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Friday, July 03, 2009 ..:: Actualites » Les_actualites_de_Didier_Melin ::.. Register  Login

 

Qui suis-je?

 

 8 juin 2009 - « a voté ! » Minimize

Les élections du 7 juin 2009 sont derrière nous. S’il est encore trop tôt pour savoir quelles majorités se formeront dans les trois régions, on peut toutefois déjà tracer quelques grandes lignes.

 

Car au-delà de ce qui est déjà une série de lieux communs (« Ecolo a cartonné, le PS n’a pas chuté comme attendu, le Vlaams Belang a lourdement chuté, l’extrême droite wallonne a disparu du paysage »), on peut déjà tracer quelques tendances, et anticiper leurs effets sur le dossier communautaire.

 

Le Vlaams Belang conserve la deuxième place en Flandre, à un peu plus de 15% des voix. S’il chute, il n’en reste pas moins une force de premier plan dans le paysage politique flamand.

 

La Lijst Dedecker fait un peu moins de 8% des voix. C’est décevant au regard des derniers sondages où on la créditait parfois du double, mais cela reste un score très impressionnant pour une première entrée parlement flamand.

 

La NVA fait son grand retour. Se présentant pour la première fois seule à ses électeurs (c’est à dire hors cartel avec le C&V), le parti de Bart De Weber dépasse les … 13% des voix.

 

Le peuple flamand s’est exprimé, le calcul est simple et le jugement est sans appel: ensemble, les nationalistes flamands ont récolté 36% des suffrages, c’est à dire plus d’un vote flamand sur 3. Quoi qu’il arrive, la puissance de ce mouvement influencera, de l’intérieur comme de l’extérieur, la prochaine majorité flamande.

 

Le CD&V a à présent la main pour former une majorité. Jean-Marie Dedecker a déjà manifesté sa volonté de rejoindre l’opposition. Vu la configuration du nouveau parlement flamand (très à droite), une majorité CD&V Open-VLD NVA est la plus probable, d’autant plus que l’Open VLD, à en croire leurs dernières déclarations, semble conditionner son maintien au niveau fédéral à son entrée dans le nouveau gouvernement flamand.

 

Quelle que soit la configuration exacte de la prochaine majorité au nord, des nationalistes y seront de toute façon présents, avec l’influence que l’on devine déjà sur la tenue du prochain round de discussions communautaires.

 

Certains universitaires anversois de gauche, qui sont aussi les chouchous des plateaux de la RTBF, devront perdre leur vilaine habitude de nier ou de minimiser l’existence d’un mouvement nationaliste flamand puissant (refusant d’interpréter le vote pour le Vlaams Belang, la Lijst Dedecker ou le cartel CD&V-Nva comme des votes séparatistes). Ils ne pourront plus dire le cœur sur la main que « des études sérieuses ont prouvé qu’il n’y avait qu’un peu moins de 8% d’indépendantistes en Flandre »…

 

En attendant, l’horloge tourne, la dernière procédure en conflit d’intérêt introduit par les francophones pour retarder le vote de scission de l’arrondissement de BHV arrivera à son terme à l’automne prochain.

 

La nécessité n’en est que plus grande pour que les Wallons se ressaisissent et s’apprêtent à faire face au péril communautaire qui s’annonce, et aux inévitables défis que ceux-ci poseront – probablement à très court terme - sur l’avenir de l’état belge, et donc sur l’avenir de la Wallonie.

 

Espérons qu’une majorité stable, quelle qu’elle soit, verra vite le jour en communauté française, en Wallonie et à Bruxelles. Car une union sacrée sera nécessaire pour dialoguer avec une Flandre plus déterminée que jamais, qui a reçu de ses électeurs un mandat sans équivoque pour réclamer plus d’autonomie et moins de Belgique.

 

Le loup est dans la bergerie. On semble l’avoir oublié en Wallonie, mais en Belgique l’urgence n’est pas qu’écologique, elle est aussi communautaire. Le futur gouvernement flamand nous le rappellera bien assez tôt…

 

Plus encore qu’en 2007, au lendemain des élections fédérales et des interminables discussions visant à former un gouvernement fédéral, la NVA, dont l’objectif est la disparition de la Belgique, ne manquera pas demain de faire monter les enchères en tentant de mettre le feu à la Belgique.

 

On ne peut pas leur en vouloir : ils ont été élus pour cela…


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 25 mai 2009 - La NVA de retour par la grande porte ? Minimize

On a beaucoup parlé dans la presse flamande de ce week-end de la configuration que pourrait prendre la prochaine majorité régionale flamande. Petit extrait et compte-rendu traduit en français par mon ami Jules Gheude : http://www.deboutlawallonie.net/Lupourvousdanslapresseflamande/tabid/92/Default.aspx

 

On le sait, la seule véritable inconnue des élections régionales wallonnes du 7 juin, c’est quelle sera la (re)montée en puissance d’Ecolo, dont tous les sondages indiquent une forte progression en rapport direct avec la descente aux enfers du PS, embourbé dans divers scandales à répétition. La nouvelle majorité régionale wallonne dépendra de leur score et de leur position en tant que 2ème, 3ème ou quatrième parti.

 

Côté flamand, la prochaine majorité ne pourra être que de droite, car la gauche (SPA et groen !) ne recueille dans les sondages qu’un petit 20% des voix à peine. L’inconnue au Nord, c’est le score cumulé que réaliseront les 3 listes « nationalistes » que sont le Vlaams Belang, la Lijst Dedecker et Le Vlaams Belang.

 

Les sondages leur prévoient un score massif (35-40% des voix), ce qui rendra presque inévitable la présence de l’un ou l’autre de ces partis dans la prochaine majorité flamande (une alliance des trois est  improbable vu leurs sensibilités très divergentes en de nombreuses matières). Le Vlaams Belang étant d’office infréquentable, ce serait plutôt à la Lijst Dedecker ou la NVA d’être appelée à gouverner. On connaît par ailleurs les relations personnelles houleuses entre Jean-Marie Dedecker et l’Open VLD (dont il est issu). Ceci fait dire à la presse flamande que Bart Dewever et sa NVA feraient mieux de se préparer à un poste ministériel régional après le 7 juin…

 

On se souvient des cris de joie l’été dernier côté francophone, lorsque la NVA et le CD&V durent contre leur gré mettre fin à leur cartel. L’absence de la NVA à la table des négociations fut alors perçue comme l’ « élément nouveau » qui allait permettre au « dialogue de communauté à communauté » d’aboutir. Cette vision simpliste fut une erreur et le dialogue en question a échoué peu de temps après. Il est aujourd’hui toujours au point mort.

 

On dit aussi que ce dialogue de communauté à communauté reprendra après les élections. Mais la présence presque certaine de nationalistes, et probablement de Bart Dewever, dans la prochaine majorité flamande, rendra les conditions de ce dialogue plus difficile encore qu’avant.

 

Pour l’intéressé, ce serait le retour par la grande porte…

 

Sans même parler de l’immanquable retour du dossier BHV au devant de la scène à l’automne, lorsque les diverses procédures en conflit d’intérêts enclenchées par les francophones pour en bloquer la scission, auront été épuisées.

 

A ce dossier est venu s’ajouter tout récemment celui des 3 bourgmestres non nommés… et l’envoi par ceux-ci des convocations électorales pour le 7 juin dans la langue de leurs administrés, en violation de la circulaire Peeters.

 

Chaud devant …


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 24 avril 2009 - Poussée de fièvre nationaliste en périphérie bruxelloise Minimize

L’imminence des prochaines élections régionales donne des ailes aux bourgmestres flamands de la périphérie bruxelloise… la presse francophone fait état ces derniers jours de plusieurs initiatives prises par certains bourgmestres flamands (principalement CD&V) pour protester contre la non-scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde. On sait que c’est pour ces gens un vieux combat, un véritable fond de commerce.

 

Ainsi, Merchtem, Beersel, Kapelle-op-den-Bos, Machelen, Ternat, Meise et Grimbergen ne « placeront pas de panneaux d'affichage publics pour sortir les affiches électorales francophones du paysage urbain. »

 

Dans le même genre, « pour contrer les prospectus francophones, Steenokkerzeel, Ternat et Grimbergen distribuent des autocollants à apposer sur les boîtes aux lettres, sur lesquels est écrit Prospectus en néerlandais uniquement. » Plus forte encore dans son engagement flamingant : « la commune de Ternat joindra aux convocations électorales un pamphlet reprenant les critiques de la Conférence des Bourgmestres de Hal-Vilvorde concernant la non-scission. » On se sert ici d’un mailing officiel pour faire passer un message à caractère politique (et personne ne se demande si tout cela est bien légal). Dernière « anecdote » en date : Affligem : la commune a officiellement (!) déclaré qu’elle « sur-collerait avec des feuilles blanches les affiches électorales francophones qui seraient apposées sur les panneaux d'affichage communaux. Les autorités communales veulent ainsi contrer la propagande électorale francophone et protester contre la non-scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde. » Puis le communiqué ajoute (ouf, sauvés !) « On ne touchera cependant pas aux affiches en néerlandais de partis francophones ».

 

Ces informations pourraient prêter à sourire. On peut se demander ce qui motive ses gens dans leur hargne à gommer tout ce qui est en français. Heureusement que le ridicule ne tue pas, me dira-t-on.

 

Mais les bourgmestres en question se rendent-il compte de la gravité symbolique de telles initiatives ? Leurs actions vont au-delà d’une résistance civique et pacifique. Dans l’état actuel de la Loi, l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde est encore une réalité incontournable juridiquement. Il n’est pas (encore ?) scindé. Ces gens représentent la loi, ils devraient s’y conformer.

 

Protester symboliquement contre la non-scission serait une chose, mais se servir de cette excuse pour mener des actions concrètes politiquement orientées (avec l’argent public), qui en réalité visent ni plus ni moins à nier l’existence ou à faire disparaître du paysage de leurs communes les 150.000 personnes qui forment la minorité francophone de la périphérie, c’est autrement plus sérieux.

 

Heureusement, il en faudra plus que quelques prospectus ou affiches surcollées : que la Flandre le veille ou non, et quelle que soit l’issue des prochaines négociations institutionnelles, les 150.000 francophones de la périphérie sont là pour rester. La Flandre devra vivre avec.

 

Encore une fois, et cela commence à devenir une habitude, le silence des politiques francophones est assourdissant. Tout comme celui de ce que la Flandre compte encore de modérés.

 

Par ailleurs, le journal Le Soir de ce 24 avril fait aussi état de manifestations sur les digues de Knokke-le-Zoute de manifestants flamingants scandant le désormais tristement célèbre « Franse ratten, rol uw matten ». Il y a quelques jours, quelques activites du « Voorpost » ont aussi gravi la butte du lion de Waterloo, avant de se faire déloger manu militari par la police.

 

La « guerre des affiches » qui a traditionnellement lieu entre partis politiques les semaines précédant les élections, prendra cette fois une tournure communautaire en périphérie bruxelloise. On peut s’attendre à quelques empoignades entre colleurs d’affiches francophones et flamands.

 

Dans un contexte si tendu, il suffit parfois d’un rien pour mettre le feu au poudre. Attention danger.

 

Source : DH Net, La Libre.be ; Le Soir en ligne


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 2 avril 2009 - Le nationalisme flamand : puissant mais fragmenté Minimize

A quoi faut-il s’attendre au lendemain des élections régionales belges du 7 juin 2009 ?

 

Il faut le rappeler, il s’agit d’élections européennes mais surtout régionales (en Flandre, en Wallonie, et en Région bruxelloise), il n’en ira donc pas de la destinée de la Belgique à proprement parler, même s’il est parfois difficile de séparer les enjeux et les personnes (on assiste en effet après chaque élection belge à un jeu de « chaise musicale », les élus passant d’un niveau de pouvoir à l’autre, du fédéral aux régions et inversement).

 

Côté wallon, tout se jouera entre le MR (les « libéraux », un parti en réalité de centre-droit) et le PS (les socialistes) dans un combat visant à (re)devenir le premier parti wallon. Pour plusieurs raisons (erreurs tactiques, personnalité du président Didier Reynders), il est assez peu probable que le MR gagne. Mais s’ils gagnent, ils auront la main pour former une coalition. Dans ce cas, nous pourrions avoir un gouvernement wallon MR-Ecolo (cette coalition a leur préférence mais il faudrait pour cela qu'ils obtiennent ensemble 50% des voix, ce qui est peu probable) ou un gouvernement MR-PS (jamais exclu), voire un gouvernement MR-PS-Ecolo (on sait que les écologistes ont le vent en poupe pour l’instant). Si c’est le PS qui arrive en tête, la coalition au pouvoir serait soit PS-CDH (comme aujourd’hui) ou PS-CDH-Ecolo en fonction des résultats respectifs du CDH et d’Ecolo.

 

Côté flamand (on sait que c’est en Flandre que se situent les moteurs du changement institutionnel, donc les enjeux pour l'avenir de la Belgique), selon les derniers sondages toujours concordants, l'électorat risque d’être extrêmement morcelé, un seul parti (les sociaux-chrétiens du CD&V) semble avoir des chances de dépasser les 20% des voix. Juste après le C&V, l’extrême droite du Vlaams Belang, la droite populiste ultra-libérale de la Lijst DeDecker, les libéraux de l’Open-VLD et les socialistes du SPA oscillent se situent tous dans une fourchette de 13 à 17% des voix. Les écologistes ainsi que les indépendantistes « légalistes » de la NVA sont autour des 6%. Avec une telle absence de leadership incontesté, il est évident que la coalition flamande se composera d’au moins 3 partis voire 4, ce qui rend tout pronostic difficile quant à la prochaine coalition flamande.

 

Il est probable qu’un gouvernement de droite soit formé, par exemple une coalition CD&V-LDD-VLD (avec ou sans la NVA). Le Vlaams Belang, infréquentable quel que soit son score, sera d'office hors jeu. Il est aussi très probable que la gauche flamande (SPA groen !) va encore perdre des plumes.

Autre possibilité, une reconduction de la coalition actuelle, à savoir les trois partis traditionnels (CD&V, l’Open VLD et le SPA), mais un gouvernement qui rassemblerait plusieurs « perdants » ne serait pas un signal très positif à l'électeur...

 

Mais l’enjeu fondamental est ailleurs : selon plusieurs sondages récents, les trois partis nationalistes flamands que sont le Vlaams Belang, la NVA et la Lijst Dedecker vont rassembler à peu près 40% des suffrages. C'est énorme et totalement inédit.

 

Ce n’est certes pas encore 50%, mais ces résultats influenceront forcément la politique flamande vers plus de radicalisation communautaire, même si aucun de ces partis ne devait pas entrer au gouvernement flamand après le 7 juin.

 

Mais qui sont réellement ces 3 partis nationalistes? Quelles sont les différences entre le Vlaams Belang, la Lijst Dedecker et la NVA?

 

En Wallonie, on fait souvent un amalgame, mais c'est une erreur.

 

Il faut d’abord savoir que la Lijst Dedecker est la liste d'un seul homme très populaire, Jean-Marie Dedecker, qui est un ancien de l’Open VLD dont il a été exclu pour certains propos très populistes et jugés choquants dans son parti d’origine. Il a surpris tout le monde en juin 2007 lorsqu’il a obtenu à la surprise générale plusieurs élus à la Chambre des représentants. Le Vlaams Belang et la NVA sont quant à eux des héritiers historiques du mouvement flamand. Ils sont issus respectivement de la droite (extrême) et du centre-droit de l’ancienne Volksunie, un parti nationaliste flamand hétéroclite dissout en 2002. La gauche de la Volksunie, n'existe, elle, quasiment plus.

 

Le Vlaams Belang est l'héritier direct des pires nationalistes flamands: les collaborateurs avec les nazis pendant la seconde guerre mondiale et les « oostfronters » (des combattants SS flamands ayant volontairement combattu sur le front de l'Est pour le 3ème Reich). Les fondateurs du Vlaams Blok (nom du Vlaams Belang avant sa dissolution prononcée par un tribunal) sont les fils ou les fils spirituels directs de ces gens-là, ce qu’ils essayent bien sûr de cacher. Il s’agit d’une extrême droite pure et dure et extrêmement bien organisée. Au niveau de son programme, le Vlaams Belang est un parti non seulement indépendantiste et anti-wallon, mais aussi - et c'est ce qui le différencie fortement des autres - xénophobe. Ils jouent donc sur trois tableaux : indépendantisme flamand, racisme anti-wallon et racisme tout court.

 

La NVA (Nieuw-Vlaamse Alliantie, le parti du très populaire Bart Dewever) est également un parti issu du mouvement flamand et de la Volksunie, mais à la différence (fondamentale) du Vlaams Belang, ce sont des démocrates. Ils ne sont pas racistes, ils ne sont pas (en tout cas ne se disent pas) anti-wallons. Ils veulent « juste » l'indépendance de la Flandre (avec Bruxelles comme capitale, c'est important) mais ils veulent surtout l'obtenir de manière légale, ils ne veulent pas faire la révolution, ils veulent un divorce de velours, à l'amiable, avec les Wallons. Ils jouent beaucoup sur le cliché largement partagé en Flandre selon lequel la Wallonie serait un « boulet » qui coûterait trop cher à la Flandre et minerait se prospérité.

 

La Lijst De Decker est donc la liste d'un seul homme, mais d’un homme très populaire et très habile. C'est un parti « attrape-mouche » qui base son message aussi bien sur les conflits communautaires et le prétendu « laxisme des Wallons », que sur le droit de vote des immigrés ou l'interdiction de fumer dans les cafés. Il s’agit, à la base, d’une droite ultra-libérale et populiste qui joue aussi très fort sur le sentiment national flamand pour voler des voix aux autres partis. Officiellement, la Lijst Dedecker se dit non séparatiste, mais ils disent aussi préférer le séparatisme à l'immobilisme actuel. Leur devise pourrait se résumer à « België als het kan, zonder als het moet » (avec la Belgique si c'est possible, sans s'il le faut). A de nombreuses reprises, lorsqu'il s'exprimait en Flandre, Jean-Marie Dedecker s'est déclaré ouvertement séparatiste.

 

Vlaams Belang, Lijst Dedecker et NVA ont peu de chance de s'entendre et de former prochainement une alliance durable (cette « Forza flandria » qu’on aime à agiter comme épouvantail pour se faire peur en Wallonie). Principalement parce que pour la NVA et la Lijst Dedecker, le Vlaams Belang est infréquentable. Ils font tout pour ne pas être amalgamés à eux, ce qu'on adore faire - à tort - côté francophone.

 

Ensuite, il faut se rappeler que la NVA avait tout fait pour attirer Jean-Marie Dedecker en son sein lorsqu’il a été exclu du VLD, mais le partenaire de cartel de l'époque, le CD&V d’Yves Leterme, a mis son veto. Dedecker a vécu cela comme une trahison, et il ne voit aucune raison aujourd'hui de faire alliance avec la NVA, alors que les sondages lui prévoient un score presque triple du leur...

 

Ces trois partis nationalistes - dont le principal fond de commerce c'est l’autonomie totale ou l'indépendance de la Flandre - font aujourd'hui 40% des voix flamandes dans les sondages alors que la crise politique belge est provisoirement calmée. Quel sera leur score aux élections, et quelle sera leur popularité au lendemain de celles-ci, en pleine crise sur BHV?

 

Il faut aussi rappeler que ces trois partis sont loin d’avoir le monopole en matière de nationalisme et d'intransigeance communautaire : Marino Keulen (le ministre qui refuse de nommer les 3 bourgmestres francophones de la périphérie bruxelloise) est à l’Open VLD. Léo Peeters - de la fameuse circulaire du même nom - est au SPA (!), et la plupart des bourgmestres de la périphérie et d’autres personnes très flamingantes comme l'ancien ministre-président flamand Luc Vandenbrande ou encore Eric Van Rompuy (le frère du Premier ministre), sont au CD&V...

 

Le nationalisme flamand est donc absolument incontournable. Il est bien assis dans tous les partis (à l'exception notable de groen !, mais ceux-ci ne représentent potentiellement que 6% des électeurs flamands)...

 

Pour le dire autrement, il y a en Flandre un large « consensus autonomiste », mais une absence de consensus sur le degré exact de cette autonomie, et sur la méthode pour y parvenir.

 

Bien sûr, au–delà de l'arithmétique électorale, personne ne peut dire ce qui va se passer, ni quand. Il est probable que la situation politique instable que nous connaissons depuis maintenant deux ans va encore durer. Certains dossiers clefs (comme la scission de BHV) vont revenir prochainement au devant de l’actualité, et la tension risque bien de remonter d’un coup et de pourrir l'atmosphère communautaire juste après les élections de ce 7 juin.

 

A long terme, on voit bien dans quelle direction tout cela nous même. Mais la force de l’inertie réserve parfois des surprises à l’observateur impatient.


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 25 février 2009 - Le rattachisme deviendrait-il à la mode ? Minimize

Le rattachisme deviendrait-il à la mode ?

 

Fini le temps où le réunionisme était au mieux ringard, au pire incivique…

 

Les dernières semaines ont vu défiler un nombre impressionnant, et impensable jusqu’il y a peu, d’avis, de forums ou de cartes blanches pour ou contre la réunion de la Wallonie et de Bruxelles à la France, en cas de disparition de la Belgique.

 

Le journal Le Soir a notamment publié samedi dernier l’avis d’un ancien correspondant du journal français Le Monde à Bruxelles, José-Alain Fralon (résolument contre), et la veille une carte blanche de Claude Demelenne (rédacteur en chef du journal Du Mardi, résolument pour). La Libre Belgique publie ce jour une autre carte blanche du professeur Robert Deschamps (FUNDP), qui lui aussi est tout à fait contre (http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/484354/irons-nous-tous-au-paradis.html).

 

Ma première satisfaction est que les « avis contre » produisent rarement des arguments sérieux. La carte blanche de M. Deschamps en est une parfaite illustration. Elle n’est qu’un condensé de détails caricaturés et de complexes maladroitement exprimés de méchants français colonisateurs qui viendraient imposer leur loi aux Wallons. Le réunionisme ne serait qu’une solution de facilité, une manière de baisser les bras.

 

Je n’ai pu m’empêcher de réagir de la manière suivante :

 

Je souhaite réagir à la carte blanche de Robert DESCHAMPS parue dans votre journal. Je me réjouis que ce débat puisse prendre une telle place dans vos colonnes, et je présume que vous diffuserez des avis inverses dans vos prochaines éditions, par soucis d'objectivité.

Ce que dit de M. Deschamps est assez représentatif de ce qu'on entend parfois lorsque l'on aborde la possibilité, au cas où la Belgique disparaîtrait, de l'union (j'insiste sur le mot) de la Wallonie à la France. L'opinion de M. Deschamps est parfaitement respectable, mais en l'occurrence elle n'est que ce qu'elle est: une opinion personnelle, et rien de plus.

Il faut d'abord souligner que l'union France-Wallonie n'est pas à l'ordre du jour. Elle ne le serait que si la Belgique disparaissait, ce qui n'est pas (encore?) le cas. Et dans cette éventualité, pourquoi cette crainte irrationnelle d'être "annexés" par la France? Si les Wallons deviennent français un jour, c'est parce qu'ils l'auront choisis (la constitution français impose un référendum dans tout territoire qui est adjoint au territoire national). En France, les Wallons éliraient leurs dirigeants comme tous les autres citoyens français, et à ce titre un Wallon pourrait très bien devenir membre du gouvernement, dont les décisions influenceraient alors non seulement la Wallonie, mais aussi toute la France.
Il est dès lors idiot d'affirmer de manière caricaturale que le France "imposerait ses vues à la Wallonie". Le Nord-pas-de-Calais impose-t-il ses vues à la Provence parce que Madame Aubry (originaire de Lille) est première secrétaire de PS et Monsieur Borloo (originaire de Valenciennes) est ministre au gouvernement? Non bien sûr: si la Wallonie devient française, ses élus participeront aux décisions de la France, comme toutes les autres régions.
Monsieur Deschamps oserait-il affirmer que les régions de France sont mal loties et surtout moins bien traitées par leur état central que la Wallonie belge? Pour citer des villes qui nous sont proches, a-t-il déjà pris le pouls du dynamisme de Lille ou de Reims? La comparaison avec nos métropoles wallonnes est assez cruelle pour ces dernières. Et la "paresse légendaire" des Wallons (cette accusation flamande est si constante qu'on finirait par la croire) n'en est certainement pas la cause. Ce serait plutôt l'absence d'une vraie solidarité nationale, j'entends une solidarité nationale sans arrière pensée et qui ne fait pas l'objet de perpétuels palabres, de propos méprisants et condescendants, telle que nous la connaissons en Belgique aujourd'hui.
M. Deschamps oublie aussi de citer les nombreux avantages que pourrait offrir à la Wallonie l'éventuelle réunion à la France, en termes d'infrastructures ou de fiscalité sur le travail, pour ne citer qu'eux. Il n'est pas uniquement question de "courage" ou de "responsabilité". Il s'agit d'un débat sur notre avenir si la Belgique disparaissait. Et dans ce cas, un nombre croissant de Wallons pourrait aspirer non pas à se faire "annexer" par la France, mais à devenir des citoyens français à part entière, avec tout ce que cela implique, et sous une forme à négocier (un statut spécial serait de toute manière inévitable).

