrogées en Flandre souhaitent la poursuite de l’Etat belge. Mais un même pourcentage estime qu’il faut régionaliser la sécurité sociale…
Comment maintenir en vie un pays dont on aurait sapé le pilier central de la solidarité nationale ?
Autre élément important : les éléments les plus radicaux en Flandre en matière communautaire (Vlaams Belang, Lijst Dedecker et CD&V/N-VA) totalisent ensemble 56% des intentions de vote.
Toute l’explication de la crise actuelle réside en une seule phrase : une Nation flamande a fini par ses constituer, rendant de facto impossible le maintien du Royaume de Belgique.
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LA BELGIQUE FRANCAISE DE DANIEL DUCARME (15-12-2007)
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Que penser du plaidoyer de Daniel Ducarme en faveur d’une Belgique française ?
Que l’ancien président du MR rejoigne François Perin dans sa constatation que la Belgique est à bout, voilà qui est extrêmement positif.
En ce qui me concerne, cela fait plus de deux ans que, par le biais de nombreuses « cartes blanches » et de mon de mon dernier livre « L’incurable mal belge », je m’efforce d’expliquer que les carottes sont cuites en ce qui concerne l’avenir de l’Etat belge, miné irrémédiablement par l’émergence de la Nation flamande.
M. Ducarme explique que c’est le vote flamand du 7 novembre dernier sur la scission de BHV qui a été pour lui déterminant : Je considère que le vote intervenu le 7 novembre en commission de l’Intérieur de la Chambre est un tournant irrémédiable. C’est une rupture de la loyauté fédérale.
Néanmoins, M. Ducarme semble encore croire à une réconciliation avec le Nord, avec un nouveau pacte des Belges, basé sur un renforcement du fait régional. Sinon, dit-il, la solution serait une Belgique française qui devrait idéalement se conforter sur la Région wallonne, la Région bruxelloise et la Région-Communauté germanophone, et qui pourrait entrer dans un système d’association avec la France.
Mais pas question, pour M. Ducarme, d’un rattachement, car nous avons une identité particulière à faire respecter. L’ancien président du MR évoque plutôt un statut quasi analogue à celui de la Polynésie française, qui n’entraînerait aucunement la perte des symboles auxquels nous sommes attachés à l’instar de notre drapeau, notre hymne national et même, il faut oser le dire, la famille royale.
Cette dernière précision - très belgicaine - me laisse franchement dubitatif. Si des transitions devraient être prévues en vue de permettre, par exemple, une adaptation harmonieuse de notre système d’enseignement et de notre organisation des cultes, il est impensable que nous ne reconnaissions pas le système républicain, basé sur la laïcité positive.
Par ailleurs, je reste convaincu que l’option réunioniste ne concernera que la Wallonie. Mais je laisse aux Bruxellois le soin de se positionner quant à leur futur.
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Nous n’avons que deux joues ! (14/12/07)
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Par Jules Gheude, auteur de « L’incurable mal belge, sous le scalpel de François Perin » (Editions Mols)
L’Histoire s’y connaît en paradoxes.
Ce 13 décembre, à Lisbonne, Guy Verhofstadt et Karel De Gucht étaient les premiers à parapher le traité remplaçant la défunte Constitution européenne, et ce au moment même où un nouveau coup de force se produisait au Parlement flamand.
D’un côté, un acte visant à consolider la construction européenne, de l’autre, un geste aggravant un peu plus - si c’est encore possible - le chaos politique qui s’est installé au sein de l’Etat Belge depuis plus de six mois. Etat belge qui, pour corser le paradoxe, fut l’un des six pays signataires du traité CECA en 1951 !
Autre paradoxe, journalistique celui-là. Les Flamands se foutent vraiment de nous !, titre « La Dernière Heure » du 14 décembre. Il y a quelques semaines, le même journal exhortait ses lecteurs à sauver la Belgique, ce petit pays où il fait si bon vivre et auquel la grande majorité des citoyens restent soi-disant attachés…
Les observateurs, quant à eux, se perdent en conjonctures quant à la composition du « gouvernement intérimaire » que Guy Verhofstadt a été chargé par le Roi de former.
Les éditorialistes flamands ont beau jeu de rappeler qu’au Nord, CD&V et Open VLD sont prêts à embarquer, et que l’on n’attend plus que la fin des petits jeux puérils entre Didier, Elio et Joëlle - assimilés à des enfants de cinq ans - pour actionner la sirène du départ.
Il est curieux que personne n’ait encore relevé l’argumentation développée, dans « Le Soir » du 12 décembre, par l’ancien constitutionnaliste François Perin.
Car il nous explique clairement, au départ de l’article 96 de la Constitution, qu’un gouvernement intérimaire n’est nullement nécessaire pour traiter les gros dossiers urgents qui attendent :
Une offre de démission ne dépouille pas un gouvernement de ses prérogatives car il faut que la démission soit acceptée. L’acte d’acceptation doit figurer dans le même arrêté royal que celui qui nomme les successeurs. (…) Puisqu’il s’avère que depuis six mois aucun gouvernement n’a pu se former, le gouvernement Verhofstadt garde la plénitude de ses attributions et peut, après un tel délai déraisonnable, dépasser la notion d’affaires courantes et urgentes, notion qui n’est d’ailleurs décrite dans aucun texte constitutionnel et légal.
Le CD&V/N-VA pourrait rester ainsi, un bon bout de temps, sur la touche. De quoi rendre fous furieux les Leterme, Bart De Wever et consorts, au point de les amener à sortir de la légalité pour poser un acte « révolutionnaire ».
Le docu-fiction « Bye Bye Belgium » de la RTBF, cela vous dit quelque chose ?
En attendant, une troisième gifle vient de nous être flanquée par la Flandre. Nous n’avons que deux joues.
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Des visionnaires et des autres… (11/12/07)
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Par Jules Gheude, essayiste politique, auteur de « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin » (Editions Mols)
Il n’y aura peut-être plus jamais de gouvernement fédéral en Belgique.
Telle est la conclusion de l’article de Catherine Ernens, dans « Vers l’Avenir » de ce 11 décembre. | |