Il est loin d'être sûr que la Wallonie serait moins bien lotie dans une France décentralisée que dans une Belgique confédérale à la Flamande. Or, notre choix futur risque bien d'être celui-là, les Wallons n'ayant en majorité pas la volonté de devenir indépendants.

M. Deschamps a raison de dire que ce débat, qui en est à ses balbutiements, doit être rationalisé. Mais il fait l'inverse: il le caricature.

Didier Melin,

Co-signataire avec Jules Gheude, Thierry Ollevier et Claude Thayse du "Manifeste pour la convocation des Etats généraux de Wallonie"
www.etatsgenerauxdewallonie.net

 

La Libre m’informe qu’en principe ma réponse devrait prochainement faire l’objet d’une parution dans leur rubrique « courrier des lecteurs ».

 

Une chose est certaine : le débat réunioniste est sorti de la boîte et il n’y rentrera plus !

 

 


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 11 février 2009 - du CD&V, du confédéralisme et de la schizophrénie... Minimize

Les élections régionales du 7 juin 2009 approchent à grand pas, et on commence à s’agiter dans les milieux politiques.

 

Au-delà du grand mouvement « plus blanc que blanc » auquel on assiste en Wallonie[1], le communautaire fait un timide retour. Le point central de ce retour est, comme toujours, le principal acteur politique en Flandre : le CD&V.

 

De par son histoire ancienne, sa composition hétéroclite, son passé récent et sa proximité extrême avec les milieux nationalistes, le CD&V est le parti charnière dans le monde politique flamand (rappelons aussi qu’il est encore le premier parti flamand au fédéral). A ce titre, il est en grande partie responsable du  blocage communautaire total que la Belgique connaît depuis près de 2 ans.

 

On croyait le cartel CD&V / NVA mort depuis septembre 2008. Il l’est sur le papier, mais certainement pas dans les esprits, si l’on en croit l’actualité récente. En effet, les élections approchant, la réforme de l’état étant au point mort, et leur parti ayant renié leurs promesses électorales les unes après les autres depuis juin 2007, de nombreux élus CD&V locaux sentent venir la raclée électorale. Ils prennent donc leur distance avec la ligne « communautaire douce » que leur parti a adoptée depuis la scission du cartel (ligne renforcée encore par la montée au créneau des modérés comme Herman Van Rompuy au fédéral). Ces élus locaux déclarent à présent, pour une moitié d’entre eux, regretter le départ de la NVA et vouloir la ré-instauration du cartel. C’est ce que rapporte la Libre Belgique aujourd’hui http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/481312/la-moitie-des-bourgmestres-cdv-veut-restaurer-le-cartel.html.

 

Querelles internes au CD&V ? Rien de bien neuf, et comme l’on pouvait s’en douter, ces divergences reprennent le dessus. Car le CD&V est un parti dont la ligne politique frise la schizophrénie. Comment pourrait-il en être autrement lorsque l’on rassemble en son sein des jeunes (généralement « très flamands »), des vieux (généralement fédéralistes mais taxés de « Belgicains » par les jeunes), des catholiques, des syndicalistes, des nationalistes purs et durs et des libéraux au sens économique du terme ?

 

On se souvient que le CD&Va gagné les élections fédérales de juin 2007 grâce à leur cartel avec les séparatistes de la NVA. Leurs élus locaux, comme témoigne la fronde dont parle la Libre, sont parmi les plus extrémistes en matière communautaire. Leur ancien chef de file Yves Leterme – tombé en disgrâce depuis lors, a dis pire que pendre sur la Belgique. Le CD&V a voté à deux reprises, main dans la main avec les nationalistes d’extrême droite du Vlaams Belang (et tous les autres partis flamands sauf groen!), la scission d'un certain arrondissement dans l’unique but de priver unilatéralement la minorité nationale flamande d’expression française de droits linguistiques et judiciaires pourtant garantis par le Constitution.

 

La liste est longue et les éléments ne manquent pas pour qualifier le CD&V de parti de nationalistes refoulés. Car à les entendre, ils ne sont pas séparatistes. « Où donc peut-on bien aller chercher cela ? La ligne officielle du CD&V en matière communautaire, c’est le confédéralisme et rien d’autre ».


Confédéralisme. Ce mot fourre-tout, qu'ils se gardent bien de définir avec précision[2], permet de savamment conserver le flou sur leurs intentions, et de permettre à cette véritable auberge espagnole qu’est le CD&V de conserver un lien, flou mais un lien tout de même, entre ses composantes séparatistes et fédéralistes.

 

Nous verrons où ces débats internes vont mener le CD&V d’ici juin. Il est à craindre (pour eux) que leurs résultats aux élections seront médiocres. Ce qui ne manquera pas de renforcer encore la NVA bien sûr, mais aussi la liste de Jean-Marie Dedecker et le Vlaams Belang.



[1] Chaque parti essayant visiblement de mouiller ses concurrents dans des « affaires » pour les décrédibiliser devant les électeurs, voire à faire diversion sur les casseroles des autres, pensons aux dernières affaires qui défrayent la chronique : Lizin ou Daerden pour le PS, Detremmerie pour le CDH, Scourneau ou encore Fourneau au MR. On ne parle plus que de ça.

[2] Le confédéralisme est en droit un système politique où des états souverains mettent en commun certaines compétences. Par définition, le confédéralisme ne peut s’appliquer au cas belge. A moins que les composantes de l’état belge ne se séparent au préalable puis signent un traité établissant une confédération. Si par contre, comme le disent les « vieux CD&V », le confédéralisme n’est qu’une forme avancée de fédéralisme, encore faudrait-il qu’ils en détaillent le contenu.


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 4 décembre 2008 - Que penser de la non-nomination des trois bourgmestres francophones des communes à facilités ? Minimize

Que penser de la non-nomination des trois bourgmestres francophones des communes à facilités ?

 

On parle énormément du dossier des trois bourgmestres francophones non-nommés à Linkebeek, Crainhem et Wezembeek-Oppem. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Quels sont les enjeux de ce dossier? Quel est le point de vue de la Flandre, et quel est celui des intéressés ? Ce dossier est-il important  ou s’agit-il d’un problème abstrait inventé par les politiciens, comme on le dit parfois ?

 

En réalité, ce dossier emblématique – à l’instar de celui de l’arrondissement de BHV –  illustre sans pareil le mal dont souffre la Belgique : avatars d’une régionalisation mal faite, contentieux territorial, droit du sol contre droit des gens.

 

Tout d’abord, il est bon de se remémorer quelques éléments historiques et contextuels pour bien comprendre de quoi il s’agit.

 

Depuis la régionalisation de la loi communale en 2001 (suite aux accords du Lambermont, la dernière réforme de l’Etat en date), la tutelle sur les communes est exercée par le pouvoir régional et non plus par le pouvoir fédéral. Avant cette réforme, c’était le roi qui sanctionnait la nomination des bourgmestres. C’est donc aujourd’hui le ministre de l’intérieur régional (l’Open VLD Marino Keulen) qui nomme les bourgmestres sur le territoire flamand.

 

La législation linguistique est – selon les termes-même de la constitution belge – du ressort exclusif de l’Etat fédéral (et non des régions). C’est assez logique : au niveau fédéral, la minorité francophone (40% mais minorité tout de même) dispose de protections constitutionnelles visant à empêcher l’autre communauté, la majorité flamande, de lui imposer sa loi. Ses protections sont en gros la procédure dite de la sonnette d’alarme et la procédure en « conflit d’intérêt ».

 

On sait par ailleurs que les régimes linguistiques spéciaux (les « facilités ») sont notoirement considérés en Flandre comme étant une disposition transitoire (même si rien dans la loi de 1963 ne permet d’en arriver à cette conclusion). La Flandre considère que ce régime a permis à certaines communes flamandes autour de Bruxelles de se franciser d’avantage, ce qu’elle regrette et cherche à contrer. C’est dans cette même perspective d’homogénéité linguistique que la Flandre exige d’ailleurs la scission de BHV.

 

La volonté de faire disparaître les facilités sur son sol, ou du moins d’en circonscrire l’application, est en Flandre un objectif politique avoué. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la fameuse « circulaire Peeters ». Il s’agit d’une circulaire interprétative et non d’une loi (promulguer des lois est réservé à l’état fédéral), ni même un décret régional (lequel aurait valeur de loi mais un décret régional est impossible dans ce cas : l’emploi de langues étant une compétence fédérale).

 

Cette simple circulaire prétend interpréter la législation linguistique fédérale sur l’emploi des langues dans les communes flamandes à facilités pour les francophones. En réalité elle restreint l’application des facilités : au lieu d’être inscrits comme francophones dans leur commune, auquel cas l’administration communale pourrait s’adresser directement à eux en français, les autorités flamandes considèrent que les francophones de ces communes doivent, à chaque demande d’un document, faire la demande expresse de recevoir une traduction française.

 

L’objectif est de forcer les administrés francophones de ces communes à communiquer en néerlandais avec leur autorité communale, sauf à vouloir prendre sur eux une formalité contraignante à chaque fois qu’ils sont en contact avec leur administration. Au-delà de son caractère contraire à la constitution belge, les francophones considèrent cette circulaire comme une tracasserie volontaire et inutile de l’autorité flamande, dont le seul but est de les gêner dans la jouissance de leur droit (constitutionnel) d’user du français avec leur autorité communale (qui est francophone).

 

Mais la circulaire Peeters est-elle légale ? D’un point de vue purement juridique, la réponse est oui. Au moment de sa promulgation, les francophones avaient tenté de faire annuler cette circulaire par le Conseil d’état au motif que la Région flamande n’avait pas la possibilité d’interpréter une compétence fédérale (l’application des lois linguistiques). La chambre flamande du conseil d’état, dans un arrêt rendu en 2004, s’est refusé – contre toute évidence – à déclarer cette circulaire illégale. Pour les Flamands, elle est donc légale.

 

A cette légalité de façade, les francophones opposent différents avis du Comité de contrôle linguistique, qui à plusieurs reprises s’est prononcé dans leur sens. Ils opposent aussi un autre argument : la chambre flamande du conseil d’état ne peut – par définition – pas être neutre dans un jugement de cette nature. Aurait-on eu idée de demander à un collège de juges serbes de se prononcer sur la légalité de l’indépendance du Kosovo ? Dans de tels cas de figure, la loi belge permet pourtant expressément la désignation d’un collège bilingue de 4 juges (2 francophones et 2 néerlandophones). Un tel collège aurait sans nul doute été plus impartial que la chambre flamande du conseil d’état qui a refusé de déclarer la circulaire Peeters illégale. Nous ne le saurons jamais.

 

En fin de compte, que reproche le ministre flamand aux bourgmestres ? Marino Keulen refuse de nommer les trois bourgmestres au motif qu’ils n’auraient pas la « moralité nécessaire à l’exercice de la fonction », parce qu’ils auraient enfreint la « législation linguistique en vigueur en Flandre » (en fait une simple circulaire interprétative, on l’a vu) en ne respectant pas la circulaire Peeters à la lettre. En effet, à l’occasion des élections communales d’octobre 2006, ces trois bourgmestres ont – conformément à la loi fédérale - envoyé les convocations électorales dans la langue de leurs électeurs directement (francophones comme néerlandophones), au lieu de l’envoyer en néerlandais à tout le monde comme le prescrit la circulaire Peeters, quitte à envoyer une traduction française aux contribuables le réclamant par la suite.

 

Les francophones en général, et les trois bourgmestres en particulier, considèrent que se soumettre à la circulaire Peeters reviendrait implicitement à accepter la volonté flamande de restreindre l’application des facilités, voire à les faire disparaître à terme. Ils ne l’acceptent pas car ils considèrent que les facilités font partie intégrante de la loi de 1963 sur la fixation de la frontière linguistique. Si la Flandre veut modifier le « deal » de l’époque en remettant en cause l’usage des facilités, il faut selon eux remettre sur la table l’intégralité du contenu de la loi de 1963. Donc remettre en question la frontière linguistique elle-même. Cela paraît logique.

 

C’est ainsi, comme pour la scission de BHV, que les francophones réclament à présent l’élargissement de la région (bilingue faut-il le rappeler) de Bruxelles-Capitale aux communes majoritairement francophones qui lui sont contiguës.

 

Ajoutons quelques considérations plus générales :

 

Dans des communes où la majorité des habitants sont francophones (90% pour Linkebeek, jusqu’à 80% pour les deux autres communes), on peut trouver absurde de forcer les conseillers communaux francophones à se parler entre eux en néerlandais. On peut même trouver absurde que ces communes se trouvent en région flamande et pas en région bruxelloise (ces communes étant bilingues de fait et même à majorité francophone).

 

Au-delà du débat juridique sur la légalité de la circulaire Peeters, force est de constater que la sanction imposée aux bourgmestres représente un désaveu pour le choix des électeurs de ces communes, lesquels ont voté en masse pour la liste de ces bourgmestres. On peut parler de « déni de démocratie ».

 

On peut aussi considérer que la sanction est disproportionnée : les bourgmestres pourraient à la rigueur faire l’objet d’une remontrance ministérielle voire d’une amende, mais ne pas les nommer est excessif.

 

Sur le principe, le fait que la validation d’une élection communale soit du ressort de l’exécutif régional, comme c’est le cas des bourgmestres en Flandre, frise l’ingérence du pouvoir régional dans les affaires communales. C’est d’ailleurs exactement ainsi que le Conseil de l’Europe interprète la chose. Dans la résolution qu’il a émise en début de semaine, il ne dit rien d’autre.

 

On entend aussi parfois dire, même de la part de francophones : « les francophones de ses communes savaient ce qu’ils faisaient en s’installant en Flandre, ils n’ont qu’à s’adapter ». Cette affirmation est bien évidemment fausse : non seulement les francophones ne sont pas « aller s’installer dans ces communes », ils y sont bien souvent nés : ces communes étaient déjà bilingues de fait en 1947 (date du dernier recensement linguistique effectué), voire longtemps avant. Ensuite, en vertu de quoi les « nouveaux » francophones de la périphérie seraient-ils privés du jour au lendemain du droit constitutionnel de vivre en français dans ces communes, sans compensation ?

 

Au vu de tous ces éléments, on comprend donc que les enjeux de la non-nomination des bourgmestres dépasse largement le cadre des communes concernées. Il en va ni plus ni moins du respect du choix des électeurs (de la démocratie), de la remise en cause des frontières interrégionales, et du rapport de force entre les deux grandes communautés de ce pays. A ce titre, et il n’est pas le seul, ce dossier est explosif.


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 21 novembre 2008 - "Avis de Bourrasque communautaire" Minimize
Tel est le titre d'un article du journal La Libre de ce jour.
http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/461558/avis-de-bourrasque-communautaire.html

Le dossier de la non-nomination des trois bourgmestres va peut-être finir par faire voler en éclat les "négociations communautaires de la dernière chance" tout prochainement. Si tel est le cas, nous irons certainement vers des élections fédérales anticipées (au printemps, couplées aux élections régionales de juin, voire avant?).

A condition bien sûr que la Flandre ne boycotte pas purement et simplement les élections (on se souvient en effet qu'un arrêt de la Cour constitutionnelle imposait de trouver une solution au problème de BHV avant ... juin 2007. Faute de solution, toute élection pourrait de fait être considérée comme illégale dans cet arrondissement électoral et ses résultats pourraient être contestés). On se souviendra aussi de l'appel au boycot des élections de juin lancé par une majorité de bourgmestres flamands de BHV, ainsi que de l'arrêt de la Cour d'appel (chambre flamande) de Bruxelles qui a décidé récemment d'acquitter des assesseurs récalcitrants, qui avaient refusé de remplir leur devoir électoral sous prétexte que BHV n'était pas scindé.

On comprend que dans ce contexte, de nouvelles élections fédérales pourraient très bien être contestées par la Flandre...

Si malgré tout des élections fédérales devaient avoir lieu prochainement, nous assisterions certainement à un véritable raz-de-marée nationaliste en Flandre. Car selon tous les derniers sondages, les 3 partis nationalistes (VB, LDD et NVA) se partageraient entre 30 et 40% des voix flamandes. Face à eux, un SPA toujours moribond (à peine 15%), un Open VLD affaibli par les affaires touchant ses ministres Dewael (nominations à la Police fédérale) et De Gucht (délit d'initié dans le dossier Fortis et déclarations incendiaires dans le dossier du Congo), et un CD&V amputé de son allié nationaliste de la NVA et dont le score pourrait ne pas dépasser les 20% des voix...

Un tel émiettement de l'électorat rendrait plus improbable encore tout leadership incontesté en Flandre. Impossible de négocier et de prendre des décisions importantes dans de telles conditions.

A moins d'un coup de force flamand (une sécession flamande pure et simple "à la Bye bye Belgium", l'émission de décembre 2006 à la RTBF? peu probable), la Belgique risque de continuer à agoniser quelque mois encore ...

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 5 novembre 2008 - Crise financière, élections présidentielles américaines… la crise existentielle belge est-elle de l’histoire ancienne ? Minimize

Depuis que les 12 négociateurs de la réforme de l’état ont entamé leurs travaux, jusqu’à présent dans la plus totale discrétion, on ne parle plus ou presque de ce qu’on appelle parfois naïvement, aveuglément ou dans l’espoir d’en conjurer la gravité, les « querelles communautaires belges ». Personnellement, je trouve l’appellation « conflit ethnique larvé » plus juste.

 

Sur le fond, on le sait, aucun des éléments fondamentaux qui ont mené la Belgique au bord du gouffre à plusieurs reprises au cours des 15 derniers mois, n’ont changé d’un iota. La Réforme de l’Etat unanimement voulue par la Flandre est jusqu’à preuve du contraire en rade. Aucun « levier socio-économique » n’est à disposition de la Région flamande. BHV n’est pas scindé et aucune solution n’est en vue. L’apaisement n’est pas à l’ordre du jour en périphérie bruxelloise, etc etc.

 

La crise financière qui secoue l’Europe et le Monde et les élections américaines qui s’achèvent ont, il est vrai, volé la vedette à nos querelles communautaires dans les médias. Pourtant, la réalité belgo-belge risque bien de reprendre rapidement le dessus. Les 12 négociateurs sont en pleine discussion, du moins on l’espère, et ils devront produire des résultats avant juin 2009, date des prochaines élections.

 

D’ici là, le nationalisme et le populisme ont la vie dure et continuent à progresser dans l’électorat flamand, peu importe sous quelle forme : Vlaams Belang (dans sa version la plus noire), NVA (dans sa forme nationaliste) ou Lijst De Decker (dans sa forme ultra-libérale). Pris ensemble, cela représente au bas mot 40% des électeurs flamands, si l’on en croit les résultats des dernières élections et de multiples sondages concordants ces derniers mois.

 

On l’a déjà dit, et redit : l’enjeu des tensions est de produire une réforme de l’état qui soit « copernicienne » c’est à dire fondamentale (la Flandre l’exige) mais qui ne nuirait en même temps à aucun intérêt financier, juridique ou territorial des Francophones, où qu’ils soient sur le territoire belge. Si les 12 négociateurs parviennent à sortir cette grande réforme de leur chapeau avant juin prochain, tout va bien. Dans le cas contraire, la Belgique sera à nouveau secouée de convulsions existentielles.

 

J’ai eu l’occasion d’écrire ailleurs que, à l’inverse des rattachistes rabiques, j’accepterais volontiers, comme bon nombre de « rattachistes de raison » une Belgique nouvelle, pour autant qu’elle soit acceptable. J’entends par là une Belgique qui permettrait à la Wallonie d’évoluer et de s’épanouir dans un cadre étatique neutre et juste.

 

Concrètement, une Belgique (con)fédérale réduite à sa plus simple expression où les 3 ou 4 Régions (Wallonie, Flandre, Bruxelles, Région germanophone) disposeraient d’une autonomie poussée, de l’intégralité de leurs compétences économiques ou  sociétales (je pense à l’enseignement ou encore à la justice), d’une certaine latitude fiscale (sans aller jusqu’à mettre en concurrence les régions), d’une Assemblée paritaire (pourquoi pas le Sénat remodelé) comme dans tout bon système fédéral, d’un poste de Premier Ministre attribué en alternance (comme en Suisse) permettant une visibilité pour tous, et surtout de frontières régionales correspondant aux populations sur le terrain, lesquelles seraient enfin amenées à se prononcer démocratiquement sur leur volonté d’appartenance régionale. Un cadre étatique où la sécurité sociale resterait commune (car je n’envisage avec effroi un état où les enfants, les chômeurs et les personnes les plus faibles toucheraient plus ou moins d’allocation en fonction de leur appartenance ethnique…). Cette Belgique juste, si elle devait voir le jour, j’y adhèrerai immédiatement.

 

Mais cette Belgique idéale, par le simple fait que tous les points que je cite sont jusqu’à preuve du contraire (et l’absence de la NVA aux négociations n’y change rien) « indiscutables » pour la Flandre, relève de la pure utopie.

 

Nous ne le cessons de le dire : préparons-nous au pire des scénarios, la scission. Si elle se produit, cela nous évitera une douloureuse improvisation. Le béat espoir d’avoir vu nos ministres travailler ensemble pour tenter de résoudre la crise financière ne doit pas nous amener à nous voiler la face : à moins de crever ses abcès, la Belgique est et restera en proie à son conflit des nationalités. Il ne tient qu’à nous de le résoudre pacifiquement.

 


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 14 octobre 2008 - Quelle issue pour les discussions inter-institutionnelles ? Minimize

Les discussions « inter-institutionnelles » en vue de la réforme de l’état ont commencé, dans la discrétion.

 

Les 12 négociateurs ont commencé leurs travaux jeudi dernier. Ils se réuniront une fois par semaine pour plancher sur une « nouvelle Belgique » partant d’une page blanche, sans échéance ni pression.

 

Sur le papier tout va bien. Dans les faits, cette page blanche sera difficile à remplir en conciliant à la fois par les exigences flamandes du « maximum de dévolution des responsabilités aux régions » et de « ne pas mêler à la réforme de l’état la scission de BHV » aux exigences francophones de ne pas toucher à la solidarité interpersonnelle, de ne pas créer de concurrence fiscale entre les Régions et surtout de solutionner BHV par le haut, c’est à dire en redessinant une fois pour toutes les frontières régionales pour vider l’abcès.

 

Les positions sont inconciliables, c’est Yves Leterme qui le dit, à ce niveau rien n’a changé.

 

Dans le but de laisser provisoirement le gouvernement gouverner, 6 flamands et 6 francophones vont donc se réunir toutes les semaines pour dessiner cette nouvelle Belgique apaisée. 12 négociateurs dont  6 Bruxellois. Côté francophone on notera la présence d’Olivier Maingain et de Philippe Moureau, deux durs en matière communautaire qui sont peu suspects de lâcher les électeurs francophones de la périphérie dans un compromis boiteux. Espérons-le dumoins.

 

Deux issues à présent sont possibles :

 

Soit les négociateurs obtiennent des accords substantiels d’ici les élections de juin 2009, permettant aux partis flamands dits « modérés » de ne pas se faire laminer par leurs électeurs.

 

Soit les négociations patinent et ne livrent aucun résultat tangible pour juin 2009. La tension serait alors à son comble.

 

Dans le premier cas, il se dit en coulisses qu’à la condition que les francophones acceptent une réforme massive de l’état, c’est à dire une réforme qui verrait l’état (con)fédéral réduit à sa plus simple expression, les partis flamands pourraient accepter en contre-partie l’idée de lâcher quelques kilomètres carrés de territoire, c’est à dire rétrocéder les communes francophones de Flandre (dites à facilité) à la Région bilingue de Bruxelles-capitale, ce qui solutionnerait automatiquement tous les dossiers pourris (BHV, circulaires Peeters, facilités, nomination des bourgmestres, chasse aux sorcières francophones en périphérie, etc). Ce serait tabou contre tabou : confédéralisme contre frontières nouvelles. Un vrai compromis, définitif, qui aurait l’avantage de stabiliser la Belgique.

 

Cette issue optimiste n’est pas totalement exclue, il faut le reconnaître. Mais il est certain que jamais au grand jamais les partis flamands ne s’engageront dans un tel compromis avant les élections de juin prochain. Ce serait purement suicidaire d’un point de vue électoral.

 

Dans le second cas, les résultats des derniers sondages, qui donnent 40 à 45% d’électeurs potentiels au Vlaams Belang, à la NVA et surtout à la Lijst De Decker (tous séparatistes sous une forme ou une autre), pourraient devenir réalité. Un tel scénario est tout aussi plausible, si pas plus.


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 23 septembre 2008 - Le cartel CD&V / NVA est mort Minimize

Après moult péripéties, le cartel C&V / NVA a rendu l’âme.

 

Nous n’aurons pas le plaisir de mettre sa mort au crédit du courage d’Yves Leterme, Marianne Thysen ou Kris Peeters, qui auraient pu choisir la « raison d’état » et la stabilité gouvernementale (et le pouvoir) au détriment de leurs intérêts partisans et électoraux directs.

 

Pas du tout. Cette rupture du cartel, c’est la NVA qui l’aura voulue au niveau fédéral seulement (une rupture en demi-teinte donc, une demi-rupture, comme toujours depuis 15 mois, qui aurait permis au cartel de ménager la chèvre nationaliste et le chou du pouvoir…).

 

Mais les partenaires Open VLD et Spa / Vlaamse Progressieven de la majorité flamande en auront décidé autrement : ils ont exigé, et obtenu, la démission du seul ministre NVA au gouvernement flamand Geert Bourgeois, et par là-même la fin du cartel au niveau régional flamand.

 

Quelles seront les conséquences sur le grand forum inter-institutionnel qui s’ouvre ? En sera-t-il simplifié ? C’est loin d’être sûr. Car si l’on a effectivement mis de côté ce petit parti charnière qui, de par son rôle arithmétique crucial exerçait une influence démesurée sur le cours des événements[1], la situation sur le papier n’en demeure pas moins inextricable.

 

Le départ de la NVA pour l’opposition ne changera pas grand chose. D’abord, parce que les électeurs flamands nationalistes ne vont pas disparaître comme par enchantement aux prochains scrutins. Ensuite parce qu’on se doute que les « bons Flamands » de l’Open Vld et du Spa ont réclamé la fin du cartel plus par opportunisme électoral que par modération réelle. Rien ne dit qu’ils vont fondamentalement changer leur politique communautaire (faut-il rappeler que l’intransigeant Marino Keulen est de l’Open VLD par exemple ?). Enfin, parce que même si les négociateurs ont provisoirement la NVA « hors des pattes », aucun des dossiers pourris ne va se solutionner tout seul : scission de BHV, réforme de la fiscalité et de la sécurité sociale dans le cadre de la réforme de l’état, remise en cause des lois de financement des entités fédérées, sans même parler de la nomination des bourgmestres, de l’inspection scolaire des écoles francophones de Flandre ou de l’élargissement de Bruxelles. Pour ne citer que ceux-là.

 

Autre élément : politiquement, l’absence de majorité dans le groupe flamand est un gros problème pour le CD&V, qui il y a peu décrivait un tel scénario comme un « gouvernement anti-flamand ». L’opposition flamande, dont la NVA fait à présent partir, va s’en donner à cœur joie !

 

Rappelons aussi qu’ensemble, si l'on en croit les nombreux sondages récents, le SPA, l’Open VLD et Groen! ne rassemblent au grand mot que 40% des voix flamandes... c'est à dire moins que le nationalistes du Vlaams Belang, de la Lijst De Decker et de la NVA.

 

En conclusion, comme j’ai pu l’écrire à de nombreuses reprises depuis plusieurs mois, c’est bien le scénario catastrophe qui est en train de se dérouler pour le CD&V. Ils ont gagné les dernières élections sur la base d’un programme institutionnel maximaliste et grâce au cartel, et ils n’auront strictement rien obtenu après des mois (bientôt des années) de tergiversations. Jusqu’à la toute dernière minute, ils auront même tout fait pour sauver le cartel… Ils auront finalement démontré la pire facette du politique : petites manœuvres électorales, contradictions internes complètes, tiraillement entre aile indépendantiste et socio-chrétienne… et de fait absence totale de sens de l’intérêt général. Ils ont mal joué, et ils ont tout perdu. Leur défi actuel est de taille: obtenir une « grande réforme de l’état » avant les élections de juin prochain. Sinon… se présenter sans rien devant l’électeur en juin prochain, au risque de conduire le CD&V à la débâcle électorale.

 

Comme on peut douter que les électeurs déçus par la trahison communautaire du CD&V se tourneront vers le Spa ou Groen, la « Forza Flandria » dont les Flamands « modérés » se sont servis depuis des mois comme épouvantail pour nous faire peur et nous forcer à accepter leurs dictats, pourrait rafler la mise aux élections régionales.

 

Moralité: il ne faut pas se réjouir trop vite …



[1] Sans la NVA, le CD&V n’est plus le premier parti flamand … c’est le Vlaams Belang ! Et sans le cartel le groupe linguistique néerlandais n’a même plus la majorité au fédéral.


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 4 septembre 2008 - Après le PS, le MR fait sa rentrée politique … Minimize

Après Rudy Demotte hier, dont les propos ont frappé par leur franchise et leur détermination, c’était au tour de la deuxième personnalité francophone de faire sa rentrée politique. Didier Reynders, président du MR et Ministre des Finances,  était en effet l’invité ce matin de l’émission radio « Matin Première » sur RTBF. Il y a présenté les grandes lignes de sa politique de communication pour cette rentrée politique cruciale.

 

Didier Reynders a fait quelques déclarations communautaires qui risquent bien de faire couler beaucoup d’encre, surtout en Flandre. Il a déclaré, en substance

« Il ne peut pas y avoir de réforme de l’état avant les élections de juin 2009 », « concentrons-nous sur le socio-économique », « l’open VLD ne dit rien d’autre (c’est effectivement le sens de certaines déclarations récentes de leur président Bart Somers) et nous nous entendons bien »« que les Flamands organisent leur propre délégation pour la discussion inter-institutionnelle, et qu’ils nous laissent organiser la nôtre sans interférer » (en réponse à la volonté flamande d’écarter Bruxelles de la discussion), ou encore « qu’ils laissent les 3 médiateurs royaux faire leur travail » (alors que Kris Peeters, ministre-président flamand, ne fait que nier leur existence depuis quelques jours à coup de propositions de méthode pour la discussion, ce qui est précisément le rôle des trois médiateurs…).

 

Que retenir de toutes ces déclarations ?

 

Tout d’abord qu’elles seront certainement considérées comme de la pure provocation en Flandre, où on les prendra comme une énième illustration de la prétendue volonté francophone de mettre la réforme de l’état au frigo, précisément ce dont la Flandre ne veut plus entendre parler. On connaît l’enjeu électoral pour le CD&V et pour le cartel CD&V/NVA si cela se produisait.

 

Ensuite que ces déclarations ne peuvent avoir été l’objet que d’une stratégie réfléchie et délibérée : Reynders cherche ainsi à se présenter comme un « homme politique responsable », en phase avec son parti flamand correspondant l’Open VLD, et qui entend cibler son action des mois à venir sur « les vrais problèmes des gens » si chers aux électeurs francophones, en reléguant la réforme de l’état au second plan…

 

Dire pareilles choses dans le contexte actuel, alors que la Flandre politique est totalement remontée, ne peut avoir été fait à la légère (les propos de Bart Somers laissant entendre qu’une réforme de l’état ne serait pas possible avant juin 2009 ont été unanimement conspués par la presse flamande… le CD&V, la Lijst De Decker et le Vlaams Belang).

 

Pour se faire une idée de la température qui règne en Flandre aujourd’hui, il est intéressant de lire ce qu’écrit Véronique Lamquin dans le Soir du 3 septembre :

« L’alternative est telle, tous les responsables politiques francophones en conviennent en privé : sauf à se résoudre à la scission du pays (…), il faudra négocier sa « confédéralisation », un néologisme qui dit bien le radical changement de style et d’époque auquel il faut se préparer. »
« Deux éminences francophones, qui ont passé une partie du mois d’août à rencontrer les ténors flamands, en particulier Kris Peeters et Yves Leterme, le confirment : « Les Flamands nous ont très clairement fait comprendre qu’il n’y a plus lieu de tergiverser. Ou nous acceptons de négocier sans attendre la vraie grande réforme de l’État, le confédéralisme, ou c’est la Flandre qui basculera dans le séparatisme et l’indépendance. »
Un ministre mêlé de près aux tractations ces dernières semaines autour des trois médiateurs royaux, et du ministre-président flamand, Kris Peeters, l’homme incontournable désormais, ce ministre, donc, nous le confirme off the record : « De tous mes contacts, je retire que les francophones doivent perdre leurs illusions, ils devront choisir entre le confédéralisme ou le séparatisme, et je ne suis pas certain que le premier ne conduira pas au second… »
« J’ai acquis la conviction après les contacts que j’ai eus ces derniers jours, que le CD&V choisira la N-VA plutôt que le gouvernement, explique ce ministre francophone… Car les chrétiens- démocrates flamands sont tétanisés à l’idée de voir émerger une Forza Flandria, qui regrouperait la Liste Dedecker, les nationalistes de De Wever, des troupes du Vlaams Belang, et qui, d’après les sondages au Nord, pourrait atteindre 25 à 30 % des voix. »

Nous ne disons rien d’autre depuis des mois déjà.

 

Et on ne parle même plus du dossier BHV qui focalise, on le sait, toutes les tensions, et qui va ressortir du frigo tout prochainement lorsque la deuxième procédure francophone en conflit d’intérêt viendra à son terme …

 

Conclusion de tout ceci : les négociations à venir sont bel et bien vouées à l’échec. Les positions des uns et des autres sont plus inconciliables que jamais et la méfiance est à présent à peu près totale de part et d’autre de la frontière linguistique.

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 1er septembre 2008 - Ijzebedevaart ou « la bataille de Bruxelles » Minimize

C’est la rentrée politique. Les premières déclarations commencent à tomber, chacun se positionnant dans le débat institutionnel qui reprendra tout prochainement.

 

Kris Peeters, le ministre président flamand, déclarait déjà en juin dernier que la Flandre « n’abandonnerait jamais Bruxelles ». Ces paroles lourdes de sens, à la veille de l’été, n’ont pas fait grand bruit dans la presse francophone à l’époque.

 

Lors des discours nationalistes traditionnels de l’Izerbedevaart, ce grand pèlerinage identitaire flamand qui a eu lieu chaque année et qui s’est tenu ce dimanche 31 août, Walter Baeten, son organisateur, a fait quelques déclarations qui sont à prendre très au sérieux. Il a notamment invité les responsables politiques flamands à exiger, dans le cadre des négociations institutionnelles qui vont reprendre dans les prochains jours, rien de moins que la « fusion de la Région bruxelloise et de la région flamande », et à considérer les Bruxellois francophones comme une « minorité culturelle » (et pas « nationale » bien entendu… ce qui lui conférerait des droits). Il a aussi déclaré que la Flandre était d’ores et déjà « un Etat ».

 

A lire dans le journal Le Soir http://www.lesoir.be/actualite/belgique/dans-les-champs-de-bataille-2008-08-31-633543.shtml

 

Il faut savoir que l’Ijzebedevaart se veut un événement politique gentil et familial, les « vrais nationalistes », les purs et durs, ayant été exclus de cet événement il y a quelques années. Ces derniers, proches du Vlaams Belang, organisent en parallèle chaque année  l’Ijzerwake, un rallye nationaliste plus virulent, devenu au fil du temps un rassemblement de l’extrême droite, mais où on rencontre encore à l’occasion des politiciens flamands qui se disent démocrates.

 

Les déclarations de Walter Baeten, faites en présence de presque toute la Flandre politique qui compte, sont lourdes de sens.

 

Car la Flandre qui se veut modérée, celle d’ « Opa en Oma » (Papy et Mamy), la Flandre des boudins compotes, n’hésite plus à présent à revendiquer ouvertement Bruxelles.

 

Bruxelles étant la capitale de la Flandre, une « Vlaamse oerstad » (ville historiquement flamande) et celle-ci se trouvant sur son sol sacré, les intérêts nationaux de la Flandre rejoignent ses intérêts économiques : Bruxelles est une poule aux œufs d’or que « la Flandre ne cèdera jamais » selon les dires de ses hommes politiques.

 

On sait déjà comment la Flandre traite ses « minorités culturelles ». Les francophones de la périphérie en font les frais tous les jours. Il y a donc fort à parier qu’aucun Bruxellois francophone ne voudra être intégré dans une Flandre hostile avec le risque de se retrouver complètement isolé si l’état belge venait à disparaître.

 

Ces déclarations n’augurent rien de bon. Les exigences francophones d’élargir Bruxelles afin d’établir une continuité territoriale avec la Wallonie, de sortir Bruxelles du carcan étriqué et artificiel imposé par la Flandre et surtout de libérer les 150.000 francophones de la périphérie de pratiques qualifiées par la presse anglo-saxonne de « soft fascism », ne pourraient être plus éloignées des exigences flamandes d’annexer Bruxelles.

 

Le choc frontal des idées est entier. Espérons que seules les idées se heurteront. Les prochains mois nous le diront.


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 8 août 2008 - la Wallonie française dans le "Nouvel Obs" Minimize

A découvrir dans le "Nouvel Observateur" de cette semaine, un long et très intéressant article sur le possible avenir français de la Wallonie. Très bien fait, très bien résumé, très lucide. Très faborable à nos idées.

L'article est à découvrir ici: http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2283/articles/a380800-.html


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 4 août 2008 - Négociations pour la réforme de l’état : on avance ou on recule ? Minimize

Négociations pour la réforme de l’état : on avance ou on recule ?

 

Au 31 juillet, date de l’avant-dernier ultimatum fixé par le cartel CD&V/NVA, on devait s’attendre à un clash. Il n’en fut rien. On semble dans ce cartel fixer sans arrêt des ultimatums dont le seul effet est d’en lancer un suivant, une fois la date fatidique passée. Perdant au passage un peu plus de crédibilité.

 

Les négociateurs sont en vacances, le parlement est en congé jusque début octobre, et il ne se passera plus rien avant le 21 septembre, date à laquelle la NVA tiendra un congrès, lors duquel ses membres devront évaluer, c'est-à-dire descendre en flamme, les acquis communautaires obtenus par le cartel depuis les élections de juin 2007. Plus de reculade cette fois, car juin 2009 approche…

 

La NVA quittera alors certainement le cartel, à moins que le CD&V ne précède son partenaire séparatiste et ne provoque lui-même une crise, précipitant la chute du gouvernement et la convocation d’élections fédérales anticipées. En effet, le CD&V n’a aucune envie de perdre son partenaire de cartel au pire moment et de se présenter sous son plus mauvais jour – sans réforme de l’état et sans scission de BHV – aux élections régionales de juin 2009. Face à ses électeurs trahis, et face à une opposition flamande nationaliste plus forte que jamais[1].

 

On s’oriente donc, pour la rentrée politique de septembre, vers une nouvelle crise, dont l’ampleur est difficile à évaluer, tant la force des crises précédentes s’est révélée imprévisible. C’est également « dans la seconde moitié de septembre », tenez donc, que les trois médiateurs royaux devront présenter leur rapport définitif au roi, rapport établissant les garanties offertes par les francophones au cartel CD&V/NVA, garanties en matière de réforme de l’état. Le cartel a rappelé au passage ses exigences[2]. Cette liste d’exigences est plus lourde que tout ce qui a pu être présenté par le passé par le cartel, et est de toute façon parfaitement imbuvable pour les francophones. Le parlement wallon a d’ailleurs voté récemment sa propre position en prévision des futures négociations. Cette position ne pourrait être plus à l’opposé des revendications flamandes.

 

Alors, où sont les avancées depuis juin 2007 ? Nulle part. On recule, en vérité. Il n’a jamais vraiment été question, en plus d’un an de soi-disant négociations, du fond de l’affaire : on n’a réellement parlé ni frontière, ni partage des richesses[3]. Pendant un an, on s’est observé de part et d’autre, on s’est lancé des menaces et des ultimatums, pour toujours mieux reculer.

 

Pour bien mesurer l’absurdité de cette situation : depuis la démission refusée d’Yves Leterme, nous avons carrément fait un bond en arrière : à présent, il n’est non seulement plus question de fond bien sûr, mais il n’est même plus question non plus de la forme des négociations : l’exigence flamande de dialoguer à deux communautés, face à la volonté francophone de dialoguer à trois régions (avec Bruxelles), fait que l’on se dispute à présent sur qui convier à la table des négociations !

 

Tous les observateurs sont pessimistes. Il faut s’attendre à un sérieux chaos à la rentrée...



[1] Certains sondages créditent la Lijst De Decker de 20% des voix en Flandre, auxquelles s’ajouteront les 20% du Vlaams Belang et le résultat – très certainement en progression en cas de crise – de la NVA … On ne sera pas loin d’une majorité nationaliste et indépendantiste… C’est d’ailleurs une tendance que confirment de nombreux sondages ces derniers mois.

[2] Parmi ces exigences : la réforme de l'Etat doit conduire à un Etat confédéral (c’est nouveau, on charge la barque…) où les entités fédérées ont un rôle primordial. Il faut un dialogue de Communauté à Communauté (qui nie et évacue Bruxelles). Egalement, le dialogue sur les structures de l'Etat, la répartition des compétences et le financement doit se faire – pour le cartel - selon les principes du respect mutuel, du respect de l'intégrité territoriale, de la solidarité, de la subsidiarité, de l'efficacité et de la responsabilité financière et fiscale. Enfin, le processus parlementaire sur la proposition de loi de scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilovrode doit se poursuivre et le gouvernement fédéral ne peut prendre aucune initiative en la matière (donc obligation pour les francophones de renoncer à la sonnette d’alarme). C’est tellement gros qu’on pourrait croire à une blague, en fait. Ou à une volonté de nous pousser à la rupture ?

[3] On peut aisément résumer toute la crise belge à deux éléments fondamentaux : « tracement d’une frontière définitive » (dossier BHV, facilités), et « redistribution des richesses » (réforme de l’état). Il s’agit de ça, et rien que ça, toutes les revendications flamandes sont basées sur ces deux points.


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 30 juillet 2008 - les idées évoluent ... terriblement. Minimize

Voilà un sondage qui fait parler de lui. Réalisé pour le compte des journaux Le Soir et La Voix du Nord par l'Ifop, il révèle qu'en cas d'éclatement de la Belgique, 49% des Wallons seraient pour une réunion de leur région à la France (contre 43% contre). 60% des Français seraient également favorables à cette option. Ces chiffres sont spectaculaires de par leur progression en à peine quelque mois.

L'option réunioniste est dans la place, et elle est là pour rester. Fini le temps où nous étions considérés au mieux comme de doux rêveurs idéalistes, au pire comme de vilains séparatistes allumés.

La France est une option d'avenir désormais, crédible pour une moitié de Wallons. Voilà qui risque de briser quelques idées reçues et qui forcera les politiques, pour l'instant en vacances, à se positionner.

Le chemin est encore long, mais la progression de la solution française est à présent bien dans les esprits. Il faut s'en réjouir!

http://www.lesoir.be/actualite/belgique/enquete-les-mentalites-2008-07-29-621179.shtml


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 17 juillet 2008 - La Wallonie se positionne Minimize

Dans le débat institutionnel actuel, celui qui patine depuis 13 mois, on connaît depuis longtemps la position de la Flandre : cette position, son parlement régional l’a votée à la quasi-unanimité en 1999, sous la forme de plusieurs résolutions faisant de la Belgique un état fédéral avancé, certains diront « coquille vide ». Kris Peeters, Ministre-Président flamand, fait sans relâche référence à ce schéma confédéral et aux résolutions du parlement flamand, ce qui lui donne une légitimité démocratique totale.

 

On attendait depuis longtemps cette prise de position de la part des élus wallons. Voilà qui est fait.

 

On remarque tout de suite que cette Résolution wallonne ne fait que reprendre ce que les présidents de partis francophones déclarent depuis juin 2007 et qu’elle s’aligne totalement sur la structure commune Wallonie-Bruxelles basée sur les régions, schéma défendu par les Ministres présidents Picqué et Demotte.

 

Voilà qui leur donne à M. Demotte la même légitimité démocratique qu’à Kris Peeters.

 

Quand le Parlement bruxellois fera-t-il de même ? Les Bruxellois sont en effet les seuls à pouvoir se déterminer sur leur avenir. Une résolution similaire votée à Bruxelles permettrait de compléter le puzzle : chacun aurait ainsi donné ses propres balises au débat institutionnel qu’il faudra bien trancher un jour.

 

Mais que contient cette résolution du Parlement wallon, concrètement[1]?

 

« le Parlement wallon n’est demandeur d’aucune réforme qui remettrait en cause le fédéralisme belge. »

« l’organisation des mécanismes de solidarité interpersonnelle, en particulier au travers de la Sécurité sociale, doit rester une mission essentielle de l’Etat fédéral. »

« tout réaménagement de compétences ne doit s’envisager que dans le souci d’améliorer l’efficacité des politiques au bénéfice des citoyens. Dans cette optique, la recherche de cohérence dans la répartition des compétences peut signifier tout aussi bien la refédéralisation de certaines compétences que le transfert de nouvelles compétences aux Régions. »

Refuser « tout transfert de compétences fiscales susceptible de créer une concurrence préjudiciable entre les Régions, en particulier en ce qui concerne l’impôt des sociétés.»

« l’équilibre institutionnel du fédéralisme belge s’appuie prioritairement sur trois Régions ». « Bruxelles bénéficie d’un statut de Région à part entière »

Déclarer une « solidarité active » des Wallons « vis-à-vis des francophones de la périphérie bruxelloise et des Fourons. »

« Le parlement wallon souhaite encore que le contentieux linguistique/administratif dans les communes à facilités soit du ressort des chambres bilingues du Conseil d’Etat. »

 

Voilà qui a le mérite d’être clair. Les 3.200.000 Wallons se sont exprimés, par la voie de leur Parlement. Comment concilier à présent les résolutions flamandes et wallonnes ?

 

Poser la question, c’est y répondre : mission impossible.


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 17 juillet 2008 - Qui sème le vent récolte la tempête Minimize

Lors d’une interview au journal télévisé de la RTBF ce 16 juillet, Jean Quatremer, correspondant du journal français Libération, a admirablement bien résumé la situation politique belge actuelle : les francophones se font des illusions lorsqu’ils pensent pouvoir négocier avec la Flandre. Car il n’y a rien à négocier. Il y a juste une Belgique confédérale flamande, à prendre ou à laisser. Or, la Flandre nous a montré à deux reprises ces derniers mois qu’elle était prête à passer en force si nécessaire.


Il semble bien, cette fois, que les dirigeants francophones ont compris qu'ils étaient face à un mur (flamand) : tout en se disant prêts à discuter d’une réforme de l’état, même de grande envergure alors qu’il y a à peine un an ils étaient juste « demandeurs de rien », ils n'ont pas cédé sur l’essentiel, et il ne céderont plus : BHV ne sera pas scindé sans contrepartie valable, et aucune réforme de l'état ne verra le jour si elle nuit aux droits et aux intérêts économiques des francophones.

 

Nos dirigeants sont en position de force, ils laissent venir. N’est-ce finalement pas  la meilleure manière de pousser la Flandre à la rupture ?

 

Ceux qui par contre sont dans une situation plus délicate que jamais, c'est le cartel CD&V/NVA. Car s’il a tenu bon, ils n'ont surtout rien à présenter à leurs électeurs en 2009 : BHV n’est pas scindé et il n’a pas de réforme de l'état. Ils ont trahi toutes leurs promesses électorales et passent en outre pour des irresponsables qui plongent la Belgique dans la crise noire au moment où le baril de pétrole est à 150 dollars...


Au CD&V, on a à présent le choix entre la peste (un gouvernement socio-économique d'affaire courante et le frigo institutionnel jusqu'en 2009 voire 2011 – c’est à dire tout ce que le CD&V a toujours juré ne jamais accepter…) et le choléra (forcer la réforme par leur Parlement régional, et mettre fin de fait à la Belgique).


En résumé, le pire cauchemar du CD&V est en train de devenir réalité. Tout ce qui aura pu être conservé, c'est le cartel avec les indépendantistes de la NVA.

 

Vis-à-vis de leurs électeurs, le CD&V a presque intérêt à défendre la voie de l'indépendance à présent... Finalement c’est un juste retour des choses : qui sème le vent, récolte la tempête.


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 15 juillet 2008 - Leterme 1er est tombé Minimize

Yves Leterme a présenté sa démission au Roi hier soir. Son gouvernement a vécu.

 

Leterme 1er est tombé sur la réforme de l’état, ce qui était prévisible. Après avoir reporté sans cesse le vrai débat (car un accord de budget et un accord socio-économique avaient tout de même été ficelés), Leterme aura pu constater comme tout le monde que les exigences et les positions flamandes et francophones sont purement et simplement inconciliables.

 

Pour les Flamands (tous les Flamands), il faut scinder BHV sans condition et faire une profonde réforme de l’état ne laissant au niveau fédéral que des compétences résiduelles, pour donner aux Régions (à deux régions : Bruxelles n’étant pas reconnue comme telle) la presque totalité des leviers de décision socio-économiques.

 

Pour les francophones, « demandeurs de rien mais prêts à dialoguer », il ne faut scinder BHV qu’à la condition qu’aucun droit francophone actuel ne disparaisse, et en élargissant la Région bruxelloise aux 6 communes francophones de Flandre (dites « à facilité ») afin que cessent les tracasseries linguistiques de la tutelle flamande. Les francophones sont prêts à faire une réforme de l’état à condition qu’elle ne touche pas à la solidarité interpersonnelle et ne mette pas en concurrence fiscale les Régions, ce qui serait préjudiciable à la Wallonie. En résumé, s’il faut vraiment se laisser imposer une réforme de l’état, il faut qu’elle stabilise le pays sur le long terme et ne nuise pas à nos intérêts.

 

Il est impossible de réconcilier ces positions, singulièrement sur BHV. Ce fait est évident depuis plus d’un an car les positions des uns et des autres sont connues et n’ont jamais évolué.

 

En démissionnant à la veille du vote qu’il a lui-même voulu[1], Yves Leterme aura voulu éviter l’humiliation d’un vote au Parlement lors duquel il était évident qu’il allait être lâché par son propre parti.

 

Mais encore une fois, on aurait tort de présenter Yves Leterme comme « otage de la NVA ». Car le CD&V, pour une bonne part de sa base militante et de ses cadres, est en parfaite phase avec les idées autonomistes qui prévalent non seulement à la NVA, mais aussi au Vlaams Belang et à la Lijst Dedecker. Ces partis pris dans leur ensemble représentent un sacré paquet d’électeurs qu’il aurait été suicidaire de s’aliéner à 11 mois des élections régionales flamandes.

 

Que va-t-il se passer à présent ? Difficile à dire. Nous sommes à un moment charnière.

 

Quoi qu’il arrive, les Flamands ne veulent plus reporter le débat institutionnel, ils veulent leur réforme de l’état maintenant, mais s’ils la veulent à leur manière, ils savent à présent qu’ils devront contourner le veto francophone, c’est à dire prendre leurs responsabilités et s’affranchir du cadre belge. Ou alors accepter le status quo.

 

Fait rassurant : le front francophone semble bel et bien exister. Ce matin, on calmait le jeu sur les ondes de la RTBF, et on répétait ses dispositions à dialoguer, mais pas à n’importe quelle condition. On se voulait ouvert, mais ferme.

 

Leterme a présenté sa démission mais le Roi réserve pour l’instant sa réponse. La volonté est évidemment de ne pas faire replonger la Belgique dans une zone d’instabilité aiguë, c’est à dire une longue période sans gouvernement.

 

De nouvelles élections seront compliquées à organiser car BHV n’est pas scindé et toute nouvelle élection pourrait être considérée comme illégale[2]. Et même si des élections fédérales anticipées s’organisent, la raclée guette pour le CD&V. Et tous les « bons Flamands » (VB, LDD, NVA) marqueront des points, rendant de fait tout dialogue nord-sud plus difficile encore, voire impossible.

 

A moins que les conseillers du Roi ne trouvent une nouvelle manière de prolonger l’agonie pour sauver la face, la Belgique retombe aujourd’hui dans l’instabilité pour y rester. A moins d’un an des élections régionales de juin 2009.


[1] Cette date du 15 juillet, date à laquelle la 2ème phase de la réforme de l’état devait être acquise, était pour le cartel CD&V/NVA la condition même de l’existence du gouvernement Leterme 1er. 

[2] La Cour d’arbitrage, aujourd’hui Cour constitutionnelle, imposait une solution à BHV pour juin 2007 – certains Flamands pourraient donc très bien boycotter toute nouvelle élection comme certains bourgmestres et assesseurs l’ont fait en 2007 (la justice flamande a refusé par la suite de les poursuivre…).


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 10 juillet 2008 - La réflexion de Daniel Ducarme est bien avancée Minimize

Le journal Le Soir fait état ce 10 juillet de travaux de Daniel Ducarme, lequel prépare en secret la « Belgique française » qu’il a défendue en décembre 2007 dans ce même journal, mais sur laquelle il s’est montré plutôt discret depuis lors.

 

Pourtant, il semble bien que ce Ministre d’Etat, ancien président du MR et Président du MR International, membre du Conseil de l’Europe, s’active en coulisse. Il travaillerait d’arrache-pied avec des juristes belges et français à un projet de « loi organique » composée de 132 articles et qui réglerait l’intégration de la Belgique francophone (Wallonie, Bruxelles et communes francophones de Flandre) à la République française, sous la forme d’une « collectivité territoriale autonome », qui serait une manière de conserver l’héritage légal belge et les symboles de la Belgique auxquels la population reste très attachée.

 

Est-ce une initiative personnelle ? A-t-il carte blanche de son parti, le MR ? S’agit-il de la part de Ducarme et/ou de son parti d’une carte maîtresse qu’ils comptent garder pour la fin ? Nul ne peut le dire à ce stade.

 

Mais ce qui est très intéressant, c’est de constater qu’un membre éminent du premier parti francophone s’attèle à réfléchir et à préparer notre avenir sous la forme d’une association de la « Belgique résiduelle » avec la France en cas d’implosion de la Belgique, sous un statut susceptible de séduire les Belges francophones. Pour tous les gens qui partagent cet idéal, c’est un fait majeur.

 

Il est rassurant aussi de constater que ça cogite ferme en coulisse et que ça travaille dans les milieux politiques, à l’abri des caméras.

 

Un vrai projet de réunion à la France, j’entends par là un projet crédible défendu par des gens sérieux, existe donc bel et bien. Un projet réaliste car il tient compte des aspirations des électeurs wallons et bruxellois, qui restent pour une grande majorité très attachés à la Belgique et à ses symboles.

 

L’article complet du Soir se trouve ici : http://www.lesoir.be/actualite/belgique/daniel-ducarme-prepare-la-2008-07-10-615017.shtml  Le journal le Monde en fait également état: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/07/10/la-belgique-francaise-d-un-depute-francophone_1068594_3214.html#ens_id=926038 

 


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 9 juillet 2008 - Quand la Flandre de gauche s’exprime… Minimize

Le Journal La Libre publiait ce mardi 8 juillet une carte blanche du « Gravensteengroep », groupement de personnalités flamandes orientées politiquement à gauche (professeurs d’université, syndicalistes, etc), lesquels ont publié un manifeste en février dernier.

 

La Carte blanche est ici http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/432558/la-solidarite-politique-question-vitale-pour-la-democratie.html

 

Les bras de tous les démocrates de bonne foi en sont tombés. Je cite au hasard :

 

La Belgique souffre d'un manque cruel de solidarité politique (…)

Une partie de la classe politique francophone belge a de nouveau discrédité le Parlement et le gouvernement flamands, démocratiquement élus, auprès du Conseil de l'Europe. Elle a également tenté d'impliquer les Nations Unies dans cette logique dénonciatrice (…)

Des exigences, somme toute très raisonnables et équitables de la part de la Flandre, sont sans cesse associées à l'extrême droite (…)

Une application plus stricte des principes européens en Belgique serait de nature à appuyer la thèse flamande (…)

Tout ce que nous demandons, c'est que les règles de jeu européennes, et donc internationales, soient respectées en Belgique (…)

Nous souhaitons que les francophones du Royaume de Belgique cessent, une fois pour toutes, de vouloir régler les problèmes de façon nationaliste (…)

Les francophones se disent scandalisés lorsque les Flamands utilisent leur majorité dans la Chambre des Représentants pour modifier la loi électorale, alors que ceux-ci en ont parfaitement le droit selon la Constitution (…)

Mettre en question un tel état nous semble un acte de résistance démocratique. (…)

Les signataires de ce texte souhaitent que l'interminable crise belge soit traitée dans une approche européenne, démocratique et rationnelle. Nous n'acceptons pas que la raison démocratique triomphe partout en Europe, mais pas en Belgique. Nous n'exigeons ni territoire, ni argent, ni pouvoir. Nous défendons seulement les principes qui doivent nous guider vers plus de démocratie…

 

Droit du sol inconditionnel, victimisation de la Flandre, rejet de la responsabilité de la crise sur les seuls francophones, autorité de la majorité ethnique sur la minorité… ce manifeste aurait pu être écrit par d’autres bien plus à droite sur l’échiquier politique flamand… suivez mon regard.

 

Désormais, la Flandre, toute la Flandre nous envoie le message : « acceptez nos exigences sans conditions, ou c’en est fini de la Belgique… et ce sera de votre faute ».

 

Cette Carte blanche aura probablement suscité beaucoup de réactions. Je ne résiste d’ailleurs pas à l’envie de publier dans son intégralité la réaction que mon avocat de frère a envoyé directement groupe Gravensteen. On ne pourrait mieux dire :

 

“Dear Sir,

It is quite worrying to read the depiction you make in your manifest (http://www.gravensteengroep.org/) of the current political climate in Belgium, especially as it seems to emanate from left-leaning intellectuals. You basically present Flanders as a victim of the minority.  According to your views, the majority rule makes it unacceptable that the French speakers should refuse to give to Flanders the reforms Flanders wants.  You also stigmatise Flanders' terrible image abroad, and blame the French speakers for it.

1. Realpolitik

There are a few things you need to understand about Belgian realpolitik, as seen from the South. The francophone political parties do not like Belgium more than the average Flemish party does (with the exception maybe of the CDH).  Belgium = us (Wallonie Brussels), plus Flanders.  Concerning Flanders, French speakers strongly distrust Flemish politicians, and increasingly so Flemish people at large.  The reason why francophone politicians have been using the Belgian card, is because Belgium as it is now generates a significant share of Wallonia's budget, and as many voters in the South are afraid of changes (because it would mean more difficult times in terms of public spending), and cherish Belgium for these reasons. But this has all changed in the last 12 months.  The French speaking political class is now apparently convinced that Belgium will split, because they believe that no mutually agreeable solution, benefiting not only Flanders but Wallonia and Brussels as well, can be reached.  Ideas completely marginal only a few months ago are now on all lips: a Wallonia-Brussels federation, a union with France (!).  As the end of the country is foreseen, the French political class is refusing any concession to Flanders that does not result in proportionate advantages for French speakers, Wallonia and Brussels.  For instance, it is unacceptable that ANY right be taken away from the sizable French speaking minorities, locked in Flanders in the 1960's following the adoption by the Flemish majority of an unfair language border, without in exchange perennial solutions being devised to make sure that these minorities are sheltered from the constant harassment by the Flemish authorities.  The only solution of this type is to take these minorities away from Flanders, into Brussels. It is not acceptable either that the institutional changes could take any money away from the pockets of French speaking voters.  Any change must be neutral in terms of the current redistribution of wealth taking place in the Belgian structure. Belgium is no longer seen as worth any significant concession to Flanders.  The message from French speakers to Flanders seems to be: you either take it or leave it; you either take Belgium as it is, or you leave.  Between splitting Belgium or making dishonourable concessions to Flanders, the former is seen as a lesser evil. Especially as it is generally accepted in Wallonia and Brussels that we would actually benefit from a non-negotiated break up: we would be able to grab the communes à facilités, to tax Flemish workers in Brussels, and to decide our own future without constant interference from hostile Flemish parties. 

2. Nothing can be decided in Belgium without it being agreed by French speakers first. You present French-speakers as a minority.  It is true, but it is a very large one, nearly half of the population in fact.  And as such it managed to carve for itself some solid institutional protections. Our political system, as in many other countries (Netherlands, ...)  is designed in such a way that it needs to be governed by a coalition.  Changes to the Constitution needs an enlarged coalition.  There is another layer of protection specific to Belgium, created in order to prevent Flanders from doing exactly what it is trying to do now: most laws affecting the well being of one of the two large language groups needs to be approved by a majority within this language group.  A very sensible system you will certainly agree.  Also, all laws adopted by the parliament need to be approved by the Council of Ministers, and half of the ministers need to be from the French speaking group.  It is therefore impossible, even in the wildest nationalist dreams, to take over Belgium with the facsists of the Vlaams Belang and adopt a legislation that would be unacceptable to a majority of French speakers. In all scenarios, any solution needs to be agreed.  If the changes Flanders is seeking are not acceptable to the South, then there is no change.  The solution lies in negotiation, not unilateralism.  If for the splitting of BHV the French ask for the enlargement of Brussels, then it will be so. Or else BHV is not split.  There is nothing Flanders can do about this, apart from finding a solution that is acceptable to the French speakers.   Flanders may decide it no longer wants to play under the Belgian rules, but this is Flanders' decision to take, and its responsibility to shoulder. 

3.  This is a free country

The assumption underlying your reasoning is that one has to learn the language of the place one settles in.  You are a guest, you adapt to me, not the other way round.  You forget that everyone is FREE. Free to speak the language of one's choice; free of worshipping whatever god(s), or none; free of sleeping with people (or several people) of the same or opposite sex, etc.  People in Flanders are even free not to like Flanders, and not to like its language.  That is the beauty of modern democracies, those of Europe to which you appeal. I have many allophone colleagues living in Brussels who hardly speak any French (or Dutch).  No one would question their right to live here.  Many Dutch people living in Spain (retirees) do not speak the language.  The same is true for many Englishmen in Dordogne or Tuscany; or Germans in Minorca.  Everyone is free to speak one's language.  Period.  This involves the right to buy a place, and go to shops who have the courtesy (and commercial flare) of serving customers in their language. If people moving to Flanders often do not learn the language, it is because they essentially move to places that were never meant to be in Flanders in the first place, i.e., the six communes à facilités, where they enjoy administrative rights (of a permanent kind mind you).  People moving to other places do not always learn the language either, because Brussels is so close, and Flanders so unappealing. Because if Flanders looks ugly to a lot of independent observers (not to mention French speaking Belgians and expats here) it is because there are currently very ugly sides to Flanders.   Forcing people in need of social housing to speak a language before being authorised to have such housing, even extending this to spouses, can never be justified.  Restricting playing fields to local children neither. The same is true for policing the language of private individuals.  And most of these measures are aimed at poor French speakers in Brussels, the Arabs and the Blacks.  The fantasised French-speaker of the tache d'huile, a rich city-dweller moving to the Flemish leafy suburbs, has no need for social housing. If you do not see yourselves in this way, maybe you should look in the mirror again.  Trust the rest of the world, there is something seriously wrong.

 

With best regards

 

Yves Melin

Liège

 

Il n’y a strictement rien à ajouter.

 

Plus la peine de chercher de bons flamands pour se rassurer, il n’y en a pour ainsi dire plus. Les francophones qui espèrent envers et contre tout un sursaut de la gauche flamande pour condamner de l’intérieur ses dérives nationalistes et discriminatoires et trouver ainsi une solution mutuellement bénéfique à la crise belge - en seront pour leurs frais.

 

Le divorce est proche. L’heure est à l’urgence et à la mobilisation pour notre avenir post-Belgique, dans le calme et la dignité.


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 7 juillet 2008 - Deux faits marquants à relater ce lundi matin Minimize

Deux faits marquants à relater ce lundi matin

 

Selon Karel de Gucht, ministre (Open VLD) fédéral des Affaires étrangères « La loi du nombre finira toujours par l’emporter ». Ce qui veut dire que les Flamands obtiendront leur réforme de l’état, par la force du nombre s’il le faut.

 

On a l’habitude de ce genre de déclarations musclées de la part de Karel de Gucht (c’est déjà lui qui fin 2007 avait lancé un retentissant « les francophones doivent accepter notre réforme de l’état ou nous coupons le robinet ». Mais dans les moments de tensions et d’urgence que l’on connaît (le 15 juillet c’est dans 8 jours…) cette phrase mérite une distinction particulière.

 

Si cette nouvelle affirmation est brutale, elle est surtout fausse. La plupart des points réclamés par les partis flamands dans le cadre de la réforme de l’état relèvent de lois spéciales, c’est à dire de lois où la majorité est nécessaire dans chaque groupe linguistique. Donc non, monsieur de Gucht, dans le cadre belge, la loi du nombre n’existe pas.

 

A moins que Karel de Gucht ne veuille dire (il parle au futur) que les Flamands sont prêts à s’affranchir du cadre belge, c’est à dire à voter des mesures unilatérales au parlement flamand, illégalement, mettant de fait fin à la Belgique ?

 

Autre fait marquant : selon une étude menée par la KUL, les jeunes électeurs flamands seraient beaucoup plus radicaux que leurs aînés : près de la moitié des personnes ayant voté pour la première fois en juin 2007 en Flandre ont donné leur voix au Vlaams Belang ou à la Lijst de Decker. L’étude ne parle pas de la NVA ni du CD&V. Autre élément relevé par cette étude : la gauche flamande est totalement délaissée par les jeunes. Plus de chiffres sur le site du journal Vers l’Avenir http://www.votrejournal.be/article/belgique/les_jeunes_flamands_delaissent_la_gauche/166115.aspx

 

Il n’y a pas à dire : la relève nationaliste est assurée. Voilà qui ne va pas pousser les partis flamands à la modération communautaire dans les prochaines semaines et les prochains mois…


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 6 juillet 2008 - Des facilités linguistiques en Wallonie? Minimize

Notre ministre-président Wallon, Rudy Demotte, a fait une sortie remarquée en fin de semaine dernière en annonçant que la Région entendait financer les communes wallonnes qui proposeraient à leurs administrés non francophones, qu'il s'agisse des Flamands de Jodoigne, des Allemands de Verviers, des fonctionnaires européens de Waterloo ou des Hollandais de la Roche en Ardenne, ce qui s'apparente à des facilités linguistiques dans leur langue: traduction de brochures communales, permanence communale multilingue, traduction de documents officiels, etc.

Cette idée peut surprendre a priori.

Rudy Demotte a choisi son moment, c'est certain. En prenant ainsi volontairement le contre-pied des pratiques discriminatoires de la Flandre officielle pour monter que la Wallonie, décomplexée et ouverte, souhaite la bienvenue à ses habitants non-francophones, et entend leur simplifier la vie dans leurs démarches quotidiennes, il renvoit une image d'eux-mêmes aux Flamands qui est bien cruelle.

Mais que faut-il penser de cette initiative? Que du bien! Tout d'abord, le régime linguistique de la Wallonie ne change pas. Le français y est et reste la seule langue officielle. On ne cherche ici qu'à simplifier la vie des gens dans leur vie quotidienne. Que peut-on y trouver de mal?

Les Hollandais dans les Ardennes, pour ne prendre qu'un exemple y apportent richesse et dynamisme. Ils sont les bienvenus. Ainsi, ces gens étant chez nous pour y rester et y payant leurs impôts, quoi de plus normal que de leur montrer que nous apprécions leur présence et que nous voulons les aider dans leur vie quotidienne en Wallonie et dans leurs démarches administratives?

Merci Monsieur Demotte. Vous entretenez ainsi l'image de ce que la Wallonie a toujours été: une région ouverte sur le monde, et accueillante à tous.


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 4 juillet 2008 - L'heure de vérité approche ! Minimize

Cette fois serait-elle la bonne?

La pression monte terriblement depuis hier, Yves Leterme ayant déclaré pour la première fois qu'un échec des négociations en cours est possible.

Il ne peut s'en prendre qu'à lui-même: il s'est mis lui-même dos au mur en se donnant comme date butoir le 15 juillet prochain pour arriver à un accord socio-économique et communautaire global, alors que rien ne l'y forçait (si ce n'est son propre parti qui s'est déculoté en montant au gouvernement sans avoir obtenu au préalable sa grande réforme de l'état, comme ils l'avaient promis à grand cri à leurs électeurs).

Les discussions n'en sont nulle part, et à 10 jours de l'échéance, l'échec est l'issue la plus probable.

Que va-t-il se passer maintenant? Impossible de répondre à cette question. Chute du gouvernement? Elections anticipées à l'automne? Initiative unilatérale du Parlement flamand? Tout est possible.

Nous vivons un instant de vérité pour l'avenir (le non-avenir) de ce pays.

Une lecture de la presse flamande de ce jour (voir la Rubrique "lu pour vous dans la presse flamande" de ce site) se passe de commentaire.


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 27 juin 2008 - Leterme affiche la Flandre aux sommets européens … Minimize

La Flandre prépare son indépendance, mais chuuut c’est un secret ! Enfin ça l’était. Parce qu’à présent on s’affiche ouvertement : le site du RWF nous apprend ce que personne par ailleurs n’a vu ni entendu (bizarre non ?) http://www.rwf.be/pages/Archives/Annee_2008/semaine26/la_une/Ezel.html.

 

Ca ressemble furieusement à un canular, mais il semble bien qu’il n’en soit rien. Les photos étant tirées du site même du Conseil européen des ministres, on peut difficilement croire à un montage. http://www.consilium.europa.eu/cms3_applications/Applications/newsRoom/GalleryViewer.asp?command=VIEW&BID=76&dateEvent=19/06/2008&rubrique=2345&cmsID=843&LANG=2

 

Afficher son appartenance à la région flamande de manière si univoque serait de toute manière et en toutes circonstances inacceptable pour n’importe quel premier ministre belge.

 

S’afficher ainsi, c’est plus que hautement symbolique. Ce n’est pas une bourde ni un hypothétique blason slovène obscur, c'est un petit coup de pub volontaire et délibéré pour la Flandre. Yves Leterme, « premier ministre de tous les Belges », affiche les seules couleurs de la Flandre aux sommets européens. Nous en prenons bonne note.

 

Il est impossible de comprendre ce geste autrement que comme une provocation ou comme une volonté de Leterme de faire un clin d’œil à ses partenaires européens. Il n’y a aucune explication à cet affichage des couleurs flamandes. Ou plutôt si, il y en a une. Les observateurs avertis l’ont compris depuis longtemps (ce n’était pas difficile : l’intéressé l’ayant lui-même avoué platement en août 2006 à Jean Quatremer, du quotidien français Libération) : Yves Leterme défend les intérêts de la Flandre et se sert de son costume fédéral pour cela. Il fait ce qu’il a dit : il affiche sa priorité aux yeux et à la barbe de tous les partenaires européens, mais beaucoup se refusent toujours obstinément à le voir.

 

Qui a dit que la Flandre ne préparait pas son indépendance ? Un tel signe, si symbolique et si fort, n’aura dupé personne au sommet. Espérons qu’en coulisses, nos responsables francophones l’auront enfin compris et préparent l’avenir des Wallons et des Bruxellois…


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 26 juin 2008 - Pourquoi les Wallons doivent-ils être solidaires des Bruxellois et des francophones de Flandre? Minimize

Dans les milieux dits « régionalistes wallons », où je me reconnais, on entend parfois certains en appeler à considérer le cas de Bruxelles comme étranger à la Wallonie, et à ne pas mêler les deux réalités. Quitte à laisser les Bruxellois se débrouiller seuls avec la Flandre. Parfois, on sent dans ces milieux un ressentiment à l’égard des Bruxelles, considérée à tort ou à raison comme « co-responsables des malheurs de la Wallonie ». Bruxelles c’est la Belgique, carcan dont certains veulent « libérer la Wallonie ».

 

Pourtant, dans le divorce belge qui s’annonce, Bruxelles est le meilleur allié de la Wallonie et des Wallons.

 

S’il est vrai que la Wallonie n’est pas Bruxelles et que les réalités n’y sont pas les mêmes (les populations sont différentes, de par l’histoire, de par leur milieu socio-culturel et leur environnement linguistique et économique), Bruxelles est aujourd’hui une « ville francophone », j’entends par là qu’elle est une ville dont la population se réclame du français à une écrasante majorité. C’est un fait incontestable.

 

Il est tout aussi incontestable que cette Bruxelles francophone déborde de ses frontières étriquées, frontières tracées de manière imparfaite, injuste diront les uns, de manière maladroite diront les autres. Cet état de fait explique tous les malentendus et le conflit de frontière auquel nous assistons en Belgique depuis que cette « frontière linguistique » existe (scission de BHV, remise en causes des facilités).

 

Par ce simple fait, et par ces temps de nettoyage linguistique d’un autre âge auquel la Flandre officielle se livre, tout démocrate qui se respecte, et a fortiori les démocrates francophones que sont les Wallons, se doivent d’être solidaires du sort des Bruxellois francophones et des francophones de Flandre dans la défense de leurs droits et de leur identité linguistique et culturelle.

 

Solidarité sans faille ne veut pas dire fusion. Il n’en est d’ailleurs plus question depuis que les ministres-présidents wallon et bruxellois ont récemment déclaré que la base de nos institutions, c’est les régions. Ce débat est donc dépassé. La crainte suscitée un temps par une possible fusion de Bruxelles et de la Wallonie, qui aurait pu gommer la Wallonie du paysage institutionnel, a fait long feu.

 

Les raisons invoquées par ceux qui souhaitent « laisser les Bruxellois régler leurs problèmes tout seul » ont trait – en gros – à une reconnaissance du droit du sol : « Bruxelles est une ville historiquement flamande, sur le sol flamand, sa population est composée de Flamands francisés ». C’est non seulement faire le jeu des nationalistes flamands, mais c’est surtout aller un peu vite en besogne. Pourquoi ?

 

Droit du sol oui, mais à condition que les frontières soient incontestées et incontestables et que les populations concernées acceptent la tutelle régionale qui leur a été imposée. Ce qui n’est pas le cas. Car la frontière intérieure belge est une frontière administrative artificielle qui ne correspond pas à la véritable frontière linguistique, qui englobe, elle, Bruxelles et au moins 6 communes francophones de Flandre.

 

S’il nous faut reconnaître et comprendre la peur flamande de la tache d’huile, il faut aussi exiger des Flamands la reconnaissance du fait indéniable que la présence francophone à Bruxelles et dans sa périphérie est historique et ne date pas d’hier. Il ne peut être question de l’éradiquer, d’aucune manière.

 

Présenter les francophones de Flandre comme des « immigrés qui doivent s’adapter », (comme le font les nationalistes flamands, et certains régionalistes wallons), compte tenu de la manière dont la frontière linguistique a été tracée, ne tient pas la route.

 

Les communes de la périphérie bruxelloise – bilingues depuis longtemps – doivent en toute logique être des communes bruxelloises bilingues, et non unilingues flamandes. Bruxelles, ville bilingue, capitale d’un état belge, à la population majoritairement bigarrée mais dont le français est la langue d’usage, doit rester ce qu’elle est : une région officiellement bilingue au minimum. N’en déplaise à certains, la minorité flamande de Bruxelles a droit au respect de ses droits et de sa culture, comme nos francophones de Flandre y ont droit. Ni plus ni moins.

 

J’ajouterais qu’en tant que rattachiste (certes tous les régionalistes ne sont pas rattachistes, loin de là) il est difficilement compréhensible et encore moins justifiable d’en appeler à la solidarité de la France (car tout rattachement de la Wallonie a la France aurait une part de solidarité, vu notre situation de retard économique), tout en appelant à laisser les Bruxellois à leur propre sort.

 

On peut aussi d’autant plus difficilement justifier ce qui apparaîtrait clairement comme un « largage des Bruxellois » francophones, qui ont besoin de la solidarité des Wallons pour obtenir leur désenclavement du territoire flamand.

 

Le désenclavement de Bruxelles (c’est à dire l’élargissement de la région bruxelloise après consultations populaires sur le terrain) n’est pas un objectif en soi. Mais il s’impose à présent à nous par l’agressivité de la Flandre qui tend à présent à faire disparaître ouvertement toute trace du français sur son sol. C’est inacceptable et nous Wallons ne l’accepterons pas.

 

Au point où nous en sommes, la rupture avec les Flamands est non seulement plausible, mais elle est devenue probable. Pour préparer l’avenir, élargir Bruxelles est une nécessité. Quoi qu’il advienne par la suite.

 

Tant que le cadre belge existera, nous serons plus forts à deux régions contre une qu’à 60 contre 40. Soyons donc solidaires de Bruxelles et des francophones de sa périphérie.


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 10 juin 2008 - Sondages : qui faut-il croire ? Minimize

Les sondages d’opinion ont l’avantage de prendre la température auprès d’une population donnée, à un endroit donné, à un moment donné.

 

Les résultats de sondages portant sur les mêmes problématiques donnent pourtant parfois des résultats a priori contradictoires, ce qui fait dire aux observateurs prudents qu’ils n’ont qu’une valeur purement indicative.

 

Ainsi, on a beaucoup parlé en Flandre le week-end dernier d’un sondage réalisé pour Het Laatste Nieuws, dont les résultats sont inédits : une majorité relative (49,70 %) de Flamands s’est prononcée en faveur l’indépendance de la Flandre. Si ce chiffre ne fera probablement que grimper à mesure que la crise gouvernementale reprendra cet été, il est surtout remarquable par le fait que c’est la première fois qu’un sondage de ce type donne pour résultat une majorité relative de Flamands en faveur de l’indépendance.

 

Comme pour conjurer le sort et pour démentir les signes alarmants des derniers jours[1], le journal Le soir s’empresse aujourd’hui de citer une étude menée sur plusieurs mois par un universitaire flamand, laquelle démontrerait qu’il y a… 9% de séparatistes en Flandre, et que ce pourcentage n’a pas varié depuis 1991. http://www.lesoir.be/actualite/belgique/seulement-9-des-flamands-2008-06-10-604560.shtml

 

De même, un sondage en ligne réalisé en début de semaine par le journal Metro en réaction à un entretien accordé à Jules Gheude, 75% de personnes sondées en ligne préfèrent un rattachement à la France à une Wallonie indépendante en cas de disparition de la Belgique. Par ailleurs, un sondage réalisé pour le journal Vers l’Avenir donnait lui … 20% seulement des opinions à la solution française (c’est moins que lors d’un sondage similaire réalisé en 2004).

 

Alors qui faut-il croire ? Y a-t-il 50% de séparatistes en Flandre ou à peine 10% ? Y a-t-il en Wallonie et à Bruxelles 75% de rattachistes potentiels ou seulement 20% ?

 

En fait, tout dépend de la manière dont on pose la question et des réponses qui sont proposées. C’est évident. Si nous avions demandé en avril 2007 à un panel représentatif de Wallons « Voulez vous liquider la Belgique pour rattacher la Wallonie à la France », nous aurions obtenu très peu de « oui » (probablement 2%, si l’on en croit les meilleurs résultats électoraux du RWF).

Si par contre nous demandions aujourd’hui à ce même panel : « et si la Belgique devait disparaître, préféreriez-vous rejoindre la France ou former une Wallonie indépendante », le résultat en faveur de la première solution dépasserait certainement les 50%. Si on ajoute d’autres possibilités de réponses (comme un « rattachement » au Grand-Duché de Luxembourg ou une Belgique résiduelle Wallonie-Bruxelles), la solution française y perdrait automatiquement des points. On peut tenir le même raisonnement pour le taux de séparatistes en Flandre.

 

Cela veut simplement dire que deux personnes ayant une vision très différente d’une même réalité pourront donner une même réponse à une question simple, sans pour autant être d’accord sur le fond.

 

Pour le dire autrement, la Belgique idéale du Flamand moyen est une « Belgique confédérale à deux » (Flandre-Wallonie), alors que la Belgique idéale du francophone moyen serait plutôt une Belgique unitaire unilingue ou une Belgique fédérale à trois (Flandre-Wallonie-Bruxelles). Si à la question « voulez-vous liquider la Belgique », le Flamand et le Wallon moyen répondent tous deux « non », doit-on en conclure qu’il n’y a pas de risque que la Belgique éclate prochainement ? Certainement pas, car la vision de l’un et de l’autre n’en restent pas moins profondément divergentes.

 

Et les exigences de part et d’autre en matière institutionnelle étant absolument irréconciliables, c’est bien à un constat d’incapacité de s’entendre que l’on risque d’arriver. Et comme dans un couple, lorsque les intérêts de l’un ne sont plus conciliables avec ceux de l’autre, on peut très bien décider de se séparer. Même si le partage des biens est un vrai casse-tête et même s’il est « plus simple » bien souvent de rester ensemble, « pour les enfants ».

 

Disons-le une fois pour toutes : non, la majorité des Flamands ne veut pas « liquider la Belgique un point c’est tout ». Mais entre un status quo et l’indépendance, après une longue période de crise, d’incertitude, de doute et de lassitude grandissante (ça ne vous rappelle rien ?), il est très probable qu’une majorité de Flamands choisiront l’indépendance.

 

En conclusion : si les sondages s’avèrent contradictoires, il y a bien une réalité qui elle, est incontournable, et qui ne permet guère de se laisser aller à l’optimisme : le résultat des urnes.



[1] On notera aussi la sortie remarquée de Marianne Thyssen, la toute nouvelle présidente du CD&V, qui a menacé lors d’un meeting à … Plopsaland le week-end dernier de remettre en cause la solidaité nationale voire le pays tout entier s’il n’y avait pas pour le 15 juillet une réforme de l’état à la hauteur des promesses électorales du CD&V…

On retiendra surtout que notre presse francophone, toujours à la recherche de bons flamands introuvables, présentait encore il y a peu Marianne Thyssen comme une « politicienne européenne, donc forcément modérée »… quelle naïveté !


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 5 juin 2008 - La Flandre nationaliste s’organise Minimize

Un grand rassemblement des forces nationalistes et indépendantistes flamandes est-il à l’ordre du jour ?

 

Il est en tout cas question d’appels du pied du Vlaams Belang (20% des électeurs flamands) et de discussions entre ses instances et celles de la Lijst De Decker (6%) et de la NVA ( -5%) en vue de l’éventuelle création d’un nouveau parti flamand que certains nomment déjà « Forza Flandria ».

 

Philip de Winter, figure de proue du Vlaams Belang, a même l’honneur d’une interview dans le premier quotidien flamand « Het laatste nieuws » de ce 5 juin 2008 (des extraits sont à lire ici, traduction par Jules Gheude http://www.deboutlawallonie.net/Lupourvousdanslapresseflamande/tabid/92/Default.aspx)

 

De Winter : « Je trouve que nous devons être créatifs pour réunir toutes les forces qui visent l’indépendance flamande. Les grands egos, les agendas et les intérêts partisans doivent s’effacer devant le but commun, précisément parce que c’est aujourd’hui une occasion historique »

 

Tout est dit. Si un tel parti voyait le jour et s’il se présentait aux électeurs flamands dans le climat d’incertitude politique et de crise gouvernementale que nous connaissons, il peut espérer au bas mot un score de 30% des suffrages, ce qui en ferait le premier parti ou cartel de Flandre.

 

Pourtant, cette entreprise ne manquera de rencontrer un obstacle, et de taille : car si les trois partis sont d’accord sur l’objectif à atteindre (bien que la LDD se dise plus volontiers « confédéraliste » que séparatiste), Jean-Marie De Decker et Bart De Wever se sont toujours ouvertement démarqués des thèses xénophobes propres au Vlaams Belang. Ils réfléchiront certainement à deux fois avant de compromettre leur image de démocrate pour une entreprise somme toute risquée.

 

On pourrait toutefois voir dans un tel cartel une nouvelle perspective politique, voire une porte de sortie pour Bart de Wever : on sait à quel point il est mal à l’aise dans son cartel avec le CD&V : obligé par celui-ci à revoir à la baisse ses exigences communautaires, il a donné son soutien au gouvernement Leterme sans toutefois en faire partie, et sans aucune perspective d’accord communautaire ni scission de BHV… C’est une posture quelque peu délicate pour un parti indépendantiste, qui le met en défaut face à ses électeurs à à peine un an d’élections régionales décisives.

 

Car la victoire électorale de juin 2007, et la représentation de la NVA au Parlement dépendent de l’existence du cartel CD&V/NVA, et Bart de Wever le sait très bien. Et il est loin d’être certain que son parti obtiendrait 5% des suffrages s’il se présentait seul face à l’électeur, seuil sous lequel un parti n’a pas de parlementaire. Alors qu’en cas d’alliance avec De Decker et/ou avec le Vlaams Belang, la survie de son parti serait non seulement garantie, mais un succès électoral certain lui serait presque acquis.

 

Cela va négocier probablement négocier ferme dans les prochains jours …

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 5 juin 2008 - Le dossier des tracts électoraux d’Anne-Marie Lizin est à l’instruction Minimize

 

http://www.lesoir.be/actualite/belgique/tracts-a-huy-le-dossier-est-a-2008-06-04-603286.shtml

 

On se souvient de cet épisode peu glorieux de la démocratie wallonne (voir mon billet du 3 janvier 2008 ci-dessous intitulé « de la normalité des pratiques politiques douteuses en Wallonie »).

 

Le ministre de tutelle Philippe Courard avait politiquement blanchi la bourgmestre de Huy (PS tout comme lui) en refusant de la sanctionner. Il n’avait probablement pas osé prendre ses responsabilités politiques en s’attaquant à son propre camp.

 

Pas vu pas pris. L’affaire aurait pu en rester là. Mais le juge d’instruction qui a hérité du dossier a néanmoins estimé que les faux constatés valaient l’ouverture de compléments d’enquête. Le dossier est donc à présent à l’instruction.

 

Si cette instruction débouche sur un procès et que la bourgmestre est condamnée dans cette affaire, la gifle politique risque bien d’être salée pour le ministre Courard, pour tout le gouvernement wallon, et naturellement pour le PS. Car cela voudra dire qu’un ministre a politiquement couvert de son poids de ministre les agissements condamnables en justice d’une amie politique… On fait mieux en terme d’image et de « bonnes pratiques politiques »…

 

Affaire à suivre.


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 30 mai 2008 - Tensions belgo-congolaises - retour sur un dossier communautaire inattendu Minimize

Notre ministre fédéral flamand des Affaires étrangères Karel de Gucht s’est illustré dernièrement avec son franc parler légendaire.

 

Lors d'une mission diplomatique en République démocratique du Congo il y a 2 semaines, où il était accompagné de nos ministres de la défense (De Krem) et de l'aide au développement (Michel fils), il s’était déjà permis de faire la leçon au président Kabila pour les violations des droits de l'homme au Congo, la passivité du pouvoir en place et les privilèges honteux de Kabila et de son entourage. Ces critiques exprimées en termes très peu diplomatiques avaient été très mal pris, on s’en doute. Mais c'est surtout dans la forme que Karel de Gucht a été maladroit, car sur le fond tout le monde est à peu près d'accord en Belgique, du côté flamand comme du côté francophone.

 

Aller parler ainsi dans des milieux diplomatiques et en tant que Ministre des Affaires étrangères, en plus dans une ancienne colonie où notre régime colonial - d'une brutalité inouïe - a laissé des traces et beaucoup de rancœur dans la population congolaise, c’est plus que maladroit, c'est carrément déplacé.

 

Depuis ce « malentendu » sur place, Karel de Gucht a récidivé lors d’un conseil des Ministres et en réponse à des questions des ministres francophones sur ce malentendu. Il aurait parlé d'un « droit moral d'ingérence » de la Belgique au Congo en vertu des liens historiques entre les deux pays et de l'aide au développement que nous y déversons.

 

En matière de « liens historiques », la première chose que la Belgique devrait décemment faire, c'est s'excuser pour les atrocités commises dans notre colonie à l’époque du roi Léopold II. A ce titre, nous y avons un devoir moral, mais certainement pas un « droit ».

 

Quant à l'aide au développement, elle s'élève à -200.000.000 d'euros par an. C'est proprement risible quand on compare cette somme à ce que les Etats-unis et la Chine par exemple investissent au Congo chaque année.

 

Bref, nous sommes des nains, et nous n'avons aucune légitimité pour donner des leçons au Congo. En tout cas pas sur un ton arrogant et post-colonial.

 

De manière assez inattendue, on a pu constater dans nos presses flamande et wallonne une fracture d'opinion au sujet de ces événements, fracture difficilement compréhensible. Car si les francophones sont globalement d'accord avec le fond du message de Karel de Gucht, ils en critiquaient surtout la forme.

 

Ce dossier n'avait rien de communautaire a priori. Or, la presse flamande s'est empressée de nous donner la leçon (aux francophones, voir à ce sujet la rubrique « lu pour vous dans la presse flamande » sur ce même site) de manière un peu idiote, en prétendant que les Wallons étaient contre le fond du message du ministre de Gucht, et qu'il était étonnant qu'on fasse la cour à un dictateur. Sans oublier les parallèles douteux que l’on a pu faire ci et là entre « Wallon laxiste (et assisté) » et « Kabila profiteur et dictateur ». En d’autres mots « comme pour la Wallonie, l’argent (flamand) que nous déversons au Congo nous y donne un droit d’ingérence ».

 

Nous sommes décidément incapables de nous entendre, mais en plus nous faisons maintenant dire à l'autre ce qu'il ne dit pas, et ne pense pas. Comme dans un vieux couple aigri qui se déchire.

 

On sait que dans ces cas-là, le divorce est souvent la meilleure solution. Espérons que nous aurons la lucidité de divorcer à l'amiable avant que les assiettes ne commencent à voler...


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 21 mai 2008 - Le droit belge est-il toujours d’application en Flandre ? Minimize

On peut sérieusement se poser cette question lorsqu’on prend connaissance d’un jugement rendu par la cour d’appel de Bruxelles (chambre flamande), jugement acquittant un assesseur flamand récalcitrant. Cet assesseur avait refusé de remplir son devoir (et donc violé la loi) sous prétexte que l’arrondissement de BHV n’était pas scindé.

 

Le journal Le Soir cite l’agence Belga et reprend et détail cette information : http://www.lesoir.be/actualite/belgique/un-assesseur-recalcitrant-de-2008-05-20-599592.shtml

 

Cela ressemble furieusement à un « coup d'état flamand légalisé ».

 

Ce n’est pas tant l’acquittement de cet assesseur qui est en soi choquant, mais plutôt la justification que la Cour s’est sentie obligée (?) de donner à cet acquittement.

 

Que la loi belge soit lacunaire et ne détermine pas ce qu'un juge doit considérer comme une « raison valable » de ne pas siéger comme assesseur, soit. Le doute ou le vide juridique doit toujours profiter à l'accusé. C’est normal.

 

Que l'objection de conscience puisse être retenue dans un cas de ce genre, est compréhensible.

 

Ce qui est très étonnant par contre, pour ne pas dire choquant, c’est la justification de la position de l’assesseur récalcitrant par la Cour (je cite ici l’article du Soir): « avant les élections du 10 juin, plusieurs personnalités flamandes ont estimé que la tenue de ces élections était inconstitutionnelle. La cour note aussi que le parlement flamand a considéré, en 2003, qu’il n’était plus possible de défendre auprès de la population flamande que les électeurs flamands de BHV soient traités autrement que les francophones. Elle constate encore qu’une série de communes de cet arrondissement ont décrété ne pas pouvoir organiser ces élections. Enfin, la cour souligne que le président du bureau de vote de Lennik a estimé ne pas pouvoir accepter les justifications fournies par l’assesseur récalcitrant, alors que de nombreux présidents d’autres bureaux de vote les ont acceptées. »

 

Ce que le juge fait ici n’est rien d’autre que subordonner la Loi belge au « droit » flamand ou plutôt à l' « air du temps » en Flandre, au consensus flamand généralisé qui voudrait que BHV soit scindé sans compensation, et sans délais.

 

En d’autres mots, on justifie l'appel général à l'incivilité qui prévaut en Flandre concernant BHV, pour acquitter une personne qui viole la loi.

 

Jugement politique ? Les juristes trancheront.

 

Quoi qu’il en soit, un tel jugement pourrait avoir des conséquences gravissimes en faisant jurisprudence et en cautionnant l’incivisme en Flandre dès lors qu’ « on estime que les intérêts flamands sont bafoués. »

 

Sur le fond, cet arrêt au moins aussi grave que celui de la chambre flamande du conseil d’état qui en 2004 s’est abstenue de considérer la circulaire (régionale) Peeters comme illégale alors qu’elle interprétait une compétence … fédérale.

 

D’où ma question : la loi belge est-elle encore d’application sur le sol flamand ?

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 9 mai 2008 - Très longue nuit à la Chambre Minimize

Pour un résumé des événements à la Chambre  la nuit dernière : http://www.lesoir.be/actualite/belgique/les-flamands-tordent-le-cou-2008-05-09-597262.shtml

 

Les partis flamands ont finalement imposé à l'ordre du jour de la Chambre un vote sur la scission de BHV, prêts qu'ils étaient à passer en force comme ils l’ont fait le 7 novembre dernier. Pour empêcher un vote, les francophones ont introduit une série d'amendements à la proposition de loi demandant à ce qu'ils soient examinés par le conseil d'état. La procédure parlementaire est donc suspendue pour le moment. Dans la foulée, le parlement des bruxellois francophones, la COCOF (« Commission communautaire française ») devrait introduire une nouvelle procédure en conflit d'intérêt comme l’avait fait la Communauté française au lendemain du 7 novembre 2007, pour geler à nouveau le dossier pour 120 jours.

 

Les chefs de partis et parlementaires francophones étaient calmes ce matin à la radio. Mais ils considèrent l'action flamande comme une agression et une rupture de confiance sans précédent. Apparemment, ils vont maintenant mettre en cause la première partie de la réforme de l'état, celle qui avait été acquise en mars. Quant à la deuxième phase de juillet (celle qui dans l'accord de gouvernement devait notamment inclure une solution négociée pour BHV), elle passera probablement à la trappe.

 

Les francophones vont à présent attendre un geste des flamands. Didier Reynders déclarait ce matin sur Matin Première qu'il « attendait des propositions flamandes, à présent » et qu'il « n'avait pas encore entendu parler d'élargissement de Bruxelles » (sous-entendu: « c'est là notre exigence minimale à la scission de BHV »).

 

Pour rappel, la fronde flamande de cette nuit a été menée par le CD&V, le propre parti du premier ministre d'Yves Leterme, qui a été incapable de convaincre ses propres troupes de ne pas relancer le dossier BHV avant le 15 juillet ... Premier ministre et gouvernement sont affaiblis, donc.

 

Enfin, les francophones ont eu des mots très durs (mais dignes) à l'égard des flamands, lors de la séance cette nuit.

 

Conclusion, il y a une nouvelle crise de confiance totale entre les parties, et on repart à zéro dans la réforme de l'état. BHV n’est pas scindé, et les échéances électorales de 2009 approchent.

 

Tout cela ne pourra tenir très longtemps.


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 8 mai 2008 - « Et si on devenait français » ? Minimize

C’était le titre de l’émission « Question à la une »[1] présentée hier soir par Jean-Claude Defossé.

 

J’appréhendais avec un peu d’angoisse cette émission, car le ton désinvolte qui est généralement le sien aurait pu se faire un plaisir de railler l’idée réunioniste de toutes les manières faciles qui soient.

 

Et bien pas du tout, je dois même dire que j’ai été très agréablement surpris. Les auteurs de l’émission auraient voulu faire l'apologie de l'idée rattachiste qu'ils ne s’y seraient pas pris très différemment.

 

Après un petit reportage sur une visite de militants du RWF, dont son président Paul-Henri Gendebien, sur le marché et à la mairie de la ville de Givet dans les Ardennes françaises, après plusieurs « micro-trottoirs » dans la rue à Lille et à Paris, puis à l’Assemblée nationale, l’impression générale qui ressort de l’émission est – même si on donnait la parole à des gens « sceptiques » à l’idée (Hervé Hasquin, Sabine Laruelle) – que les Français sont prêts à nous accueillir à bras ouvert, que les politiques français sont certes prudentissimes mais a priori disposés à en discuter, que la France pourrait y trouver son intérêt, que les deux « peuples »[2] sont très proches de par l’histoire, la langue et la culture, et que, sommes toutes, le rattachement à la France ne changerait pas grand chose à notre quotidien.

 

Comme pour donner un peu de corps à l’idée, pour lui donner un caractère légitime et lui coller des têtes connues, l’émission a longuement donné la parole à Daniel Ducarme et à sa proposition de créer une « Belgique française » avec un statut spécial à la polynésienne, ou encore aux convictions rattachistes non-avouées de nombreux élus PS défendus ici par Claude Eerdekens, dont les penchants rattachistes sont archi-connus depuis sa fameuse déclaration à la Chambre en tant que chef de groupe PS en 1996[3].

 

La conclusion de l’émission est que le rattachement n’était pas à l’ordre du jour tant que la Belgique existera, mais que si elle devait disparaître, tout est possible.

 

Tout cela en dit long sur ce qui se dit en coulisses. On sait comme la RTBF est un organe public politisé et que sa direction est proche du PS. Le simple fait qu’une telle émission ait été diffusée est un signe des temps. Et les temps changent.

 

Je conclurai ce billet sur cette réponse d’un Parlementaire français à l’Assemblée nationale à la question « seriez-vous prêts à accueillir les Belges francophones au sein de la République si la Belgique devait disparaître » :

 

« Quand on aime beaucoup quelqu’un, on ne le laisse pas tout seul »…

 

 

 



[1] C’est au cours de cette fameuse émission qu’avait été diffusé le faux journal télévisé de décembre 2006 annonçant la déclaration unilatérale par la Flandre de son indépendance, le fameux « docu-fiction » qui a fait couler tant d’encre…

[2] Les peuples « français » et « belges ». Pour ces derniers le reportage substituait sans précautions « Belges » à « Belges francophones » ou encore à « Wallons ».

[3] S’adressant aux Parlementaires flamands il avait alors déclaré en substance « Nous Wallons sommes fiers d’être proches d’un grand pays comme la France. Si vous Flamands voulez votre indépendance, ne vous étonnez pas d’avoir un jour la France aux portes de Bruxelles. Si c’est ce que vous voulez, allez-y ! ».


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 8 mai 2008 - Votera ? Votera pas ? Minimize

Aujourd’hui est le grand jour à la Chambre. A l’heure où j’écris ces lignes, on ignore encore le déroulement précis des événements de la journée à la Chambre. Je veux naturellement parler du vote pour la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

 

Les partis flamands sont prêts à voter et ils comptent bien mettre le vote à l’ordre du jour de la séance. On ignore quelle sera la réaction des francophones. Aux dernières nouvelles hier soir, ils étaient d’avis de ne pas laisser le vote avoir lieu et voulaient actionner l’un ou l’autre des leviers de sauvegarde que la loi met à leur disposition (sonnette d’alarme, procédure en conflit d’intérêt, introduction d’amendements à évaluer par le conseil d’état, etc). Le tout ferait gagner du temps mais ne solutionnerait bien sûr pas le fond du problème.

 

De la réaction francophone dépendra l’avenir immédiat : chute du gouvernement ? Nouvelle crise aiguë ? Les prochaines heures seront cruciales…

 


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 28 avril 2008 - Enervements et chipotages… en attendant le « coup de poing » ? Minimize

Enervements et chipotages… en attendant le grand « coup de poing » ?

 

Comme l’on devait s’y attendre, la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde est revenue en fin de semaine dernière à l’avant-scène de la politique belge, pour le meilleur ou pour le pire.

 

La raison en est que la procédure en conflit d’intérêt introduite par la Communauté française est arrivée à terme. Le dossier peut donc logiquement reprendre son chemin au Parlement[1].

Les partis flamands, et singulièrement la NVA et la Lijst De Decker, mais aussi l’extrême droite nationaliste du Vlaams Belang, trépignent d’impatience et veulent mettre le vote à l’ordre du jour du Parlement, en séance plénière cette fois, le plus rapidement possible. Ils sont suivis par un certain nombre de parlementaires CD&V, le parti d’Yves Leterme.

 

La logique flamande est aussi limpide qu’elle est de mauvaise foi : « la démocratie c’est la voix de la majorité. Il faut laisser s’exercer la démocratie et laisser la voie parlementaire suivre son cours ». La position francophone est diamétralement opposée : ‘l’accord de gouvernement prévoit une seconde phase de la réforme de l’état pour juillet et il a été convenu de trouver une solution négociée à BHV dans le cadre de cette 2ème phase. »

 

Au grand dam d’Yves Leterme, qui en est réduit depuis plusieurs jours à demander aux francophones de lancer une seconde procédure en conflit d’intérêt à partir du Parlement wallon, ce qui lui ferait gagner encore 2 mois, espérant ainsi trouver une solution négociée in extremis et éviter un vote suicide au Parlement.

 

Jusqu’à présent les francophones se sont refusé à envisager cette éventualité, appelant sereinement les partis flamands à respecter l’accord de gouvernement… Le problème est que si la scission de BVH est inscrite à l’ordre du jour du Parlement, peu de parlementaires flamands oseront s’abstenir de voter la scission.

 

Si un vote intervient en séance plénière et que la scission est votée, on ne parlera plus de gifle. On parlera carrément de poing dans la figure.

 

Le gouvernement n’y survivrait certainement pas, ce qui plongerait à nouveau la Belgique dans une crise longue et aiguë. La confiance entre Flamands et francophones étant au plus bas et la lassitude des populations étant ce qu’elle est, le pays n’y résisterait peut-être pas.

 

A suivre.



[1] L’objectif de cette procédure francophone était de bloquer pour un temps la scission de l’arrondissement, qui pour rappel avait été votée le 7 novembre 2007 dernier en Commission de l’Intérieur de la Chambre voix flamandes contre voix francophones, dans un geste agressif sans précédent où la communauté majoritaire flamande a tenté d’imposer sa volonté à la minorité francophone par la force du nombre et à l’unanimité des voix moins une (groen), tous les partis flamands dits démocratiques s’étant rangés derrière l’extrême droite ultra-puissante du Vlaams Belang.


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 17 avril 2008 - Au revoir, Communauté française … Minimize

 

En soutenant un « frémissement régionaliste » récent, nous ne nous étions pas trompés…

 

Alors que certains condamnaient encore récemment le mouvement régionaliste wallon, le taxant de « repli sur soi » identitaire sans autre forme de réflexion, beaucoup constatent aujourd’hui que l’idée de déplacer le centre de gravité politique francophone d’une communauté à deux régions est finalement plutôt bonne.

 

Tellement bonne que les deux ministres présidents régionaux socialistes francophones, Charles Picqué pour Bruxelles et Rudy Demotte pour la Wallonie, en font à présent leur credo institutionnel. Le Soir couvre cette information http://www.lesoir.be/actualite/belgique/politique-un-texte-qui-2008-04-17-592186.shtml

 

Le vent est donc bel et bien en train de tourner.

 

Enterré le projet d’une fusion illusoire de toutes les institutions francophones en une seule « entité Wallonie-Bruxelles » [1] ! Les régions, la Wallonie et Bruxelles, se voient à présent défendues par leur propre ministre président. Elles sont amenées à jouer le premier rôle. Pour les imminents débats institutionnels, c’est une bonne chose. Et c’est aussi une bonne chose quoi qu’il arrive, car à présent la Flandre aura comme interlocuteurs deux régions francophones fédérées mais distinctes, et elle devra se repositionner.

 

Pour le dire platement, on est plus fort à « deux contre un » qu’à 40% contre 60.

 

La pièce a dû tomber côté francophone. C’est peut-être, paradoxalement, l’effacement et la mise en cause récente du leadership d’Elio Di Rupo au Parti socialiste[2] qui aura permis aux deux ministres-présidents francophones de se jeter à l’eau.

 

Seule l’autonomie constitutive totale devra encore être obtenue pour la région de Bruxelles-Capitale. Voilà qui promet d’âpres négociations avec la Flandre, qui ne manquera pas de faire monter les enchères…

 


[1] Cette idée était mauvaise car elle occultait carrément les particularités des uns et des autres en les noyant dans un « tout francophone ». Cette idée était aussi et surtout illusoire parce que pour toucher aux communautés, l’assentiment flamand aurait été nécessaire afin d’atteindre une majorité des deux tiers. Or on sait que la Flandre a besoin de "sa" communauté pour garder un pied dans Bruxelles.

 

[2] Les « affaires » Laloux et Lizin, la sortie récente de Philippe Moureaux, la fronde « régionaliste » des Van Cauwenberghe et Happart, etc …


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 16 avril 2008 - Faisons-le point… Minimize

Quelques semaines après l’instauration de ce que l’on a appelé un « gouvernement définitif », on peut avoir l’impression, lorsque l’on suit l’actualité à distance, que la marmite communautaire s’est refroidie et que la crise belge connaît un creux.

 

Il n’en est rien.

 

Car si un gouvernement est bien en place et qu’il vaque à ses occupations, l’observateur attentif et le lecteur régulier de la presse, flamande comme francophone, s’aperçoivent bien que le couvercle de la marmite commence déjà à remuer sérieusement…

 

Comme l’on pouvait s’y attendre, remettre le couvercle sur cette marmite n’aura eu comme effet que d’amplifier les frustrations flamandes à voir leur réforme de l’état ainsi bloquée et reportée sine die. Les libéraux francophones, affichant une arrogante sérénité, ont dernièrement fait quelques déclarations qui ont automatiquement été prises pour de la provocation, côté flamand [1]. Ceci illustre bien de la difficulté, l’impossibilité d’instaurer un climat propice à des discussions communautaires dépassionnées.

 

Egalement, si l’humeur des uns peut varier et si les intérêts tactiques et électoraux des autres peuvent les amener à adoucir leur ton provisoirement, force est de constater que les « fondamentaux », eux, n’ont pas changé d’un poil :

 

La Flandre (les partis, la presse, l’opinion, les milieux économiques) attend - rapidement - une profonde réforme de l’état. Et on le sait, les francophones ne sont pas prêts à céder sur les points les plus importants de cette réforme, en matière de sécurité sociale et de fiscalité notamment.

 

Par ailleurs, le contentieux sur les dossiers symboliques - mais cruciaux car ils focalisent toutes les tensions – reste entier : la frontière linguistique, c’est à dire la scission de l’arrondissement de BHV et l’élargissement de la Région bruxelloise, l’usage du français dans les communes francophones de Flandre dites « à facilité » et les dossiers connexes, comme la non-nomination des 3 bourgmestres francophones de la périphérie, l’inspection scolaire francophone dans les écoles de ces communes, etc, sans même parler des dossiers « socio-économiques » divers où le communautaire prend à présent systématiquement le dessus, comme le suivi des chômeurs[2] ou encore la gestion des nuisances sonores de l’aéroport de Bruxelles-National.

 

On peut le dire sans hésitation : les dossiers pourris sont tous en train de ressortir du frigo, et la marmite est à nouveau prête à déborder.

 

Dans ces conditions, pas de confiance, par de réforme de l’état. Or les derniers sondages montrent qu’en Flandre, la Lijst De Decker et le Vlaams Belang, loin de perdre du terrain, semblent encore conforter leurs positions.

 

Juillet 2008 c’est demain. Juin 2009 et les élections régionales, c’est après-demain.

 

Le problème reste entier. On n’a même pas encore abordé les sujets qui fâchent que leur simple évocation braque à présent immédiatement les esprits.

 

Qui peut encore croire à un accord communautaire global pour juillet 2008 ?

Qui croit encore à l’apaisement communautaire à court ou moyen terme ?

 

Dans ces conditions et dans de telles circonstances, qui peut encore croire, honnêtement, à la pérennité de la Belgique ? L’heure est plus que jamais à la préparation de notre avenir immédiat dans l’après Belgique.



[1] Olivier Maigain, soutenu par Didier Reynders, déclarait par exemple dernièrement qu’il considérait la nomination des 3 bourgmestres francophones de la périphérie comme un préalable à toute poursuite des discussions institutionnelles… et qu’en refusant une seconde fois de nommer ces bourgmestres, lesquels viennent de représenter leur candidature, soutenue par tous les partis francophones, Marino Keulen « refermait le dialogue communautaire ».

[2] La lecture des derniers éditoriaux flamands est éloquente : même le quotidien de gauche De Morgen, généralement très conciliant en matière communautaire, semble à présent se radicaliser : http://www.deboutlawallonie.net/Lupourvousdanslapresseflamande/tabid/78/Default.aspx


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 7 avril 2008 - Des « Belgicains » aux abois saccagent les locaux de la N-VA. Minimize

Une dépêche Belga nous apprend que les locaux bruxellois du parti flamand indépendantiste et démocratique N-VA (« Nieuw-Vlaamse Alliantie ») ont été la cible de vandales ce week-end.

 

« Le siège de Nieuw-Vlaamse Alliantie a reçu la visite de vandales, samedi matin, rapporte le quotidien flamand Het Nieuwsblad. Sur foi de propos du porte-parole du parti nationaliste, le quotidien a attribué les actes commis à des belgicains.

D’après le porte-parole, cité par le journal, les auteurs se sont introduits dans les locaux, via un mur donnant accès à une fenêtre située au premier étage du bâtiment situé rue de la Charité, à Bruxelles.

Ils ont endommagé plusieurs ordinateurs, jeté une chaise par la fenêtre, et remplacé le drapeau du lion des Flandres par un drapeau belge.

La N-VA a déposé plainte. Selon son porte-parole, un passant a filmé les vandales. Les images ont été transmises à la police. »

(d’après Belga)

 

On ne peut que condamner fermement ces actes inacceptables de violence gratuite.

 

Ces faits illustrent bien à quel point la N-VA est considérée par certains – à tort -comme la source du problème belge. Car elle n’est que la « face visible de l’iceberg ».

Ce petit parti pivot joue certainement un rôle charnière dans la crise que traverse la Belgique car il détient la clef de la victoire du cartel CD&V/N-VA aux dernières élections et il est nécessaire à la majorité dans le groupe flamand au fédéral. Mais il représente bien plus que les quelques pour cents d’électeurs qui ont voté pour eux. Ils représentent aussi la face cachée, c’est à dire pour ce qui est de la volonté d’indépendance pour la Flandre, les 25 à 30% d’électeurs de la Lijst De Decker et du Vlaams Belang, exclus d’office de toute négociation car jugés « non fréquentables ».

 

Ces événements représentent une première il faut bien le dire, et montrent que les nationalistes flamands du Voorpost, du TAK et du Vlaams Belang, n’ont pas le monopole de la violence. Cela n’augure rien de bon pour la suite des événements  si des groupuscules ultra-Belgicains obtus et prêts à tout font leur apparition… Espérons qu’il s’agit de faits isolés, et qui le resteront.


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 2 avril 2008 - Poisson d’avril ! Minimize

La sympathique tradition du poisson d’avril a la vie dure dans notre presse francophone belge.

 

Nous avons eu droit hier à quelques exemples croustillants en la matière, et singulièrement, tous ces exemples sont en rapport avec les dernières histoires communautaires flamandes.

 

Jean Quatremer a très bien résumé la chose sur son blog : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2008/04/rions-un-peu-av.html?cid=109100302#comments

 

J’épinglerai comme lui le poisson d’avril de la DH, expliquant que la Wallonie était en train de racheter les portions flamandes des autoroutes E411 et E40 pour assurer le trafic entre la Wallonie et Bruxelles…

 

C’est assez joli comme poisson d'avril. Mais je n’ai pu m’empêcher de faire le lien entre cette farce et une autre affaire, parfaitement sérieuse celle-là : l’affaire en question montre que sur les dossiers de ce genre, l'absurdité de notre vie politique belge peut prendre des airs de poissons d'avril les 364 autres jours de l'année. Ainsi, sur cette autoroute E411 reliant la Wallonie à Bruxelles, la Région wallonne a mis en service il y a quelques années les « Rapido Bus », des lignes de bus rapides entre Wavre, Louvain-la-Neuve et Bruxelles.

 

L'objectif de ces lignes étant d'inciter les gens à laisser leur voiture au garage pour favoriser les transports en commun, les Régions wallonnes et bruxelloises ont aménagé la bande d’arrêt d'urgence le long de l’E411 pour que seuls ces bus puissent y circuler aux heures de pointes, leur évitant ainsi les bouchons et faisant gagner un temps précieux aux navetteurs (wallons, en l’occurence).

 

Qui s’en étonnera: la Région flamande a refusé, pour le tronçon qui traverse son territoire c’est à dire quelques kilomètres tout au plus, d'accorder les permis nécessaires. Résultat: ces bus rapides évitent les bouchons en région wallonne, mais une fois arrivés à la frontière flamande, ils doivent se rabattre à gauche dans les bouchons flamands... pour à nouveau les quitter une fois atteinte la frontière de la région de Bruxelles-Capitale.

 

Nous sommes le 2 avril, ceci n’est pas un poisson d’avril...

 

Pays surréaliste ?

Ou pays des vexations ethnico-linguistiques gratuites ?


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 26 mars 2008 - Où cela s'arrêtera-t-il? Minimize

Quand l'administration d'un état se met à discriminer ...

Liedekerke ne veut que des néerlandophones sur ses plaines de jeux

LIEDEKERKE 25/03 (BELGA)

Le nouveau règlement des plaines de jeux à Liedekerke, commune du Brabant flamand, prévoit que le moniteur principal pourra refuser des enfants qui ne parlent pas ou ne comprennent pas le néerlandais. Les activités qui sont organisées ne seront en outre accessibles qu'aux enfants qui vivent dans la commune ou qui ont un lien familial avec un habitant de la commune.
La commune a pris cette mesure à la suite des problèmes de communication qui se sont posés à plusieurs reprises dans le passé. "Quand il faut s'occuper d'un groupe d'enfants et les laisser jouer en toute sécurité, il est important qu'ils comprennent ce que les moniteurs leur disent. Dans le passé, nous avons eu beaucoup d'enfants qui venaient dans nos plaines de jeux, même de Bruxelles, et qui ne connaissaient pas le néerlandais", a expliqué le bourgmestre Luc Wynants (CD&V) sur les ondes de la station flamande Radio 2./.NBA/JLS
 
Rien de neuf sous le soleil flamand, me dira-t-on. Rien de neuf certes, mais un nouveau pas est tout de même franchi. Car un règlement qui discrimine des enfants ne peut être justifié d'aucune manière. Aucune. Le code flamand du logement et d'autres règlements communaux, aussi détestables soient-ils, permettaient encore une justification "rationnelle" car ils visaient selon leurs promoteurs à l' "intégration" et à l'harmonie sociale en Flandre.
 
Ici, rien de tout cela. Non, on permet juste à un gros bras d'interdire l'accès d'une plaine de jeux à des enfants (!) en fonction de critères "linguistiques" laissés à son seul bon vouloir. Le délit de sale gueule rendu légal. Contre des enfants.
 
C'est intolérable. Tout démocrate, et en priorité les démocrates flamands, devraient s'insurger contre un tel règlement et contre le main stream sociétal où un tel règlement peut sembler "pas choquant" à une majorité de citoyens.
 
Le racisme est latent dans toute société. Mais dans une société saine, un contre-poids et une éducation permanente doivent être exercés par les milieux politiques démocratiques, par les milieux universitaires, par les éditorialistes pour le contrer. Cela pour éviter que des idées racistes nauséabondes n'aient droit de cité dans une société donnée. Mais lorsqu'une administration se met à édicter de telles règles, cela va beaucoup plus loin. Cette administration se rend complice, que dis-je, elle se rend coupable, de racisme ou d'incitation au racisme.
 
Il ne nous reste qu'à dénoncer, inlassablement. Mais il se trouvera forcément l'un ou l'autre ministre ou éditorialiste flamand pour trouver une justification à cet ignoble règlement. Honte à ceux-là.
 
Personnellement, faire partie d'un pays, d'un état où ce genre de règlements sont édictés, cela me fait froid dans le dos. Je ne le souhaite plus.
 
Où cela finira-t-il?

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 18 mars 2008 - « Ceci n’est pas un gouvernement définitif » Minimize

J’aurais presque pu copier-coller mon billet du 19 décembre dernier.

 

Car que l’on ne s’y trompe pas. Si ceci est bien, formellement, un gouvernement en bonne et due forme, c’est à dire un gouvernement qui aura la confiance des Chambres et un programme socio-économique et qui pourra aller plus loin que « gérer les affaires courantes » (rôle dévolu au gouvernement interim Verhofstadt 3), ce nouveau gouvernement n’a d’existence que parce que le CD&V a accepté d’y participer sans avoir obtenu en matière de réforme de l’état plus que des cacahuètes, pour paraphraser Bart de Wever.

 

En réalité ils ont déjà obtenu une « entrée chaude », mais ce n’est effectivement rien du tout comparé au « menu 12 services vins compris » que le CD&V/NVA avait promis à ses électeurs, et que le président du CD&V a d’ailleurs promis d’obtenir avant le mois de juillet prochain, faute de quoi les sociaux-chrétiens flamands quitteront le gouvernement Leterme. Le prochain rendez-vous est donc fixé au 15 juillet.

 

Il est difficile de faire un pronostic pour le futur proche. Qui aurait cru par exemple, en novembre 2007 c’est à dire au plus fort de la crise, que le CD&V aurait accepté de renier ses promesses électorales et d’entrer dans un gouvernement, qui plus est mené par leur ennemi héréditaire, Guy Verhofstadt  ?

 

Mais tentons l’essai. J’entrevois ainsi trois possibilités à court terme:

 

Soit une réforme de l’état peut être bouclée en trois mois. Une réforme profonde, incluant une solution négociée pour BHV, une réforme de la sécurité sociale qui donnerait à la Flandre ses leviers socio-économiques et sa fiscalité des entreprises tout en respectant la solidarité nationale sans faire perdre la moindre plume à quelque Belge francophone que ce soit. Autant dire que ce premier scénario est virtuellement exclu, tant les positions flamandes et francophones sont irréconciliables, tant le temps et la confiance manquent, et tant les sujets à aborder restent nombreux, et entiers.

 

Soit la réforme voulue par la Flandre est impossible à atteindre, et le CD&V tient parole cette fois, quitte le gouvernement, fait sombrer la Belgique dans la crise, et provoque des élections fédérales anticipées.

 

Soit enfin, on négociera une réforme de l’état « light » pour la deuxième phase prévue pour juillet, ce qui prolongera l’existence du gouvernement probablement jusqu’aux élections de 2009. Dans ce cas on peut prévoir une rupture du cartel CD&N/NVA et de longs et tumultueux débats en Flandre. Le CD&V se ferait pour ainsi dire « hara kiri » politiquement en s’aliénant non seulement son propre électorat, qu’il aura trahi, mais aussi les 25-30% d’électeurs nationalistes qui ont voté pour le Vlaams Belang et la Lijst De Decker en juin dernier.

 

Dans les deux derniers cas de figure, un grand bond en avant indépendantiste est prévisible en Flandre aux prochaines élections, fédérales anticipées ou régionales.

 

Mais il ne faut pas non plus sous-estimer l'imagination sans limite de nos chefs de partis, et leur toupet à faire prendre à leurs électeurs des vessies pour des lanternes (ceci a toutefois des limites). Il ne faut pas sous-estimer non plus la puissance de l’inertie et le goût du pouvoir pour le CD&V. Mais aussi, et surtout, la peur de plonger la Belgique dans sa crise finale. Ou plus exactement la peur de porter la responsabilité de la rupture…

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 12 mars 2008 - La Flandre, cette grande incomprise Minimize

La Flandre, cette grande incomprise 

 

Après le Conseil de l’Europe et le rapport Nabbholz-Haidegger enjoignant la Flandre à ratifier la Convention-Cadre sur la protection des minorités nationales[1], après la Commission européenne demandant plus récemment, inquiète, des explications à la Flandre au sujet d’un règlement communal à Zaventem entendant réserver la vente de terrains publics appartenant à la Commune aux seuls Flamands, c’est à présent au tour d’une Commission de l’ONU de se pencher sur le fameux « wooncode » flamand[2].

 

http://www.lesoir.be/actualite/belgique/le-wooncode-preoccupe-les-2008-03-11-583592.shtml

 

Le « Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale » est suffisamment inquiet du contenu de ce code pour avoir écrit à son sujet un rapport pointant du doigt des faits avérés de discrimination.

 

Le ministre flamand de l’intérieur, Marino Keulen (celui des 3 bourgmestres non nommés) se dit « irrité » par ce rapport, rappelant que le Conseil d’état (chambre flamande, tiens donc) l’a validé préalablement à son adoption[3].

 

Dans ce dossier comme dans les autres, le monde entier est unanime à trouver choquantes certaines politiques mises en œuvre par la Flandre. Il y a risque réel de discrimination induit par un règlement aux principes et aux effets « discutables », pour le dire en langage diplomatique.

 

Bien entendu, la Flandre se dit « irritée ». Car le monde entier se trompe, le monde entier interprète de manière fallacieuse les bonnes intentions flamandes qui, c’est évident, ont pour seul objectif la bonne entente entre tous les habitants sur son territoire.

 

Il faut se réjouir de ce rapport. Car même s’il restera sans effets concrets (n’étant pas juridiquement contraignant), il montre la Flandre du doigt pour des pratiques jugées inacceptables par tous, et lui rappelle certains principes démocratiques inviolables, telle que l’interdiction de conditionner certains droits fondamentaux à l’appartenance à un groupe ethnique ou linguistique ou à la « volonté d’apprendre une langue ».

 

Sans même s’en apercevoir, la Flandre s’isole en Europe et dans le monde.

 

Marino Keulen se penserait-il victime d’un complot international contre la Flandre ? Ne devrait-il pas mieux se remettre en question, à l’instar de 30% de ses compatriotes qui portent leur suffrage à des listes anti-démocratiques ou ouvertement hostiles aux francophones ?

 

Espérons que cette mise en garde de l’ONU contribuera à une saine prise de conscience en Flandre sur les abus qui y sont commis. Personnellement j’en doute.

 

A défaut, puissent ces mises en garde répétées ouvrir les yeux du monde sur ce qui se passe en Flandre, à 10km de la capitale de l’Europe …



[1] On se souvient encore de la réaction du Premier ministre Guy Verhofstadt à l’époque : « ce n’est pas à une Suissesse (NDA : Mme Nabbholz-Haidegger est suisse) à venir nous dire ce qu’est une minorité nationale en Belgique ».

[2] On a beaucoup parlé de ce code régional flamand du logement il y a de cela plusieurs mois. Ce règlement entendait notamment imposer aux candidats locataires de logements sociaux sur le territoire flamand de montrer patte blanche en démontrant leur  « volonté d’apprentissage du néerlandais ». Selon les autorités flamandes, le seul but était d’intégrer les personnes les plus faibles à la société flamande en leur permettant d’apprendre le néerlandais. Pour les francophones l’objectif poursuivi  était de pouvoir écarter les candidats non néerlandophones, c’est à dire les francophones, d’avoir accès à un logement social en Flandre.

Ce qui était surtout critiqué, c’était la discrétion laissée à l’administration flamande dans l’interprétation de ce qui serait une « volonté suffisante d’apprentissage du néerlandais ». Cette insécurité juridique aurait été la porte ouverte à tous les « délits de sale gueule » et à tous les dérapages. On peut considérer les craintes francophones comme fondées dès lors que l’on connaît les vexations dont la Flandre fait preuve au quotidien envers « ses » minorités francophones en périphérie bruxelloise et aux Fourons.

[3] C’est ce même Conseil d’état (chambre flamande) qui a refusé en 2004 de déclarer illégale la circulaire régionale Peeters, laquelle entendait interpréter les lois linguistiques fédérales (avis contraire au droit et à l’esprit de la constitution belge, laquelle disant que tout ce qui touche à l’emploi des langues est du ressort exclusif de l’état fédéral). Le simple fait que ce soit une chambre flamande du Conseil d’état qui ait été saisie, est déjà fortement critiquable, en soir. Cet arrêt de 2004 a fait dire à d’aucun que la Belgique n’était plus un état de droit.


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 11 mars 2008 - Quelle solidarité entre les Régions ? Minimize

Quelle solidarité entre les Régions francophones [1]?

 

La question de la solidarité entre régions est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Si plusieurs groupes se penchent déjà sur l’avenir de l’état (Octopus, Comité des sages, Groupe Wallonie-Bruxelles), une discussion désintéressée sur la forme que prendra la future Belgique, ou sur la route à suivre en cas d’implosion de la Belgique, manque encore cruellement.

 

C’est pour cela que nous avons lancé le 15 février dernier avec Jules Gheude, Claude Thayse et Thierry Ollevier, un manifeste pour la convocation des Etats-Généraux de Wallonie www.etatsgenerauxdewallonie.net. Car nous pensons que l’heure n’est plus aux palabres ni aux jeux politiciens, mais à l’urgente préparation de notre avenir, sereinement et dignement.

 

La mise en cause par la Flandre de la solidarité nationale, le dernier véritable ciment qui tient encore ensemble ce qu’il reste de la Belgique, semble écartée provisoirement. Le principe d’une « solidarité intacte » est inscrit dans la première phase de l’accord sur la réforme de l’état, obtenu à grande peine ces dernières semaines. C’est un fait politique important car c’est une entorse aux programmes électoraux du CD&V/NVA, programme leur ayant fait remporter les élections. C’est bien là la source de toutes les tensions internes au cartel, « écartelé » justement entre le respect des promesses électorales (une large réforme de l’état incluant la scission inconditionnelle et immédiate de BHV, la scission de la sécurité sociale, de l’emploi et de la fiscalité) et la « dure réalité » belgo-belge, à savoir qu’il y a 40% de francophones en Belgique, qu’ils disposent en puissance d’un droit de veto, et qu’au niveau fédéral il faut encore tenir compte de ces francophones… En d’autres mots le CD&V est à l’heure du choix entre Pouvoir et fidélité à ses électeurs, entre realpolitik et éthique politique. La NVA n’a pas ce dilemme, étant restée fidèle à ses convictions depuis le début, si ce n’est en acceptant de monter au gouvernement Verhofstadt 3 fin décembre. Les éditorialistes flamands ne manquent d’ailleurs pas de mettre en évidence les contradictions du CD&V ces derniers jours, et de leur rappeler l’imminence des prochaines échéances électorales…

 

Tout cela fait, nous ne le répéterons jamais assez, que les francophones doivent impérativement lancer le débat d’avenir qui est le leur, maintenant. Lucidement et sans œillères d’aucune sorte, car il ne faut exclure aucun cas de figure, pas même les plus pessimistes, car aujourd’hui comme demain, tout est possible.

 

Ainsi, dans le cadre belge ou en dehors, que souhaitons-nous pour nos régions francophones ? On sent que ce débat fait rage en coulisse, les états-majors des partis tentant d’imposer comme une évidence la seule « fédération Wallonie-Bruxelles » sans débat ni chiffres d’aucune sorte. Face à cela, les régionalistes wallons tentent tant bien que mal de se faire entendre, malgré un faible intérêt de la population et de la presse, qui a d’ailleurs bien vite taxé le mouvement de « groupe de vieux », alors que l’assemblée comptait une majorité de personnes ayant la trentaine ou la quarantaine. Si je ne partage pas forcément l’orientation idéologique ni le postulat des régionalistes wallons (ils se revendiquent d’un socialisme syndical et entament leur manifeste par une déclaration de loyauté fédérale indéfectible, bien vaine à mon avis), je suis heureux qu’ils se fassent enfin entendre et tentent de pousser nos élus du parlement wallon (dont une dizaine étaient présents tout de même) à en faire de même, au nom de la Wallonie et des Wallons.

 

Plus que jamais, la Wallonie est et restera solidaire des Bruxellois. Les critiques taxant les régionalistes wallons de « repli sur soi » ou de « volonté de lâcher Bruxelles » sont de la pure malhonnêteté intellectuelle. Tous les discours du 29 février allaient exactement dans le sens d’une solidarité entière, mais voulue et non imposée. Solidarité ne veut pas nécessairement dire fusion, et la piste privilégiée par les états-majors politiques (la quasi-fusion de la communauté française, de la région wallonne et de la COCOF), si elle sert effectivement les intérêts électoraux de certains à court terme, serait une erreur. Une grosse erreur.

 

D’abord parce que tant que la Belgique existera, l’assentiment de la Flandre devra être acquis pour toute réforme institutionnelle francophone, aussi mineure soit-elle (majorité des 2/3). Or, dans l’atmosphère actuelle on doit s’attendre à ce que la Flandre nous fasse payer très cher cette réforme. Il vaut donc mieux l’oublier, à moins qu’il ne s’agisse d’un simple épouvantail pour les Flamands et d’une carotte pour les électeurs francophones wallons, bruxellois et de la périphérie ?

 

Ensuite, parce qu’à long terme, et quelle que soit l’évolution institutionnelle des prochains mois ou des prochaines années, les francophones ont tout à gagner dans système à trois régions [2] autonomes, dont deux sont francophones, qui servira bien mieux nos intérêts que deux grandes communautés dressées l’une contre l’autre, et où la première aura toujours un poids de 60%, c’est à dire l’avantage du nombre.

 

Or les trois régions ont déjà bel et bien une existence juridique.

 

Ainsi, nous devons exiger :

-          L’accomplissement de l’autonomie constitutive pour Bruxelles.

-          Le transfert aux régions des compétences communautaires (flamande et française).

 

Au lieu de fusionner régions francophones et communauté française, transférons aux régions wallonne et bruxelloise, qui ont déjà une véritable existence assortie d’une assise territoriale et qui exercent déjà la majeure partie des anciennes compétences de l’état, les quelques compétences qu’il reste à la Communauté (enseignement et culture), et dont les régions ont besoin pour avoir en main toutes les manettes économiques et politiques. Ne serait-ce que par soucis d’homogénéité des compétences.

 

Il n’y a aucune raison pour qu’une Wallonie plus autonome « lâche » Bruxelles. Bien au contraire.

 

A cela s’ajoute un nécessaire débat sur les frontières interrégionales, et on en revient à des dossiers brûlants tels que la scission de BHV, le régime des facilités et l’élargissement de Bruxelles. Ce débat devra être tranché une fois pour toutes si l’on veut calmer les ardeurs communautaires des uns et se préparer à toute éventualité dans les meilleures conditions.

 

La solution de bon sens (et la seule qui soit démocratique car elle tiendrait compte, enfin, de la volonté des populations concernées) est une scission de BHV et une suppression du régime des facilités (régime qui est source d’interminables malentendus et des vexations inacceptables qui en découlent), après avoir retracé les frontières sur la base de recensements linguistiques sur le terrain. 

 

Enfin, au-delà de ces aspects institutionnels, il est une autre chose sur laquelle il ne faut en aucun cas transiger : la redistribution des richesses entre Belges, où qu’ils soient sur le territoire national, par le biais de la sécurité sociale. Si l’on prétend vouloir conserver la Belgique, il est impossible de vouloir scinder ou régionaliser la sécurité sociale.

 

Quel pays démocratique traiterait ses citoyens à deux vitesses en fonction de leur origine ethnique ? C’est absolument indéfendable sur le principe. Et nous devons nous y opposer fermement.

 

Les francophones ont à présent accepté le principe d’une réforme de l’état. Soit, mais comme le répètent à l’envi certains, accepter de discuter ne veut pas dire avaler n’importe quoi.

Alors, dans le cadre de cette réforme, défendons nos intérêts légitimes et refusons la Belgique confédérale à deux telle que la Flandre nous la propose, cette Belgique qui n’a plus que le nom et à la solidarité nationale réduite. Cette Belgique qui nous desservirait plus encore que la scission pure et simple.

 

Mettons nos propres conditions sur la table des négociations. Nous n’avons rien à perdre et tout à y gagner. Si les négociations doivent échouer, elles échoueront. Mais nous aurons sauvé notre honneur, défendu nos intérêts, et d’autres pistes aussi prometteuses, si pas plus, s’offriront à nous. Mais ça, c’est une autre histoire.



[1] Ce billet est une version retravaillée d’un article qui sera prochainement publié par la Ligue wallonne de la Région de Bruxelles http://www.liguewallonnebruxelles.be/home.asp

[2] Les germanophones m’excuseront de ne pas les inclure dans ce schéma, par soucis de concision. Mais il va de soi qu’ils ont droit à la même considération et à l’autodétermination que Flamands, Wallons et Bruxellois.


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 3 mars 2008 - Frémissement régionaliste wallon et rattachistes en puissance Minimize

Ce vendredi 29 février fut une soirée très particulière mais aussi très instructive pour les novices en politique dont je suis. Le gratin des anciens et des nouveaux régionalistes wallons s’étaient donné rendez-vous à Namur pour en appeler les dirigeants wallons à se faire entendre dans le débat communautaire actuel où , il faut bien le dire, seule la Communauté est entendue, laissant la Wallonie sur le bord du chemin, pour le moment.

 

Nous avons certes eu droit aux grands classiques du genre: de nombreuses attaques en règle contre la Communauté française qui effacerait la Wallonie du paysage culturel et médiatique[1], et de nombreuses interventions syndicales un peu en décalage avec l’enjeu réel de ce qui se trame dans ce pays pour le moment. Mais nous n’en tiendrons rigueur à personne, c’est de bonne guerre en Wallonie où la traduction socialiste et syndicale est ce qu’elle est.

 

Beaucoup de beau monde syndical et socialiste était présent donc. On a pu se rendre compte à quel point les « anciens » socialistes tels José Happart ou Jean-Claude Van Cauwenberghe entendent tirer profit du vide de pouvoir que traverse le PS et la politique de communication monarchiste d’Elio Di Rupo pour se faire entendre et se refaire une place au soleil. C’est également le cas de Christophe Collignon, le fils de Robert - l’ancien Ministre-président wallon,  qui cherche sa voie (et sa voix) dans le concert régionaliste. Il aura fort à faire s'il veut attirer à lui le mouvement régionaliste avec son seul patronyme, car la concurrence est rude.

 

Mais c’est surtout la seconde partie de la soirée que je retiendrai. Consacrée aux débats et aux questions du public, les interventions de quatre personnalités socialistes présentes (dans l’ordre : Claude Eerdekens , Jean-Maurice Dehousse, José Happart, et Jean-Claude Vancauwenberghe) qui entendent visiblement compter pour la suite des événements, valaient la peine d’être entendues.

 

Car au-delà de toute considération tactique, ces anciens ténors du parti socialiste ont tous, d'une manière ou d'une autre et d’entrée de jeu, cité la solution française comme une possibilité sérieuse pour notre avenir. Même José Happart ! C’est dire le chemin parcouru.

 

Ceci est déjà un fait politique en soi. Cela en dit long sur ce qui se trame en coulisse, et sur la volonté d’ouverture de tout ce beau monde, qui cherche certainement à rassembler tous les courants régionalistes à sa démarche, et qui – prudent - ne ferme aucune porte.

 

De par ce rassemblement et plusieurs autres appels à la mobilisation (dont le nôtre www.etatsgenerauxdewallonie.net), on sent un frémissement parcourir la société wallonne. Frémissement tardif et hésitant certes, mais frémissement réel tout de même. Faisons en sorte que ce mouvement naissant ne tombe pas dans le piège des débats du passé (qui sont dépassés par la gravité de la crise que nous vivons) et ne passe pas à côté de son seul objectif à venir: mobiliser la société wallonne pour préparer l’après-Belgique qui s’annonce.



[1] Au-delà du débat habituel entre régionalistes et communautaristes qui, il faut bien le dire, est stérile car dépassé par les événements, il faut bien donner raison aux régionalistes sur un point : comment imaginer le redressement économique d’une région si celle-ci ne maîtrise pas sa culture certes, mais surtout son enseignement ?


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 28 février 2008 - Retour à la case départ Minimize

 

Le Cartel CD&V/NVA risque bien de faire les frais de la participation gouvernementale du CD&V et de ses récents assouplissements en matière communautaire[1]. Des appels à la rupture du cartel se font entendre au sein même du parti. Le journal Le Soir résume très bien cette situation:  La N-VA n’ira pas au gouvernement mais reste dans le cartel et dans l’exécutif flamand. Un pied dedans. Un pied dehors. Comme le CD&V. Radical en Flandre, contraint au compromis au fédéral. Une attitude paranoïaque qui ne peut en aucun cas mener à l’éclatement du cartel : ses responsables savent qu’une telle issue signifierait la fin des rêves de Leterme au 16.

 

Pour la NVA, le grand écart permanent est difficilement tenable et justifiable face à la base de ses militants et à ses électeurs, semble-t-il. Quoi qu’il en soi, des voix s’élèvent déjà au CD&V pour dénoncer le caractère intenable de la situation actuelle : pour rappel, le cartel continue d’exister mais la NVA ne donnera pas sa confiance au gouvernement définitif auquel le CD&V participera pleinement, satisfait qu’il est des vagues promesses francophones de discuter de la deuxième phase de la réformer de l’état d’ici l’été, sans garantie de résultats.

 

Quoi qu’il arrive à présent, les francophones sont en tout cas prévenus : s’il n’y a pas de sensible avancée institutionnelle (traduisez « si on ne scinde pas l’emploi et la sécurité sociale au minimum ») d’ici l’été, les partis flamands quitteront le navire gouvernemental. C’est en tout cas l’avis unanime des partis présents au parlement flamand, qui en débattait hier[2].

 

L’évolution du cartel sera déterminante, et deux pistes sont possibles pour la suite:

1/ soit le cartel saute, et le CD&V devra alors adoucir de fait son message communautaire, rompant avec la ligne dure qui est la sienne depuis des années et singulièrement depuis la campagne pour les élections du 10 juin dernier. Cela reviendrait à trahir ses électeurs et à se tirer une balle dans le pied à un an des élections régionales flamandes. De plus, en cas de rupture du cartel, le CD&V perdrait la main, le « groupe libéral » devenant le premier groupe parlementaire et Didier Reynders pourrait revendiquer le poste de Premier ministre à la place d'Yves Leterme, pour lui ou pour Guy Verhofsdadt!

2/ Soit le cartel ne saute pas, et cela rendra de facto impossible la création d'un gouvernement (comme cela l'empêche depuis 8 mois), car la NVA ne pourra accepter une demi-réforme de l'état. Car selon ses statuts, toute participation gouvernementale doit être approuvée par la base des militants, et on imagine très mal ceux-ci voter pour une telle participation sans réforme de l’état à la hauteur de ses attentes « séparatistes mais pas pressées ».

 

En d’autres mots, c'est le retour à la case départ.

 




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 22 février 2008 « les intellectuels flamands « n’excluent pas l’indépendance » Minimize

Le journal flamand De Morgen de ce vendredi 22 février relaye un manifeste[1] signé par une vingtaine d’intellectuels flamands de tous bords politiques (l’éventail va du mouvement flamand tendance ex-Volksunie jusqu’aux écologistes de Groen).

 

De par la diversité de ses signataires, ce manifeste est un fait symbolique important.

 

Ils déclarent ne « pas exclure l'indépendance de la Flandre si les Francophones refusent l'application stricte du principe de territorialité (…) qui correspond à la frontière linguistique », en d’autres mots en cas de non respect strict de l’espace flamand et de la frontière qui existe depuis 1963 entre « la Flandre, la Wallonie, et les cantons germanophones ».

 

On se pose tout de suite deux questions:

 

1/ Et Bruxelles? Leur réponse sous-entendue est bien sûr: Bruxelles est en Flandre, elle en est d’ailleurs la capitale.

 

2/ Et les communes à facilité? Leur réponse fuserait « les communes à facilités, c’est la Flandre ». Le manifeste déclare par d’ailleurs qu’il est logique que les francophones de Flandre s’intègrent, comme n’importe quel immigré (sic).

 

Un petit éclairage est utile pour que l’on se rende bien compte de l'énormité de ce que dit manifeste : on le sait, les frontières administratives entre les régions belges ne correspondent pas à la frontière linguistique, Bruxelles et sa périphérie francophone étant enclavées en Flandre. C'est pour cette raison d’ailleurs que les lois linguistiques de 1963 prévoyaient - et prévoient toujours - des facilités dans certaines communes et un statut bilingue pour la capitale. Rappelons qu’aussi bien Bruxelles que la « périphérie à facilités » comptent une écrasante majorité de francophones.

La loi autorise donc l'usage du français dans les communes à facilité. Donc la loi contredit ce « principe de territorialité strict » que revendiquent ces intellectuels.

 

Ce qui revient à dire que certains intellectuels flamands (et une majorité d’électeurs flamands avec eux) déclarent unilatéralement un principe de territorialité inaliénable, qu’ils présentent comme leur condition à la survie de la Belgique, principe qui contredit pourtant la loi belge.

 

On appelle cela un appel à la révolution. Mais ils vont plus loin « Si les francophones continuent à ne pas tenir compte de ce principe de territorialité, toute discussion sur une réforme de l’état n’a pas de sens. Il faudra alors prendre les mesures nécessaires pour que les régions deviennent des états indépendants qui feront partie de l’Union européenne. On croirait lire le programme de la NVA

 

Il n’est pas négligeable qu’un panel d’intellectuels reconnus fassent ainsi de cette revendication la leur, au nom d’un principe de territorialité auto-déclaré, au mépris de la législation linguistique et au prix de l’existence même de la Belgique.

 

Ce manifeste est une manière incroyable de vouloir faire porter aux francophones le chapeau des souhaits autonomistes des Flamands. Car en d'autres mots ce qu’ils nous disent, c’est « Amis francophones, si vous continuez à exiger que les lois linguistiques soit appliquées en périphérie bruxelloise, alors nous considérerons que nous pouvons légitimement prendre notre indépendance car vous ne respecterez plus un principe de territorialité que nous appelons de nos vœux (mais qui n'a pas d'existence légale) ».

 

Je leur répondrais:  nous accepterions volontiers ce principe de territorialité, mais bien sûr à condition que la frontière administrative coïncide enfin à la frontière linguistique, pas à une frontière tracée en 1963 sur la base d’éléments discutables bien sûr, mais bien à une frontière tracée sur la seule volonté des populations sur le terrain.

 

Et on en revient au dossier de l’élargissement de Bruxelles, qui est la seule compensation acceptable par les francophones, par tous les francophones, à la scission de BHV.

 

On le voit, ces positions sont parfaitement irréconciliables. Dans ces conditions, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les carottes sont cuites.


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 20 février 2008 - Course contre la montre Minimize

Yves Leterme sortira prochainement de l’hôpital. Il est toujours attendu le 23 mars pour devenir Premier ministre d’un gouvernement définitif.

En attendant on s’active au « 16 rue de la Loi » à boucler les dossiers auxquels le gouvernement dit provisoire doit son existence: le budget 2008 et la réforme de l’état.

 

Les débats sur le budget font rage, mais il n’y a là rien de bien dangereux : des accords pourront et seront certainement trouvés.

 

Pour la réforme de l’état par contre, ça risque bien d’être un rien plus compliqué. Après avoir bafoué leurs promesses électorales en entrant dans un gouvernement sans avoir eu d’ « accord ferme et préalable sur une large réforme de l’état », le CD&V/NVA (ensemble en cartel ou séparément, nous verrons bien très prochainement) est dans une position encore plus délicate aujourd’hui. Car personne n’est dupe : aucun accord sur une telle réforme n’est possible en un mois alors qu’il en a fallu plus de six pour constater… l’impossibilité de se mettre d’accord.

 

Alors, une nouvelle « entourloupe » risque bien de faire l’affaire : au lieu d’une réforme de l’état immédiate et préalable comme on l’avait promis, on entrera bien au gouvernement, et on s’engage bien à réformer l’état, mais « par phases » (ce principe est acquis depuis plusieurs mois, c’était la première reculade du CD&V).

La première phase de la réforme sera acquise pour le 23 mars[1]. Les deux autres phases suivront, mais on ne sait encore trop quand. « Le plus vite possible » pour les Flamands, unanimes ; « après les élections de 2009 » selon Didier Reynders.

 

En Belgique, on appelle ça un « encommissionnement», c’est à dire un enterrement de première classe. La presse flamande ne s’y trompe d’ailleurs pas, elle ne croit pas aux prochaines phases des réformes et en appellent les dirigeants flamands à obtenir des francophones « plus qu’une promesse » de réforme.

 

Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est qu’il n’y a encore aucune perspective d’accord sur les sujets communautaires qui fâchent. Et que le CD&V est dans une situation très délicate (sans parler de la NVA …).

Car en effet comment concilier des promesses électorales non tenues et une présence au gouvernement, sans s’aliéner son électorat … qui la veut absolument, cette réforme de l’état[2] ?

 

Alors au CD&V, on sort la grosse artillerie et on communique, pour tenter de justifier et tourner convenablement ce retournement de veste magistral. Jean-Luc Dehaene a récemment invité les Flamands à être « raisonnables », car il vaut mieux selon lui une bonne réforme étalée que pas de réforme du tout. On ne peut pas lui donner tort, mais pourquoi ne pas avoir dit cela dès le début ?

 

Le silence de la NVA est assourdissant. Ils devront forcément prendre position prochainement : quitter le cartel, ou trahir leurs idéaux et se tirer une balle dans le pied.

 

En conclusion si tout se passe comme je le pressens, le gouvernement définitif sera prochainement sur pied et Yves Leterme en sera le Premier ministre. La Flandre n’aura pas eu sa grande réforme. Le CD&V aura sacrifié ses électeurs pour conserver le pouvoir.

 

Gare aux retours de flammes électoraux en 2009…



[1] Les éléments de cette première phase de la réforme de l’état sont variés et tous totalement dérisoires. La presse flamande parle de « snoepjes », de bonbons, ou encore d’amuses-gueule…

[2] Selon un sondage réalisé récemment pour la Libre Belgique, 72% des Flamands sont résolument pour la scission de la sécurité sociale, par exemple.


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 17 février 2008 - Le jour où le Kosovo prit son indépendance Minimize

Ce dimanche sera certainement le jour où le Kosovo, province serbe majoritairement peuplée d’Albanais, prendra son envol en déclarant solennellement son indépendance, rompant ainsi avec Belgrade.

 

Les enjeux et les contradictions de cette prise d’indépendance sont connus : la Serbie, soutenue par la Russie, y est fermement opposée, tout en rejetant d’emblée tout recours à la force en cas de sécession kosovare. Les Occidentaux, v'est à dire Etats-Unis et la majorité des Pays européens, soutiendront cette indépendance en reconnaissant le nouvel état immédiatement.

 

Il est certes regrettable qu’une résolution de l’Onu ne viendra pas entériner cette indépendance. Mais au vu des positions serbes (autorisant au Kosovo au maximum une grande autonomie) et albanaises (rejetant toute autre solution que l’indépendance pure et simple), en totale contradiction, une telle résolution était illusoire. D’autant plus que la Russie, membre permanent du conseil de sécurité de l’Onu qui à ce titre y dispose d’un droit de veto, était opposée à cette résolution.

 

Si l’indépendance est ce que souhaite la majorité des Kosovars (Albanais à 90%), qu’il en soit ainsi. Nous, Européens, devons tout faire pour que cette indépendance se fasse dans les meilleures conditions, dans le calme, dans le respect du droit et des minorités serbes du nouvel Etat. Espérons aussi que cette prise d’indépendance ne servira pas à d’autres d’excuse (on peut penser aux Serbes de Bosnie, aux Albanais de Macédoine, ou plus loin aux provinces géorgiennes sécessionnistes ou encore la Transnistrie moldave, soutenues par Moscou). Enfin, on se demande à ce stade quelles répercussions ces événements pourront avoir sur des territoires tels que le pays basque espagnol, ou même la Flandre, pourquoi pas ? Notre ministre (flamand) des Affaires étrangères, Karel de Gucht, marche en tout cas sur des œufs, ayant déclaré que la position de la Belgique s’alignerait sur celle de la majorité des pays européens. Histoire d'éviter tout débat oublic à ce sujet, dans ces moments hautement délicats pour la Belgique.

 

Pour conclure au sujet du Kosovo, le principe fondamental qui doit prévaloir est le suivant: au-delà des récupérations politiques et des uns et des autres, le droit inaliénable des Kosovars à disposer d’eux-mêmes ne doit pas être sacrifié pour des raisons géostratégiques (bonnes ou mauvaises), ni de peur que d’autres puissent faire ce qu’on craint qu’ils fassent.

 

Là-dessus, je rejoins complètement la position de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis : nous reconnaîtrons l’indépendance du Kosovo et nous engagerons à ce qu’elle se déroule dans les meilleures conditions possibles.

 

Je souhaite bonne chance et un avenir radieux au peuple du Kosovo.


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 15 février 2008 - Manifeste pour la convocation des Etats-Généraux de Wallonie Minimize

Jules Gheude, Claude Thayse, Thierry Ollevier et moi-même avons présenté à la presse, à Namur ce vendredi 15 février notre manifeste pour la convocation des Etats-Généraux de Wallonie. Ce manifeste a été repris dans les principaux journaux francophones et flamands, et a immédiatement reçu le soutien de centaines d'internautes. Je vous invite à lire le manifeste et à le signer. Le texte intégral, ainsi que nos interventions à chacun, se trouvent sur le site du manifeste http://www.etatsgenerauxdewallonie.net/.

N'hésitez pas à faire passer le message !


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 13 février 2008 - Colloques singuliers – démocratie et traditions Minimize

Je ne résiste pas à l’envie de vous faire lire quelques extraits de l’éditorial de la Libre Belgique de ce jour (éditorial signé Michel Konen)[1] que j’ai lu avec incrédulité.

 

Il y est question des fuites issues des colloques singuliers tenus en 2007 lors de la tentative avortée de mettre sur pied un gouvernement orange-bleu[2]. Ces fuites, diffusées dans la presse, sont largement commentées dans le journal De Standaard, qui en a d’ailleurs fait tout un dossier.

 

Dans cet éditorial Michel Konen s’offusque de la gravité de ces fuites. On peut y lire :

« Le Palais, et les huit mois de crise en témoignent, est, en ces circonstances, le dernier refuge pour des hommes politiques déboussolés, incapables de réaliser entre eux les nécessaires consensus qui peuvent mener à la constitution d'un gouvernement. »

« Au sens quasi philosophique du terme le Roi pratique la maïeutique, cette méthode par laquelle Socrate disait accoucher les esprits des pensées qu'ils contiennent sans le savoir. »

« C'est à l'issue de ces nombreuses consultations, au cours desquelles il sonde les cœurs et les âmes, que le Roi tente de trouver les convergences qui permettront au pays d'être gouverné. »

C'est ce secret qu'Yves Leterme - mais pas seulement lui - a trahi. Il, et avec lui tous ceux et celles qui ont raconté par le menu leurs conversations avec le Souverain, met ainsi en péril l'un des rouages essentiels du système politique belge. »

 

On croit rêver. On est ici parfois à la limite de l'invocation religieuse.

 

Au-delà du rôle papal, presque divin, que Michel Konen semble faire peser sur les épaules d’Albert II, on a une sérieuse impression que le journaliste perd pied avec la réalité.

 

Tout d’abord parce que jusqu’à preuve du contraire, il n’est pas certain qu’Yves Leterme soit à la source de ces fuites. Un minimum de prudence et de retenue s’impose donc.

 

Ensuite, la tradition du « colloque singulier » est justement … une tradition, qui n’est écrite ou ne figure nulle part dans la constitution. Il paraît terriblement naïf de s’offusquer que les avis du Roi soient ainsi livrés par voix de presse, alors qu’il est évident que le contenu des différents « colloques singuliers » des derniers mois ont fait l’objet de discussions intenses au sein des partis, mais encore et surtout entre les présidents de partis et les négociateurs de l’orange bleue. On n’est pas loin des secrets de polichinelle.

 

Enfin, il faut raison garder, et s’abstenir de donner à l’événement une gravité qu’il n’a pas. Car si le Roi a le droit de donner son avis en secret, nos représentants démocratiquement élus en font ce qu’ils veulent. Il en est ainsi, et c’est tant mieux pour la démocratie qui n’a pas besoin d’intrigues secrètes ni d’opacité royale pour mieux fonctionner. Et si nos élus acceptent de se prêter au jeu du « secret royal », tout le monde en perçoit bien les limites. Enfin presque tout le monde.

 

Ce qui est certain, c’est que quelle que soit la source de cette « fuite », elle n’est pas gratuite et tombe à un très mauvais moment, car elle fragilise la position du Roi et rend la situation politique encore plus délicate. S’il s’agit d’une manœuvre pour semer encore un peu plus le trouble en cette période déjà très troublée, ce ne peut être que dans le but de faire échouer les négociations en mettant en porte-à-faux non seulement Albert II, mais aussi les principaux négociateurs eux-mêmes, leurs intentions secrètes et leurs petits jeux les uns contre les autres, censés rester secrets, étant ainsi révélés à l’opinion publique. La confiance risque d’en prendre un coup.

 

Le roi, qui apparaît parfois (j’insiste sur le mot apparaître) comme le dernier rempart contre le séparatisme à des francophones aux abois, n’est précisément pas un rempart. C’est une illusion. Ce n’est pas le Roi qui est garant de la pérennité d'un état belge, mais bien l'inverse.

 

Si le Roi, dont on connaît par ailleurs les hésitations, l’impuissance et la retenue ces derniers mois, devait être le dernier pilier sur lequel les francophones peuvent faire reposer leur espoir infini, alors la Belgique est encore bien plus fragile qu’on pouvait le penser.

 

On savait de nombreux francophones en plein désarroi, mais peut-être pas à ce point. Tout cela commence à sentir très fort la fin de régime.



[2] On appelle « colloque singulier » les conversations entre le roi et les élus dans le cadre de la formation d’un gouvernement. La tradition veut que ces conversations restent secrètes.


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 8 février 2008 - La Belgique est-elle encore un état démocratique ? Minimize

On m’excusera ce titre un rien poujadiste, mais on peut sérieusement se demander dans quel pays nous vivons lorsque nous sommes confrontés à un cas tel que celui-ci.

 

Bahar Kimyongur, activiste d’extrême gauche ayant la double nationalité belge et turque, recherché par la Turquie pour appartenance à un groupe terroriste, vient d’être disculpé par la Cour d’appel d’Anvers des faits qui lui sont reprochés par la justice belge, faute de preuves[1].

 

Il s’agit de l’épilogue d’une sombre affaire, qui commença lorsque Fehryie Erdal, une autre activiste turque, échappa à la vigilance de la « Sûreté de l’Etat » (les services secrets belges), provoquant l’ire d’Ankara.

 

Pour se racheter de la bourde de « leurs services » et pour calmer les Turcs, les Ministres de la Justice et de l’Intérieur  de l’époque (Laurette Onkelinkx et Patrick Dewael respectivement), soutenus par leur Premier ministre Guy Verhofstadt, ont imaginé un scénario qui leur permettrait de livrer à la Turquie Bahar Kimyongur, un ressortissant belge, au mépris de la présomption d’innocence et des droits belge et international. Pour rappel, la Turquie est un pays connu pour pratiquer la torture. Lors d’un séjour au Pays-Bas, la Sûreté de l’Etat belge a tuyauté leur équivalent néerlandais pour le faire arrêter, espérant que les Pays-Bas feraient leur sale boulot en extradant l’intéressé vers la Turquie[2].

 

La Justice néerlandaise a sauvé l’honneur et a extradé Kimyongur vers … la Belgique, où ce dernier a été jugé puis relaxé en appel.

 

Pour que l’on comprenne bien la gravité de cette affaire : nos Ministres de la Justice et de l’Intérieur ont enfreint la Loi de leur propre pays en essayant d’obtenir d’un pays tiers (les Pays-Bas) qu’il extrade un de leurs propres nationaux vers un pays où celui-ci risque la torture, au nom de la « raison d’état » (en fait pour minimiser l’incompétence de leurs propres services).

 

Ce n’est rien d’autre, pour reprendre l’expression du journal Le Soir[3], qu’une « ignominie digne des pires dictatures ». C’est intolérable.

 

Silence total des intéressés et du nouveau gouvernement…



[1] « DHKP-C : Bahar Kimyongur acquitté à Anvers » (Le Soir)

http://www.lesoir.be/actualite/belgique/dhkp-c-les-sept-prevenus-2008-02-07-576187.shtml  

[2] Ces faits ont été confirmés par un compte rendu de réunion entre les différents cabinets et la Sûreté de l’état, attestant du feu vert des 3 ministres à l’opération.


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 "La Belgique pour les nuls" (comment comprendre la Belgique en une seule photo) Minimize

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 6 février 2008 - Pourquoi ne se passe-t-il plus rien ces derniers temps ? Minimize

La cause belge est perdue, de plus en plus de citoyens et de politiques en prennent conscience au fur et à mesure que la crise politique actuelle perdure.

 

Il existe une série de désaccords fondamentaux sur des dossiers (sur la frontière linguistique et le dossier BHV d’une part, sur la scission de la sécurité sociale et de l'impôt des sociétés d’autre part), où les vues francophones et flamandes sont diamétralement opposées et irréconciliables.

 

Les positions n'ont pas bougé depuis le 10 juin, et il n'y a aucune raison qu'elles bougent, les intérêts des uns allant à l'encontre de ceux des autres dans ces dossiers. Et on imagine mal les uns ou les autres céder après 8 mois de crise lors de laquelle ils ont crié sur tous les toits qu’ils ne céderaient pas d’un pouce. Il n'y a plus de marge de négociations. Et la perspective des élections régionales de 2009 voire d’élections fédérales anticipées en 2008 (dont personne ne veut mais auxquelles tout le monde se prépare) force les uns et les autres à tenir leurs positions.

 

Il y a donc de fortes chances pour que l'on aille droit au mur le 23 mars, date limite que s’est donnée Guy Verhofstadt pour régler les urgences budgétaires et mettre en marche une réforme de l’état. Jusqu’à présent, il semble pourtant qu’il n’y ait  d’accord sur rien en la matière.

 

Nous ne le répéterons jamais assez : sans pour autant la souhaiter, il faut sans attendre se préparer à la rupture à terme (2008, 2009, 2011?). On peut le regretter mais cette éventualité existe et on ne peut rien y changer. Au lieu de réponses dignes et dans l’ordre, nous assistons depuis des semaines et des mois à un triste et médiocre spectacle, dans lequel tous nos politiques, sans exceptions, semblent apprécier jouer.

 

Pas un seul ne sort du lot pour dire tout haut ce que je viens d'écrire. Ils sont tous tétanisés. Ils attendent que ça passe, ou que ça casse. Et ils se livrent à un spectacle médiocre de politique politicarde en attendant que l’orage passe.

 

Mais l’eau a déjà envahi les caves.

 

Le courage voudrait que nos dirigeants fassent dignement face à la réalité, à la dure réalité, et prenne les devants pour nous assurer, à nous autres francophones, un avenir décent. Quel qu’il soit.

 

Pendant ce temps, certains citoyens engagés s'organisent...


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 1er février 2008 - Arcelor Mittal, Kyoto et l’emploi wallon (suite et fin) Minimize

Suite et (peut-être pas tout à fait) fin du dossier Arcelor-Mittal. Je vous invite à relire mes billets des 16 octobre et 5 décembre 2007 ci-dessous sur cette même page.

 

Finalement c'est bien la Région wallonne, comme je le craignais, qui sera la première à payer la facture (à hauteur de 65%) des « permis de polluer » (soit 13 millions de tonnes de CO² sur les 20 millions qui seront nécessaires jusqu'à 2012) dont Arcelor-Mittal a besoin pour rouvrir le haut fourneau 6 à Seraing. L'état fédéral se limitera à se porter « garant » et Mittal prendra à sa charge les 1,4 millions restants par an, soit 7 millions sur 5 ans, si tout va bien.

 

Je tire ces informations du journal Le Soir : http://www.lesoir.be/actualite/economie/un-effort-demande-a-arcelor-2008-02-01-574934.shtml

 

On oublie au passage de signaler que la Région flamande aurait très bien pu céder une partie de ses quotas à la région wallonne, ce qui se serait produit dans n'importe quel état, fut-il fédéral ou confédéral.  Cette piste n'a pourtant même pas été évoquée, personne ne s'en étonnera.

 

Selon différentes sources, les quotas nécessaires coûteront au total entre 260 et 400 millions d'euros. Quant aux emplois créés ... de source syndicale on les estime à quelque 10.000 emplois directs et indirects, même si le chiffre exact est probablement inférieur.

 

Lorsque, dans mon billet du 5 décembre dernier, je parlais prudemment de la création de « quelques centaines d'emplois directs et quelques milliers d'emplois indirects », je voulais surtout démontrer a minima que dans ces conditions, rouvrir le haut fourneau était un non-sens économique total.

 

C'est pourtant ce qui est en train de se produire: quelques milliers d'emplois vont être créés, en fait subsidiés indirectement, de l’ordre de 3.000 à 5000 € par an et par travailleur (!), et pour 5 ans seulement.

 

Comment une telle énormité est-elle possible ? Se rend-on compte des montants en jeu ? Cette somme colossale serait bien mieux utilisée à la reconversion du bassin liégeois. Au lieu de cela on retombe encore une fois des les travers du passé.

 

Au moins nous savons à présent à quoi va servir l’excédant budgétaire wallon de l’année dernière. N’était-ce pas justement quelque 200 millions d’euros ?


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 30 janvier 2008 - Marc Uytendaele pour une « fédération Wallonie-Bruxelles » Minimize

Marc Uytendaele, qui est dans l’ordre mari de Laurette Onkelinkx (ministre PS) et constitutionaliste, a déposé au groupe de réflexion intra-francophone présidé par Henriette Spaak (MR-FDF) et Philippe Busquin (PS) une proposition d’avenir pour les francophones de Belgique rédigée avec trois autres constitutionalistes et professeurs d'université. Lire dans le journal Le Soir http://www.lesoir.be/actualite/belgique/l-esquisse-d-une-federation-2008-01-29-574318.shtml 

 

Son idée en gros: créer une fédération Wallonie-Bruxelles qui renforcerait les francophones face aux Flamands dans le cadre belge, et pourrait toujours servir de base à un futur état en cas d’aventure séparatiste en Flandre (un état sans continuité territoriale ?). Le tout en ajoutant une dose de complication supplémentaire aux structures existantes. On y parle d'un seul parlement francophone, d'un seul gouvernement mais où « la plupart des décisions seraient prises au niveau de la Wallonie, et de Bruxelles », selon ses déclarations à la RTBF ce mercredi matin. Voilà qui est plutôt contradictoire et mériterait explication. On comprend aussi que le Parlement wallon ne serait plus, dans ce schéma, qu'une sorte d'excroissance d'un parlement francophone commun appelé à siéger tantôt en séance wallonne, tant en séance pleinière. Je serais curieux de savoir ce qu'en pensent les régionalistes wallons, dont l'actuel Président du parlement wallon, José Happart... A noter qu'une telle structure dans l’état belge nécessiterait naturellement l’assentiment des Flamands, qu’on n’imagine pourtant pas un seul instant « lâcher Bruxelles » tant que la Belgique existera.

 

S’agit-il d’une proposition sincère ou d’une nouvelle tactique déguisée du PS, par mari interposé ? Revoici en tout cas la « Nation francophone » chère à Elio Di Rupo dans les moments difficiles. La première et unique fois qu’il appela cette « nation » de ses vœux, c’était en pleine crise BHV en 2005.

 

Si c’est un épouvantail destiné à faire peur aux Flamands, pourquoi pas, même si c’est un peu gros. Si par contre c’est une solution d’avenir pour les francophones de Belgique, alors c’est non !

 

Car une mini Belgique résiduelle serait, en l’état actuel des choses et pour paraphraser François Perin, l’incarnation même de la médiocrité : notre monde politique est sclérosé, nos indicateurs économiques sont dans le rouge, notre enseignement est un des plus mauvais des pays dits civilisés. Et par dessus tout, notre identité profonde est française.

 

La Wallonie, et Bruxelles le cas échéant, aura besoin des années encore d’une solidarité nationale forte et exercée sans cynisme ni conditions mesquines, afin de retrouver ses marques et de rebondir rapidement. Il nous faut en outre un véritable électrochoc pour enclencher une vraie révolution des esprits en Wallonie et à Bruxelles.

 

Une mini Belgique continuée empêcherait tout cela. Elle prolongerait et amplifierait les vices de la Belgique d’aujourd’hui, mais sans son moteur économique et sans le dynamisme flamand, c’est à dire sans la couverture sociale que la Belgique nous garantit encore. Une Belgique sans la Flandre, ce sont des pensions plus ridicules encore, une fiscalité sur le travail encore plus étouffante qu'aujourd'hui (pour autant que ce soit possible), un chômage à des taux inexplicables et inexcusables, la conservation d’un clientélisme d’un autre âge, de corporatismes et d’un syndicalisme aveugles et destructeurs.

 

Je n’ai aucune confiance en notre monde politique et je les crois incapables d’avoir la vision nécessaire pour réformer dans l’urgence et en profondeur notre région (ou nos régions) lorsqu’elle se retrouvera livrée à elle-même.

 

Le sursaut positif dont nous avons cruellement besoin viendra du sud. La France est prête à nous accueillir à bras ouverts. A nous de faire le premier pas ! 

 

Bien sûr, les Wallons et les Bruxellois sont belges aujourd’hui. Mais la Belgique sans la Flandre, ce n’est plus la Belgique. Si demain la Flandre devait prendre seule son envol, les Wallons ne seraient plus Belges, de fait. S’ils ne sont plus belges, ils seront toujours et plus que jamais français de langue et de culture. C’est une évidence. Alors pourquoi pas le devenir aussi de nationalité ? Avec tous les avantages objectifs et subjectifs que cela comporte.


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 28 janvier 2008 - Daniel Ducarme, rattachiste? Minimize
J'ai lu avec étonnement l'interview accordée par Daniel Ducarme au journal La Libre Belgique ce lundi, où il n'est question que de l'avenir de Bruxelles dans le cadre belge. On est loin des déclarations "rattachistes" (même s'il refusait de se voir attribuer ce qualificatif) de Monsieur Ducarme en décembre dernier (lire mon billet du 15 décembre à ce sujet sur cette même page).
J'ai interpellé Daniel Ducarme par e-mail, je reproduis ce courrier ci-dessous. Je serais curieux de recevoir une réponse.
 
*****************************************
 
Cher Monsieur Ducarme, Monsieur le Ministre d'Etat,
 
C'est avec grande surprise et beaucoup d'émotion que j'ai découvert en décembre dernier vos déclarations dans le journal Le Soir, où vous plaidiez en faveur d'un rapprochement de la Wallonie et de Bruxelles avec la France en cas d'impasse belge.
 
Vous réfutiez le mot rattachisme, c'est pourtant bien un "rattachisme à la belge" que vous défendiez. Mais peu importent les termes.
 
J'ai également lu avec étonnement votre entretien de ce jour dans le journal La Libre Belgique.
 
Au-delà de vos idées sur Bruxelles, que je trouve bonnes en attendant le grand soir, je me suis franchement demandé, comme pas mal de lecteurs à mon avis, si vous aviez volontairement évité le sujet de notre avenir, et de la solution que vous prétendiez récemment défendre, c'est à dire la voie de la France.
 
Il est inimagineable que le journaliste n'ait pas souhaité aborder (ou éviter) le sujet, tant vos déclarations de décembre avaient été fracassantes et en complet décallage avec tout ce qu'on dit, écrit et lit chez nous depuis le 10 juin.
 
Vos déclarations de décembre n'étaient-elle qu'une sonde, un ballon d'essai sans lendemain? Je ne peux me résoudre à le croire.
 
Décidément, si les Flamands ont beaucoup de tabous, il semble bien que les Francophones en aient un de taille: la réunion de la Wallonie à la France en cas d'implosion de la Belgique.
 
Cette solution apparaîtra pourtant comme une évidence, une fois que nos politiques se seront débarassées de leurs oeillères belges, et qu'ils se retrouveront, pour paraphraser François Perin, "bêtement Belges tout seuls".
 
Beaucoup de "rattachistes de raison", dont je suis, attendent beaucoup de vous et de ceux qui pensent comme vous au MR, mais aussi au PS, pour faire sortir l'idée réunioniste des cartons empoussiérées où les partis l'ont enfermée depuis 10 ans.
 
Ayons le courage de nos convictions.
Monsieur le Ministre, ayez le courage de vos convictions.
 
Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre d'Etat, Cher Monsieur Ducarme, en l'assurance de mes salutations les plus distinguées.
 
Didier MELIN

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 22 janvier 2008 - La campagne électorale est lancée, mais pour quelles élections ? Minimize

C’est le silence radio du côté de l’ « Octopus » et de la réforme de l’état. Mis à part quelques déclarations d’ordre général, des expressions mutuelles de bonne volonté en façade mais un certain pessimisme en coulisses, aucune avancée concrète sur la réforme de l’état n’a percé pour le moment. Or, le compte à rebours est lancé pour Yves Leterme, qui a une obligation de résultats à très court terme.

 

On assiste aussi depuis plusieurs jours à une guerre ouverte entre le MR et le PS par presse interposée. Le premier dénonce une « gauche archaïque atteinte de rage taxatoire » et un « cartel PS-CDH », le second dénonce les politiques « ultra-libérales » et les « cadeaux aux riches » du premier . Chacun essaye déjà de tirer la couverture gouvernementale à soi, Laurette Onkelinkx ayant par exemple déclaré ce matin à la RTBF que le PS était « déjà parvenu à arracher le fonds mazout à la droite pour 300.000 ménages ».

 

Le dernier entretien de Didier Reynders avec le journal Le Soir résume assez bien l’ambiance qui règne entre les « partenaires » gouvernementaux francophones http://www.lesoir.be/actualite/belgique/politique-mr-et-ps-s-2008-01-22-572662.shtml.

 

Ma première réaction à toutes ces querelles fut l’incrédulité: comment, en des moments si graves où l’avenir même du pays est en jeu, peut-on se livrer de la sorte à des querelles en apparence puériles et stériles ?

 

On se croirait en pleine période électorale. Or, les élections régionales de 2009 sont encore assez lointaines et il subsiste trop d’inconnues à ce stade, notamment sur les prochaines évolutions institutionnelles dont « Octopus » doit accoucher, pour pouvoir clairement prendre position et faire campagne.

 

On peut donc sérieusement se demander dans quelle mesure le MR et le PS ne se considèrent pas déjà en campagne électorale, non pas pour des élections régionales en 2009, mais pour de nouvelles élections fédérales anticipées, qui seraient la dernière option en cas d’échec de l’Octopus.

 

C’est de la pure spéculation, mais ça se tient. Et c’est la seule explication rationnelle que j’aie pu trouver à toutes ces gesticulations.


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 21 janvier 2008 - Leterme, virage à 180° Minimize

On se frotte les yeux et les oreilles depuis ce matin pour être certain d’avoir bien lu et entendu…

 

Yves Leterme, dans des entretiens avec la RTBF radio et dans le journal Le Soir, a exprimé aujourd’hui un discours aux tout nouveaux accents et au contenu radicalement différent de ce à quoi nous sommes habitués depuis des mois, voire des années.

 

Il adopte une approche bien plus modérée sur la forme, mais également - et surtout – sur le fond. Citations au hasard :

 

« Il ne s'agit pas de l'échec ou non de Leterme, mais de donner un certain avenir à ce pays. C'est ça l'enjeu. Moi, je veux donner un avenir à la Belgique. Pour ça, il faut faire deux choses : assainir les finances publiques et réformer de manière intelligente et équilibrée. J'ai le souci de l'État fédéral, au niveau budgétaire aussi ».

Voilà qui est assez éloigné de ses précédentes déclarations : « la Belgique est un accident de l’histoire », « la Belgique n’a pas de valeur ajoutée », ou encore « j’irai au fédéral pour défendre les intérêts de la Flandre ».

 

Yves Leterme se fait « plus belge » :

 La base est déjà là : on parle dans un cadre belge, pas question de séparatisme ; on ne met pas en cause la solidarité interpersonnelle ; certains acquis du passé ne sont pas remis en cause. Partant de là, il est très possible d'avoir un résultat équilibré. ».

C’est une prise de position que beaucoup de Belges francophones attendaient depuis le 10 juin.

 

Yves Leterme se veut aussi plus ouvert et rassurant envers les francophones :

« Il faut réaffirmer l'approche fondamentale : pour la solidarité interpersonnelle et le financement de la sécurité sociale, les allocations, les gens seront traités de manière égale. Les partis francophones demandent des assurances à cet égard. Je les comprends. Et je suis prêt à les donner. »

 

L’ouverture s’étend même à Bruxelles « il appartient aux Bruxellois d'examiner entre eux la manière d'améliorer le fonctionnement de leurs propres institutions (Région et communes) ». 

On est loin, très loin des attaques d’il y a quelques mois contre la prétendue mauvaise gestion de la région bruxelloise, laquelle servait d’excuse à des prétentions d’ingérence de la part de la Flandre dans les affaires de la capitale.

 

Plus loin, Leterme se veut aussi moins flamand : « les Flamands doivent être conscients que ce n'est pas unilatéralement que l'on décide de quel thème on discute. » .

 

Première question qui me vient à l’esprit : comment la NVA va-t-elle accueillir tant d’ouverture ? On sait que l’existence du cartel est une priorité pour le CD&V, et qu’il va à l’encontre de toute ouverture aux francophones. Comment Yves Leterme pense-t-il concilier les deux ? Nous le saurons bientôt.

 

Côté francophone, ces déclarations ont été accueillies sans réserve ou presque, avec beaucoup d’enthousiasme et un grand soulagement, aussi bien de notre monde politique[1] que de notre presse.

 

Mais quelle mouche a donc piqué Yves Leterme ?

 

Après tant d’attaques, de mépris, d’insultes et de déclarations déplacées, maladroites ou incendiaires ces derniers mois, qu’est-ce qui peut bien expliquer cette modération soudaine ? Faut-il lire dans la déclaration suivante l’explication à ces déclarations très consensuelles ?

« Je ne suis pas ici comme responsable d'un parti, mais comme vice-Premier ministre d'un gouvernement qui a reçu la confiance du Parlement et qui s'est engagé à un processus de réformes institutionnelles. Je veux que cela réussisse. »

 

En somme, Leterme ferait ici ce que Didier Reynders fait depuis le début : laisser à d’autres (Etienne Schouppe son président de parti ? Bart de Wever président de la NVA ?) le soin d’exprimer ses idées les plus difficilement acceptables par l’autre camp ? [2]

 

Beaucoup se réjouissent de ces déclarations, personnellement je m’en étonne. J’imagine assez mal qu’un tel revirement dans le discours ne fasse pas l’objet d’un calcul, d’une manière ou d’une autre.  

 

Les prochaines semaines nous diront ce qu’il fallait en penser.